Septembre 2014 | Vol. 5 | N°3

Le cadre national de qualifications de l’Écosse

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Lancé en Écosse en 2001, le Scottish Credit and Qualification Framework (SCQF) résulte de la rencontre de trois cadres indépendants développés suite à une série de réformes unificatrices en éducation supérieure, technique et professionnelle. Le cadre se compose de plusieurs niveaux caractérisés par le cumul d’unités de résultats d’apprentissage1) représentant un certain nombre de crédits. Le SCQF a comme objectifs d’offrir un langage commun pour décrire les certifications, réduire les barrières d’accès à la formation et favoriser la formation tout au long de la vie.

Le secret du succès : les réformes antécédentes

Bien qu’à l’intérieur du Royaume-Uni, l’Écosse jouit d’une grande autonomie en ce qui a trait à son système d’éducation. De petite échelle, il présente une grande uniformité institutionnelle, fondée sur un consensus fort. Cette situation particulière, ainsi que les nombreuses réformes qui ont précédé ont contribué au succès de l’implantation du cadre national de qualifications écossais (Raffe 2003, Allais et al., 2009).

Les réformes se sont étalées de 1984 à 1999. Elles ont porté sur tous les niveaux de qualification et ont permis d’unifier le système d’éducation écossais. Une réforme (Action Plan) en 1984 a établi des formations modulaires pour la formation générale et professionnelle. Chaque module de 40 heures a été défini en termes de résultats d’apprentissage. En 1989, une autre réforme a regroupé les différentes qualifications universitaires en un seul cadre (SOTCAT). À la même époque, le Scottish Vocational Qualification (SQV) a été mis en place pour les qualifications acquises en milieu de travail. Par la suite, la réforme, Higher Still a donné la responsabilité au Scottish Qualification Autority (SQA) de gérer l’ensemble des qualifications non universitaires.

Le SCQF est donc la dernière d’une série de réformes unifiant le système d’éducation écossais. De la sorte, lorsque le projet d’un cadre national de qualification émerge dans les années 1990, les éléments favorables sont en place : requis de qualifications clairs pour chaque niveau, évaluation des qualifications fondées sur les résultats, existence d’un système d’assurance qualité pour la formation, ainsi que d’un système de crédits. De plus, la majorité des qualifications existantes étaient incluses dans les cadres SQA, SOTCAT et SVQ.

En somme, le SCQF résulte d’un processus incrémental, impliquant une forte collaboration des partenaires de différents milieux. Le gouvernement y joue un rôle de soutien, mais ce sont le Scottish Qualification Autority et les institutions d’enseignement supérieur qui ont impulsé le développement et l’implantation du SCQF.

Le cadre écossais en bref

Implanté au début des années 2000, le SCQF n’est pas un cadre régulateur, c’est un cadre de communication (Raffe, 2013). Le SCQF, à l’instar du cadre français, fournit un langage commun en matière de certifications. Plus spécifiquement, le SCQF poursuit deux buts :

  • aider les personnes de tout âge et de toute condition (par ex. au chômage, en emploi, faiblement scolarisée, âgée, etc.) à accéder à une éducation et une formation appropriée tout au long de leur vie;
  • permettre aux employeurs, aux apprenants et au public en général de comprendre le paysage des qualifications écossaises.

Le SCQF est basé sur un partenariat comprenant le SQA, le regroupement des universités d’Écosse, l’Assurance Agency for Higher Education (QAA), le gouvernement écossais et depuis quelque temps, le regroupement des collèges. Il est conseillé par un comité composé de représentants de milieux éducatifs, communautaires et professionnels.

Le SCQF comprend trois sous-cadres avec différents niveaux et types de formation.

  • Le Scottish Qualification Autority (SQA) accrédite les qualifications générales, techniques et professionnelles, incluant le SVQ. Le SQA joue également un rôle actif dans l’établissement des qualifications et l’assurance la qualité de la formation des institutions fournissant les qualifications SQA.
  • Les SVQ, supervisés par le SQA, réunissent les apprentissages en milieu de travail. Ce sont des qualifications développées avec les conseils sectoriels de compétences (Sector Skill Councils) en partenariat avec l’industrie et d’autres institutions.
  • Les institutions de qualification de formation supérieure (SOTCAT) réunissent les universités. Les qualifications vont du certificat au doctorat.

Le SQCF comprend 12 niveaux décrits sur la base de descripteurs communs de niveau. Chaque descripteur comprend cinq dimensions de compétence : 1) connaissance et compréhension, 2) connaissance appliquée (pratique), 3) habiletés cognitives génériques, 4) habiletés en technologies de l’information et des communications et en numératie, 5) autonomie, responsabilisation et travail avec les autres.

Chaque niveau est caractérisé par l’acquisition d’un nombre de crédits déterminés. Un crédit représente un investissement de 10 heures en apprentissage et formation. Pour détenir un niveau donné, il faut donc avoir cumulé un certain nombre de crédits, dont une portion dans ledit niveau. Par exemple, un diplôme de baccalauréat requiert 480 crédits cumulatifs, mais seulement 90 doivent avoir été acquis au niveau du baccalauréat (niveau 10). Les crédits sont accordés lors de l’obtention d’unités de résultats d’apprentissage. Ainsi, une seule unité peut fournir un ou plusieurs crédits. Ces unités se décomposent en compétences, aptitudes et savoirs qui peuvent être évalués et validés.

La base de données du SCQF fournit diverses informations sur les formations disponibles : niveau (1 à 12), organisme(s) offrant de la certification, nombre de crédits rattachés, brève description, audience ciblée, cheminements possibles et référencement avec le cadre européen de certification. Le cadre écossais présenté sous une forme interactive, consultez ce lien du Scottish credit and qualifications framework.

Un exemple : la coiffure

Prenons l’exemple des métiers de la coiffure. Les standards nationaux d’occupation ont été établis par le Hair and beauty industry authority (Habia) de la Grande-Bretagne et ils s’appliquent aussi à l’Écosse. Ces standards définissent les formations en milieu de travail (SVQ) et en établissement de formation (SQA). De la sorte, deux sous-cadres du SCQF sont impliqués dans la formation de coiffeurs. Les City and Guilds offrent aussi des certifications reconnues.

Que les apprentissages soient faits en milieu scolaire ou en milieu de travail, l’obtention d’une certification repose sur des apprentissages qui se font par cumul d’unités indépendantes menant à l’obtention d’une reconnaissance formelle. Ces unités d’apprentissage fournissent un ou plusieurs crédits. Les progrès sont mesurés à travers des évaluations continues qui ne sont pas nécessairement des examens, ou un simple calcul du nombre d’heures de formation : l’obtention d’une unité passe par la mise en application et l’observation des habiletés, savoirs et compétences.

Pour chaque certification, une description sommaire du nombre de crédits à cumuler, de leur niveau dans le SCQF et de l’organisme certificateur est faite. Plusieurs certifications mènent au métier de coiffeur et permettent de progresser dans le domaine. Elles sont présentées dans le tableau qui suit.

Les certifications de la coiffure en Écosse

Niveau SCQF

Cadre européen

Diploma in Hair and Beauty

3

1

Diploma in Hair and Beauty at SCQF level 4Skills for work hairdressingSVQ 1 Hairdressing and Barbering at SCQF level 4

4

2

Diploma in Women’s Hair Dessing at SCQF level 5National Certificate HairdressingNational Progression Award Hairdressing Technical Skills

Skills for Work Hairdressing

SVQ2 in Hairdressing at SCQF level 5

5

3

Diploma in Women’s Hair Dessing at SCQF level 6National Certificate HairdressingSVQ3 in Hairdressing at SCQF level 6

6

4

Higher National Hairdressing

7

5

 

Les métiers de la coiffure se répartissent sur 5 niveaux dans le SCQF, avec une croissance dans la complexité des tâches et des responsabilités. Le diplôme de niveau 3 comprend des descriptifs comme être en mesure de développer des relations de travail adéquates, de préparer les clients à recevoir les services de soins des cheveux ou encore d’assister des coiffeurs. Le détenteur de la certification a un rôle d’assistant. Au niveau 4, le coiffeur junior est appelé à faire de la consultation et utiliser les techniques de bases pour faire des coupes. Au niveau 5, le coiffeur est un senior qui maîtrise certaines spécialisations. Il fait des coupes complexes, gère des budgets et supervise des activités promotionnelles. Au-delà de ce niveau, les compétences se concentrent sur la gestion et s’adressent aux propriétaires et gestionnaires de salon, ainsi qu’aux formateurs.

Il est aisé de trouver les informations détaillées sur les unités de résultats d’apprentissage obligatoires et optionnelles et sur le nombre de crédits qui y sont rattachés. Par exemple, au niveau SCQF 6, il faut faire un total de 9 unités composées d’un nombre de crédits variable. À titre d’exemple, l’unité SQA F7AF04 – Provide Hairdressing Consultation Services fournit 3 crédits, alors que l’unité SQA F7AJ04 – Provide Colour Correction Services en inclut 13.

Les unités de résultats d’apprentissage se décomposent en habiletés, savoirs et compétences. Au niveau 5, la fiche de l’unité obligatoire GH11 – Set and Dress Hair précise des critères de performance, l’étendue des connaissances et des compétences à maîtriser. Quatre acquis sont à démontrer : 1) Maintain effective and save methods of working when setting and dressing hair, 2) Set hair, 3) Dress hair, 4) Provide after care advice. Ils sont détaillés dans la fiche. L’évaluation se fait par observation, où le formateur se base sur des indicateurs de performance qui sont établis pour chaque unité.

Il y a de fait une forte flexibilité de parcours pour devenir coiffeur – un crédit détenu est reconnu dans toute l’Écosse et la Grande-Bretagne – et de lieux de formation. L’obtention des crédits et, du coup, des unités se fait par reconnaissance d’une maîtrise des connaissances, habiletés et compétences telles qu’établies par les partenaires industriels et institutionnels. Le cadre spécifie également des connaissances de base à détenir en anglais, en mathématiques et en technologies de l’information et des communications.

Bref, le cadre clarifie les types de certifications que l’on peut acquérir dans les métiers de la coiffure. Les descripteurs de niveau et les critères de performance reconnus permettent d’expliciter et d’évaluer les compétences, les savoirs et les habiletés nécessaires pour être certifié. Le cumul des crédits, liés à des unités spécifiques, mène à des certifications qui peuvent être acquises dans des lieux diversifiés à un rythme adapté à chaque personne.

Enjeux

Malgré la grande force du cadre écossais, Raffe (2003) souligne qu’il reste encore du travail à faire pour que le SCQF devienne un langage commun. L’auteur rappelle que le simple établissement d’un cadre n’est pas garant d’une culture de la formation tout au long de la vie. Des changements institutionnels plus profonds sont également nécessaires pour atteindre cet objectif.

Notes

  1. Une unité de résultat d’apprentissage (unit of learning outcome) est un élément de qualification qui correspond à un ensemble cohérent de savoirs, d’aptitudes et de compétences qui peuvent être évalués et validés. Source : Cedefop, 2008, Terminology of european education and training policy.

Références

Allais, S., Raffe, D., Strathdee, R., Leesa Wheelahan, M. Y. (2009). Learning from the first qualifications frameworks. Geneva: International Labour Office.

Raffe, D. (2003). «Simplicity Itself»:The creation of the Scottish Credit and Qualifications Framework. Journal of Education and Work, 16(3), 239–257. doi:10.1080/1363908032000099421

Raffe, D. (2013).What is the evidence for the impact of National Qualifications Frameworks? Comparative Education, 49(2), 143–162. doi:10.1080/03050068.2012.686260

En savoir plus

Sur le cadre écossais, téléchargez le cadre interactif du SCQF et visitez le site officiel du Scottish Credit and Qualification Framework.

Sur les niveaux de qualification du cadre écossais, téléchargez ce document : SQF Level Descriptors.

Extrait

Le cadre écossais est aussi un exemple inspirant pour la fluidité des parcours que permet un CNQ accompagné d’un système de formation modulaire. Illustration avec les métiers de la coiffure.

L’Observatoire compétences-emplois (OCE) est un centre de recherche et de transfert de connaissances sur le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d’oeuvre basée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’OCE regroupe des chercheurs et des professionnels de différentes disciplines qui ont une expertise fine du domaine.

Sa mission est d’alimenter la réflexion, la prise de décision et l’action des acteurs du marché du travail et ainsi de contribuer au développement des compétences de la main-d’oeuvre au Québec.

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