Mai 2015| Vol. 6 | N°1

Un cadre de certifications pour clarifier la formation postsecondaire en Ontario

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Le système d’éducation postsecondaire du Québec offre une multitude de certifications, tels l’AEC, le certificat, le DESS, le DEC ou le baccalauréat, ce qui rend parfois difficile la compréhension des particularités de chacune. Confrontée à un enjeu similaire, l’Ontario a conçu il y a une dizaine d’années le Cadre de classification des titres de compétence de l’Ontario (CCTO). Ce cadre, le premier du genre au Canada, recense tous les programmes postsecondaires ontariens menant à un diplôme, un certificat, ou un grade. Il clarifie également les requis d’apprentissages de chaque titre. Il s’agit là d’un bel exemple dont pourrait s’inspirer le Québec pour faire un premier pas vers un cadre national de certification.

L’OCE est allé à la rencontre de Marc Mainguy, du ministère de la Formation, des Collèges et des Universités (MFCU), qui a accepté de nous rencontrer pour nous introduire au fonctionnement du cadre ontarien.

Aux origines du cadre

Le CCTO a été conçu au début des années 2000, alors que l’éducation postsecondaire ontarienne connaissait de profondes transformations. En effet, grâce à la Loi de 2000 favorisant le choix et l’excellence au niveau postsecondaire, les collèges publics obtenaient le droit d’offrir des baccalauréats « généraux », ce qui équivaut au Québec à une deuxième année universitaire. Dans la foulée, la province mettait sur pied la Commission d’évaluation de la qualité de l’éducation (PEQAB), un organisme de consultation indépendant responsable notamment de l’assurance qualité des programmes collégiaux.

Dans ce contexte, le gouvernement a jugé nécessaire de clarifier l’offre de formation postsecondaire de l’ensemble des établissements d’enseignement, c’est-à-dire des collèges privés de formation professionnelle, des collèges publics d’arts appliqués et de technologie, des universités publiques et autres établissements autorisés.

L’idée était de classifier les titres de compétence existants dans la perspective d’améliorer la qualité, l’accessibilité et la compréhension du système postsecondaire ontarien. Marc Mainguy le dit simplement : « The nice thing about the OQF, is that they wanted first to outline what is out there, who is offering it, and then here it is more about the standards, what it takes to be able to finish this credential, what sums up.”

Le cadre de certification a été rapidement conçu sous l’impulsion du ministère de la formation, des collèges et des universités (MFCU). Pour l’aider dans ses démarches, le ministère a fait appel à de nombreux partenaires de l’éducation, dont Collèges de l’Ontario, le Conseil des Universités de l’Ontario et le tout nouveau PEQAB. Ensemble, ils ont travaillé à situer chaque certification les unes par rapport aux autres, avec les requis de connaissances et compétences qu’elles requièrent.

Le cadre en bref

Le CCTO n’est pas contraignant. Il s’agit plutôt d’un instrument permettant de replacer les différents titres de compétence dans le continuum de l’éducation postsecondaire ontarien. Pour Marc Mainguy : « This is a framework for people who wants to know were there at, where they stand, what is it that they are taking and how it relates to other points in this continuum of post-secondary area in Ontario”.

Le cadre se divise en deux sections. La première décrit les 13 certifications, qui vont d’un court programme de 40 heures suivant le diplôme d’études secondaires au diplôme d’études de 3e cycle universitaire. En plus d’une description des résultats d’apprentissage attendus, le cadre précise le nombre approximatif d’heures d’études, l’intitulé du titre décerné (ex. maîtrise ou baccalauréat général), les critères d’admissibilité et le type d’établissement offrant ladite certification. Le cadre spécifie également à quelle catégorie d’emplois prépare un titre, ainsi que les possibilités d’accès à la poursuite d’études postsecondaires.

La seconde partie du cadre détaille les normes de qualification liées à chacun des titres. Ces normes se décomposent en six grandes compétences : profondeur et ampleur des connaissances; connaissance des concepts et des méthodologies, recherche et bourses d’études; aptitudes à communiquer; application des connaissances; habiletés professionnelles/autonomie; conscience des limites de ses connaissances. La complexité de ces compétences est croissante au sein du continuum de la formation postsecondaire.

Usage et évolution

Malgré cette très belle initiative, le cadre de certification ontarien reste peu connu du public. Il est néanmoins utilisé par les différents intervenants du milieu de l’éducation, puisqu’il constitue un outil essentiel pour jauger les programmes de formation actuels et à venir.

De fait, le cadre sert de ligne directrice lors de la création et de l’évaluation de nouveaux programmes. En rendant clair les requis d’apprentissage et le niveau de maîtrise de compétences clés, le CCTO permet d’identifier les attentes pour chaque certification. Pour les établissements de formation, le cadre permet de faire du benchmarking.

Pour le MFCU, le cadre aide à positionner toute nouvelle demande au sein de l’offre déjà existante : « The Ministry uses it all the time, because it gives us an idea of where the things are. Especially when new stuff comes in. It always helps to feed you in the loop a little bit, who is doing this, for what purpose, where does is fit, what exactly is it, do the student can understand what it is, or the employers”, précise Marc Mainguy.

Pour les organismes accréditeurs collégiaux et universitaires, le cadre sert de référence pour s’assurer que les nouveaux programmes respectent les exigences du niveau de la certification concernée.

L’Ontario révise actuellement l’ensemble de ses titres, ce qui ne devrait pas entraîner une transformation majeure du cadre. Il y aura néanmoins un exercice de mise à jour, ce qui se fera en collaboration avec différents organismes et intervenants du milieu éducatif.

Une inspiration le Québec?

Tout comme l’Ontario, le Québec gagnerait à introduire un cadre basé sur son système d’éducation; il se révèle complexe pour un non-initié. Un tel cadre fournirait des lignes directrices nécessaires à un meilleur encadrement des certifications existantes. À titre d’exemple, les niveaux de qualifications varient d’une attestation d’études collégiales (AEC) à l’autre. Par ailleurs, il existe des similitudes entre certaines AEC et certains diplômes d’études professionnels (DEP).

Le développement d’un cadre québécois, conçu en collaboration avec les partenaires de l’éducation, permettrait, tout comme le cadre ontarien, de mieux situer les certifications les unes par rapports aux autres sur le continuum de l’offre de formation. De plus, il contribuerait à rendre explicites les attentes de compétences et de connaissances de chaque certification. Une telle base pourra servir ensuite de première étape menant à l’élaboration d’un cadre national de qualifications semblable à ceux que nous avons présentés dans des articles précédents du bulletin. Pour la liste de ces articles, consultez la rubrique « articles connexes » à droite dans le haut de cette page.

En savoir plus

Cadre de classification des titres de compétences de l’Ontario – CCTO. Version PDF.

Foire aux questions sur le CCTO – FAQ.

Extrait

Dans ce numéro, nous présentons deux plateformes web qui font se réunir l’offre et la demande de stages pour l’une, et de formation continue, pour l’autre. Nous avons repéré ces innovations pour leur potentiel de contribution au développement de la formation de la main-d’œuvre québécoise.

L’Observatoire compétences-emplois (OCE) est un centre de recherche et de transfert de connaissances sur le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d’oeuvre basée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’OCE regroupe des chercheurs et des professionnels de différentes disciplines qui ont une expertise fine du domaine.

Sa mission est d’alimenter la réflexion, la prise de décision et l’action des acteurs du marché du travail et ainsi de contribuer au développement des compétences de la main-d’oeuvre au Québec.

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