Novembre 2018 | Vol. 9 | N°2

Guichet unique pour l’offre et la demande de stages au Québec

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ll est beaucoup question des stages sur la place publique depuis 2015. Dans le Plan économique de cette année-là, le gouvernement proposait d’accroître les stages en milieu de travail 1). Depuis, le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur a lancé des projets pilotes à cet effet et la Commission des partenaires du marché du travail a mis en branle des programmes de financement pour favoriser le développement des stages 2). Les associations étudiantes ont suivi en faisant de la rémunération des stages, un nouveau champ de bataille.

L’angle mort de ce débat, c’est la recherche de stages et de stagiaires. Pourtant, si l’on souhaite développer le recours à cette modalité de formation, il peut être utile de soutenir les étudiants et les entreprises dans cette démarche.

Le dispositif qui a la capacité d’offrir ce soutien existe. Il s’agit de Watson TrouveUnStage.com, une plateforme numérique nationale dédiée à la recherche de stages et de stagiaires. Développée par Sabrina Castonguay sur la base de sa propre expérience d’étudiante et de fonds privés, la plateforme fonctionne bien. Nous l’avons rencontrée parce que nous croyons que cette plateforme mérite d’être plus connue, voire promue et renforcée par les pouvoirs publics. Nous avons discuté avec elle de l’origine, du fonctionnement et du développement de Watson TrouveUnStage.


OCE – Comment vous est venue l’idée de créer Watson TrouveUnStage ?

SC – Au cours de mes études collégiales, j’ai dû chercher des stages à trois reprises et j’ai trouvé ça difficile. J’ai aussi connu des collègues qui ont dû mendier un stage ou qui en ont fait un peu pertinent faute d’en trouver un bon. Pourtant les stages sont obligatoires pour l’obtention du diplôme 3). Lorsque j’ai terminé mes études, j’ai pensé créer une solution numérique pour outiller tout le monde. J’ai travaillé deux ans sur ce projet. J’ai contacté une centaine d’entreprises, des enseignants et des étudiants pour mieux comprendre le besoin et développer la plateforme en conséquence.

OCE – Quel a été votre diagnostic ?

SC – Les entreprises qui n’ont pas l’habitude de recevoir des stagiaires ne savent pas où aller, ni par où commencer. Elles appellent les établissements scolaires, vont sur leur site web et là, c’est difficile parce qu’elles ne trouvent pas les informations facilement. Et puis, il existe toute une panoplie de types de stage. Une entreprise peut accueillir quatre stagiaires pour un même poste par année et les quatre n’ont pas les mêmes paramètres de durée, de compétences à développer, d’encadrement et de suivi à réaliser. Sans compter la paperasse.

Les enseignants aussi n’ont pas beaucoup de ressources, ni les compétences pour aller chercher des stages. Ce n’est pas leur métier. Quant aux étudiants, ils obtiennent un stage souvent par le bouche à oreille. Sinon, ils font une demande dans les grandes entreprises dont les stages sont convoités et se retrouvent plusieurs à postuler sur les mêmes. Les autres entreprises sont peu sensibilisées aux stages. Les étudiants doivent leur faire valoir les avantages d’accueillir un stagiaire. Un étudiant me disait : « il faut créer un besoin où il n’y en a pas au départ ».

J’ai donc décidé de me lancer. Je suis allée voir des entrepreneurs de Québec avec mon projet, des « dragons », qui ont investi dans la plateforme parce qu’ils y croyaient.

OCE – Quelles sont les particularités de Watson TrouveUnStage.com par rapport aux sites de recherche d’emplois et aux services de placement des établissements scolaires ?

SC – Par rapport aux sites de recherche d’emplois – Placement en ligne d’Emploi-Québec, Jobboom, Monster, Indeed, etc. – sur lesquels les entreprises peuvent afficher une offre de stage, Watson est une plateforme entièrement dédiée à la recherche de stages et de stagiaires. Sur ces sites, les étudiants déposent un CV pour faire connaître leur candidature. Sur Watson, ils complètent une fiche conçue pour faire valoir leur candidature comme stagiaires.

Quant aux services de placement des établissements scolaires, les entreprises complètent une offre de stage qui est ensuite transmise aux enseignants qui choisissent les étudiants qui postuleront. Sur Watson, les entreprises ont un accès direct aux candidatures des étudiants et les étudiants, un accès direct aux offres de stages. Enfin, Watson est une plateforme nationale, elle couvre tout le Québec.

OCE – Quand vous avez développé votre plateforme, aviez-vous une idée, un modèle en tête ?

SC – Je voulais créer une plateforme numérique efficace et intuitive, qui permet aux étudiants de trouver un stage rapidement partout au Québec. Je voulais créer quelque chose qui sorte de l’ordinaire, de « cool ». C’est pour ça que la plateforme est représenté par un chien, un compagnon.

Je suis allée voir des plateformes en France et aux États-Unis. En France, il y en a une quizaine d’importantes. Mais c’est aux États-Unis que j’ai trouvé les plus intéressantes : Internmatch et LooksharpInternmatch fonctionne très bien et travaille en collaboration avec plusieurs universités. Google, Yahoo et Facebook recrutent leurs stagiaires sur cette plateforme. Je l’avais en tête parce que je voulais une plateforme qui regroupe tout. Le fondateur de Internmatch, c’est un gars de 23 ans qui a le même parcours que moi.

OCE – Comment fonctionne Watson pour la recherche d’un stage ou d’un stagiaire ?

SC – Sur la plateforme, les étudiants et les entreprises créent un compte. Les étudiants décrivent leur candidature et les entreprises, une ou plusieurs offres de stages.

La recherche d’un stage ou d’un stagiaire se fait ensuite par mots clés et par filtres. Les étudiants peuvent consulter les places de stage offertes par les entreprises et inversement, les entreprises consulter les candidatures des étudiants. Le choix fait, l’entreprise contacte l’étudiant ou vice versa.

Phénomène intéressant, 60 pourcent des entreprises recrute en consultant les candidatures d’étudiants. En plus, l’accès direct aux candidatures les informe sur les programmes d’études qui existent. J’ai en tête une entreprise manufacturière qui voulait compléter son équipe en assainissement des eaux. La recherche lui a fait découvrir un étudiant qui avait une maîtrise en science de l’eau. Et cet étudiant, ça faisait un an qu’il cherchait un stage dans son domaine. Cette entreprise n’aurait pas consulté le site de placement de l’établissement qui offre cette maîtrise parce qu’elle ne savait pas qu’elle existait.

OCE – Vous avez aussi une page dédiée aux établissements scolaires.

SC – Nous souhaitons être complémentaires à ce que font les écoles. Elles font déjà un bon travail avec leur service de placement. Sur la plateforme, elles peuvent présenter leurs programmes d’études indiquant le nombre d’étudiants qu’elles ont à placer.

Nous avons aussi des collaborations avec des enseignants. Ils nous arrive de les aviser qu’une offre de stage correspond à leurs exigences. Nous avons plus de ressources et de contacts qu’eux, c’est donc facile pour nous de les aiguiller sur des entreprises qu’ils ne connaissent pas. Nous allons aussi en classe présenter la plateforme aux étudiants et leur donner des conseils pour optimiser leur profil.

L’avenir de la plateforme

En guise de conclusion, nous avons demandé à Sabrina Castonguay comment elle voyait l’avenir Watson TrouveUnStage. Forte de la mission de Watson et de la volonté gouvernementale d’accroître le recours aux stages, elle a rencontré les décideurs des réseaux de l’emploi et de l’éducation. S’ils ont apprécié la qualité de la plateforme, ils se sont montrés réservés, nous a-t-elle confié. En haut lieu, précise-t-elle, ils estiment que les stages sont la responsabilité des établissements scolaires; quant aux acteurs associatifs, ils aimeraient développer le dispositif, mais pour leurs organisations.

Pour préserver le caractère universel de la plateforme, Sabrina Castonguay constate qu’elle doit s’adresser aux établissements scolaires. Son idée ? Leur offrir un accès privé pour qu’ils puissent gérer l’offre et la demande de stages directement sur la plateforme. Watson deviendrait ainsi un guichet unique pour l’offre et la demande de stages au Québec. L’idée paraît d’autant intéressante qu’elle correspond à un réel besoin des établissements et qu’ils ont des budgets pour gérer les stages.

Quoiqu’il en soit, cette idée d’un guichet unique réunissant l’offre et la demande de stages est pertinente pour les raisons suivantes.

  • Les étudiants auraient accès à un grand bassin d’offres de stage.
  • Même phénomène pour les entreprises, elles auraient accès à un aussi grand bassin de candidatures d’étudiants.
  • Autre avantage pour les entreprises : elles auraient une seule offre de stages à rédiger.
  • Quant aux écoles, elles auraient un outil numérique à présenter aux étudiants pour la recherche de stages; un outil qui correspond à leur univers culturel.
  • En outre, les écoles uniraient leurs moyens sur le développement d’une seule plateforme permettant son développement au gré des évolutions technologiques, ce qui à terme, les favoriseraient toutes.
  • Les données de la plateforme seraient actualisées en temps réel parce que les écoles les mettraient à jour elles-mêmes.
  • Pour l’heure, les procédures au niveau de l’offre et du contrat de stage sont faiblement numérisées et souvent spécifiques aux établissements, voire même, aux types de stage. Par conséquent, et pour reprendre les mots de Sabrina Castonguay, « ça fait beaucoup de formulaires papiers qui se promènent et beaucoup d’informations que personne ne ramasse». L’utilisation d’une seule plateforme permettrait de standardiser ces procédures, entièrement pour l’offre de stage et partiellement pour le contrat de stage avec comme résultats :
    • La simplification des procédures au profit des acteurs, entreprises, étudiants et enseignants.
    • La production de données massives (big data) qui permettraient aux pouvoirs publics de monitorer l’offre et la demande de stages au Québec, aux chercheurs de l’analyser, aux entreprises et aux étudiants d’avoir une meilleure vision des pratiques de stages. Entre autres exemples, les paramètres de rémunération selon les secteurs d’activités.

Notes

  1. Québec. Ministère des Finances. (2015). Le plan économique du Québec. Budget 2015-2016. Québec : l’auteur, B. 107.
  2. Les informations sur les programmes de subvention sont disponibles sur le site de la Commission des partenaires du marché du travail.
  3. Entre autres, ceux de la formation professionnelle et technique.

En savoir plus

Consultez la plateforme Watson TrouveUnStage.

Extrait

Pour favoriser le développement des pratiques de stages, il faut soutenir les entreprises, les écoles et les étudiants. Watson TrouveUnStage.com, une plateforme québécoise, le fait avec brio.

L’Observatoire compétences-emplois (OCE) est un centre de recherche et de transfert de connaissances sur le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d’oeuvre basée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’OCE regroupe des chercheurs et des professionnels de différentes disciplines qui ont une expertise fine du domaine.

Sa mission est d’alimenter la réflexion, la prise de décision et l’action des acteurs du marché du travail et ainsi de contribuer au développement des compétences de la main-d’oeuvre au Québec.

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