Septembre 2012 | Vol. 3 | N°3

Le e-learning en entreprise, un premier tour d’horizon sur les programmes et projets européens

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L’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) pour l’apprentissage (e-learning) est en croissance constante dans les entreprises européennes. Pour leur part, la Commission européenne et plusieurs pays du continent continuent d’appuyer la généralisation de cette pratique, soit directement, soit dans le cadre plus large de programmes de soutien à la croissance des entreprises et des personnes.

Les principales informations contenues dans cet article sont tirées d’une étude comparative des programmes européens favorisant le e-learning en entreprise : Commission européenne, Benmarking Policies and Initiatives in support of e-learning for Enterprises in Europe (2007). Par souci de transmettre les informations les plus à jour possible, nous avons également consultés plusieurs sites Internet.

On trouvera dans cet article :

  1. Des programmes de la Commission européenne ayant un impact sur le développement du e-learning;
  2. Quelques exemples de projets considérés comme « bonnes pratiques »;
  3. Des recommandations à l’intention des décideurs désirant soutenir le développement du e-learning en entreprise.

Des programmes de la Commission européenne

Il n’existe pas au niveau de la Commission européenne de programmes exclusivement orientés vers le développement du e-learning en entreprise. Toutefois, de nombreuses initiatives à vocation plus large contribuent à faire naître ou à vivifier ce type de pratiques. On pense aux programmes visant :

  • la promotion de la société de l’information;
  • l’utilisation des TIC en entreprise pour fins de e-business ou de e-commerce;
  • l’apprentissage tout au long de la vie;
  • l’acquisition ou la consolidation des compétences de base des employés;
  • l’instauration du e-gouvernement;
  • l’implantation de services en ligne dans le cadre de portails sectoriels;
  • l’implantation de services en ligne destinés aux chercheurs d’emploi et aux décrocheurs.

Nous présentons ici trois initiatives de la Commission qui semblent particulièrement intéressantes pour le développement du e-learning en entreprise. Nous faisons également état du programme français en cours TIC&PME.

 

Programme-cadre pour la compétitivité et l’innovation (CIP)

Ce programme important est chapeauté par la direction générale Entreprises et Industries de la Commission européenne. Il vise à augmenter globalement la compétitivité des entreprises européennes, tout particulièrement les petites et moyennes entreprises (PME). Il soutient l’innovation (notamment l’éco-innovation), améliore l’accès au crédit et fournit divers services d’appui aux entreprises sur une base régionale. Sur une période de six ans, pas moins de 350 000 PME devraient être rejointes d’une façon ou d’une autre. Avec un budget totalisant 3,621 milliards d’euros, le CIP couvre la période 2007 à 2013. Le programme pour la compétitivité des entreprises et des PME (COSME) prendra la relève pour la période 2014-2020.

Le programme CIP encourage explicitement le recours généralisé aux technologies de l’information et de la communication. Dans les entreprises, surtout dans les PME qui accusent un important retard à cet égard, les TIC doivent s’intégrer dans les dispositifs de production, de communication et de gestion. Des services en lignes sécurisés et des outils collaboratifs doivent aussi contribuer à augmenter la productivité. À l’échelle européenne, le programme CIP vise le développement d’une infrastructure d’information et le développement du e-commerce et du e-gouvernement.

 

Stratégie numérique pour l’Europe (Digital Agenda)

La Société de l’information (Information Society) de la Commission Européenne est également active dans la promotion des TIC en entreprise. La politique actuelle de la CE en ce domaine se nomme Stratégie numérique pour l’Europe (Digital Agenda for Europe). On y définit sept domaines d’action prioritaires:

  • création d’un marché numérique unique pour l’ensemble de l’Europe;
  • établissement d’une meilleure interopérabilité entre les systèmes;
  • renforcement de la sécurité sur internet et de la confiance des utilisateurs;
  • accroissement de la rapidité d’accès à l’internet,
  • accroissement des investissements dans la recherche et le développement;
  • développement des compétences numériques (e-skills) et réduction de l’exclusion numérique;
  • utilisation des TIC pour relever les défis auxquels la société fait face, tels que les changements climatiques et le vieillissement de la population.

 

Programme pour l’éducation et la formation tout au long de la vie

Le programme pour l’éducation et la formation tout au long de la vie de la Commission européenne permet aux personnes, à tous les stades de leur vie, de participer à des expériences d’apprentissage stimulantes et contribue à développer le secteur de l’éducation et de la formation en Europe. Doté d’un budget avoisinant les sept milliards d’euros pour la période 2007-2013, le programme finance une série d’actions comprenant par exemple des échanges d’étudiants, des activités d’apprentissage conjointes entre étudiants, des stages en entreprise, des visites d’étude pour spécialistes et décideurs, des activités de mise en réseaux.

Deux sous-programmes en particulier, Leonardo da Vinci pour l’enseignement et la formation professionnelle et Grundtvig pour l’éducation des adultes, sont susceptibles de faciliter l’émergence de projets reliés au e-learning en entreprise.

 

Programme TIC&PME français

Le programme TIC&PME 2010, initié en 2005 par le ministre chargé de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique était doté d’un budget de 10M€. Il a permis à une vingtaine de secteurs d’activités économiques français (biens d’équipement, biens de consommation, santé, bio-ressources…) de développer des standards d’échanges, des outils informatiques et des méthodes d’accompagnement spécifiques pour les PME. Le programme complémentaire TIC et PME 2015 (budget de 5M€ pour le premier appel d’offre) vise quant à lui à financer des initiatives permettant le déploiement effectif des outils développés ou identifiés dans les premières phases du projet et leur généralisation au sein des filières concernées.

Des projets européens

Nous présentons maintenant cinq projets européens qui ont contribué ou contribuent encore au développement du e-learning dans les entreprises. Ces projets sont tous considérés comme de « bonnes pratiques »  et leur valeur exemplaire est reconnue.

 

Learn@work

Partenaires : Cinq universités d’Autriche, de Belgique, du Danemark, d’Irlande, de Grande-Bretagne Type de projet : recherche conceptuelle, production d’un répertoire, production de guides.

Actif de 2005 à 2008, ce projet a permis d’explorer les différents cadres conceptuels de la formation à distance, du e-learning et de l’apprentissage au travail. Un des soucis principaux du projet concerne l’« induction », à savoir l’initiation des participants au e-learning et leur accompagnement nécessaire tout au long des formations/apprentissages. Un répertoire des bonnes pratiques en matière de design et d’implantation d’activités de e-learning au travail a par la suite été produit, de même que des guides destinés aux apprenants (incluant ceux qui sont au départ dépourvus de compétences numériques) et aux fournisseurs de services de formation en ligne.

 

aluMATTER

Partenaires initiaux : 18 universités, associations et entreprises du domaine l’industrie de l’aluminium en Europe. Type de projet : développement d’une communauté d’apprentissage via un portail sectoriel, production de modules de formation en ligne.

Soutenu financièrement depuis 2001 par le volet Leonardo Da Vinci du Programme pour l’éducation et de la formation tout au long de la vie, ce projet vise à outiller et former les acteurs de l’industrie de l’aluminium. Un site Web librement accessible offre des outils de formation en ligne innovants et interactifs relatifs à la science et aux technologies de l’aluminium est encore très vivant. Les partenaires européens ont financés partiellement la réalisation de plusieurs modules de formation tels que Propriétés physiques et propriétés de surface, Usinage et Contrôle de la corrosion.

 

Ed 2.0 Work Project

Partenaires : 12 universités et associations du monde de l’entreprise des 8 pays européens suivants : Royaume-Uni, Autriche, Belgique, Estonie, Pologne, Roumanie, Espagne, Turquie. Type de projet : création d’une communauté de pratiques autour de l’utilisation du Web 2.0 dans le monde de la formation comme dans celui du travail.

Le projet Ed 2.0 Work Project a débuté en novembre 2011 et se terminera en octobre 2014. Ses deux missions :

  • mettre en place un réseau permanent d’échanges entre le monde du travail et celui de l’éducation pour améliorer l’utilisation des outils Web2.0 dans ces deux environnements ;
  • produire une série d’outils permettant l’évaluation de l’efficacité des outils Web 2.0 disponibles.

Entre autre choses, un répertoire de recherches, de bonnes pratiques et d’études de cas sera produit.

 

Learn-on-line

Partenaires : nombreux partenaires de la région de la Wallonie et de Bruxelles soutenus par plusieurs bailleurs de fonds, dont le Fonds structurel européen. Type de projet : Soutien au développement du e-learning en général et en entreprise en particulier, structuration et diffusion de l’offre, etc.

Le projet Learn-on-line se veut LE portail sur le e-learning pour la Belgique francophone.

Il est destiné à toutes les personnes éventuellement intéressées par ce type de démarche d’apprentissage, mais aussi aux entreprises. Le site fait la recension des fournisseurs de formation en ligne de qualité et diffuse des centaines de cours et modules de formation. Dans son volet « Entreprises », le portail présente de nombreux conseil et outils, dont un guide d’implantation du e-learning en entreprise. Un autre volet s’adresse particulièrement aux formateurs de la formation en ligne.

(Pour le lecteur intéressé par les sites portail sur le e-learning, celui de l’Écosse semble particulièrement intéressant. Financé partiellement par ses abonnés, le site comporte notamment des services offerts aux professionnels du e-learning, aux entreprises et aux chercheurs du domaine. Voir ce site.)

 

e-VESTE

Partenaires : établissement de formation, syndicat, association d’employeurs, entreprises, université (tous portuguais). Type de projet : formation d’employés du secteur du vêtement au Portugal et de chercheurs d’emploi intéressés par le domaine.

Financé par un projet visant à accroître l’employabilité, le projet e-VESTE concerne l’ensemble de l’industrie du vêtement au Portugal. L’objectif est de développer des manières innovantes (e-learning et blended learning) de former les employés et les chercheurs d’emploi de ce secteur. Le projet offre des modules de formation portant sur des thèmes tels que le contrôle de la qualité, l’organisation de la production, le calcul du prix de reviens. On espère que ces formations contribuent directement à l’accroissement de la productivité dans ce secteur.

Des recommandations à l’intention des décideurs

Au terme de l’étude de référence qui a servi de base à cet article se trouvent 13 recommandations à l’intention des décideurs et promoteurs du e-learning dans les entreprises. Nous en présentons la liste, rapportant sommairement certains commentaires des auteurs pour chacune d’entre elles.

 

01. Les stratégies d’implantation du e-learning en entreprise devraient tenir compte de la grande diversité des modèles et des besoins.

En particulier, les 4 oppositions suivantes devraient toujours être prises en considération :

  • transfert des connaissances vs construction des connaissances
  • initiatives individuelles vs projet d’entreprise
  • apprentissage informel vs apprentissage formel et certifié
  • e-learning interne à l’entreprise vs e-learning inter-organisations

 

02. Il faut donner une nouvelle impulsion aux politiques favorisant le e-learning en entreprise.

Il faut combattre cette idée généralisée que le e-learning a perdu de son importance depuis quelques années. Au contraire, les plus importants défis relatifs à la formation du personnel et plus largement à la compétitivité des entreprises dans la société du savoir ne pourront être relevés sans l’usage généralisé des TIC.

 

03. Il faut étroitement lier le e-learning en entreprise et la recherche continue des innovations stratégiques.

La formation et l’apprentissage doivent demeurer ancrés sur les processus et produits du travail (work-based learning), dans une perspective d’adaptation et d’amélioration continue.

 

04. Les politiques et projets concernant le e-learning en entreprise doivent prendre en compte leur besoin pour des solutions intégrées et efficaces.

Les entreprises ne sont pas intéressées par la technologie de la formation pour elles-mêmes. Elles désirent plutôt des apprentissages puissants et efficaces qui les aideront à résoudre leurs problèmes pratiques d’ordre organisationnel, stratégique, économiques et financiers.

 

05. Les orientations du e-learning en entreprise devrait favoriser le développement des « e-skills », et inversement.

Les finalités du e-learning dépassent de beaucoup le seul développement des « e-skills », mais elles peuvent et doivent contribuer à stimuler le développement de ces compétences de plus en plus considérées comme essentielles dans la société du savoir.

 

06. Les promoteurs du e-learning doivent rechercher une forte articulation entre e-learning proprement dit, gestion des connaissances (knowledge management) et gestion des compétences au sein des entreprises.

Une infinie quantité de recherches ont été menées depuis une décennie ou deux sur les liens entre e-learning et gestion des connaissances dans les entreprises, mais les applications demeurent rares. Les projets d’implantation du e-learning représentent une nouvelle occasion de donner suite aux recommandations de ces études.

 

07. Les développements concernant le e-learning devraient pouvoir s’appuyer sur un cadre (policy framework) large, multidimensionnel et intersectoriel dans lequel les approches « top down » et « bottom up » pourraient coexister et se compléter l’une l’autre.

On l’a déjà dit, alors que les approches « top down », en plus d’offrir une infrastructure de qualité, garantissent l’inclusion, l’équité, l’accès alors que les approches « bottom up » garantissent l’ancrage dans les besoins contextuels, l’adaptation, la motivation, la participation.

 

08. Les projets e-learning devraient encourager la participation de tous les acteurs, incluant les apprenants, dès l’étape initiale de leur conception.

La participation de tous garantit que les projets répondront aux besoins réels, contextualisés, des entreprises et de leurs employés. Les fournisseurs de formation y gagneront en pertinence et efficacité.

 

09. Les concepteurs des projets e-learning doivent prendre en considération, dès le départ, le défi que représente leur continuité.

L’expérience démontre que plus les acteurs des projets sont engagés financièrement, plus ces projets ont des chances de durer. C’est pourquoi les initiatives conjointes publiques – privées plutôt que celles exclusivement financées par des fonds publics.

 

10. Les projets e-learning doivent être flexibles.

La flexibilité est cette capacité pour les acteurs des projets d’adapter les objectifs originaux et les plans d’action aux besoins émergents, de même que la capacité de gérer des résultats inattendus et les transformer en nouvelles forces.

 

11. Les projets e-learning ne doivent pas être développés en vase clos.

Le réseautage et la coopération avec des initiatives locales apparentées d’une façon ou d’une autre semble constituer une condition de succès et de durabilité des projets.

 

12. Les résultats des projets doivent être rendus visibles : une garantie d’évolutivité et de possibles enrichissements mutuels entre projets.

Les auteurs de l’étude regrettent, par exemple, que les informations relatives au projet suédois VINCENT ne soient disponibles qu’en langue suédoise. (Une problématique européenne qui peut toutefois se rencontrer dans d’autres contextes…)

 

13. Le concept du e-learning comme moyen de supporter l’innovation devrait être promu dans le milieu des entreprises.

Dans les milieux des entreprises et celui de la formation professionnelle, le e-learning est encore largement conçu comme une simple alternative visant les mêmes objectifs que la formation traditionnelle. Cette vision doit être remise en question si l’on veut que les initiatives visant la recherche d’innovations incluent le e-learning comme un moyen privilégié d’y parvenir.

Extrait

Que fait l’Europe et que doit-elle faire pour soutenir le développement du e-learning en entreprise?

Observatoire compétences-emplois (OCE)
1205, rue Saint-Denis
Pavillon Paul Gérin-Lajoie, local N-5920
Montréal (Québec), Canada
H2X 3R9
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