Mars 2011 | Vol. 2 | N°1

La nouvelle politique britannique de la formation en milieu de travail

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Le nouveau gouvernement britannique, élu en mai 2010, maintient le cap de l’administration précédente sur la formation continue et le lifelong learning, mais comme il coupe les dépenses gouvernementales de 25%, il retient cinq priorités : 1) la formation dans les PME, 2) les programmes d’apprentissage, 3) le relèvement de la qualification de base de la population active, 4) les politiques d’expression de la demande de la population adulte et 5) le renforcement de la formation des adultes dans les réseaux d’enseignement.

Le gouvernement maintient également la Commission Britannique Emploi et Compétences (UKCES) formée des employeurs, d’une participation syndicale et des quatre gouvernements régionaux (Angleterre, Pays de Galles, Écosse et Irlande du Nord). Créée en 2007 suite à une recommandation du rapport Leitch cette structure de concertation a pour mission de hausser la qualification de la population active et de créer des environnements de travail qui favorisent le développement continu des compétences à tous les niveaux. Pour relever ce défi, la Commission a un rôle de conseil auprès du ministre et une fonction de monitoring quant à l’évolution des emplois et de la demande de qualification, ainsi qu’un rôle de support et de veille auprès des conseils sectoriels; elle est aussi responsable de la gestion de fonds de développement des compétences  en milieu de travail.

Enfin, tout en consacrant quelques 3 milliards ($ can) aux politiques de développement des compétences en milieu de travail, ce nouveau gouvernement maintient un budget de près de 400 millions ($ can) pour les réseaux publics d’éducation communautaire (éducation des adultes non reliée au travail) et un budget de 200 millions ($ can) pour la formation des détenus.

La formation dans les PME : nouvelle priorité

Les deux grands programmes de l’administration précédente, Train to Gain et Skills Pledge, ont connu un réel succès au sein de la grande entreprise, sans vraiment atteindre significativement les PME, tels qu’en témoignent les graphiques 1 et 2, dont les chiffres sont tirés de l’enquête auprès des employeurs menée par l’UKCES 1).

Graphique 1 – Programme Train to Gain, entreprises informées ou actives selon la taille des organisations

Source : UKCES, 2010

Graphique 2 – Programme Skills pledge, entreprises informées ou actives selon la taille des organisations

Source : UKCES, 2010

Le programme Train to Gain offrait aux entreprises un appui financier et un service de courtage de formation (learning brokerage) afin de rentabiliser les investissements. Bien qu’informées comme les grandes entreprises de ce programme, les PME ont été beaucoup moins nombreuses à y avoir recours. Le nouveau gouvernement décide alors de fermer le programme Train to Gain et de consacrer les fonds publics au support du développement de la formation dans les PME. Il confie cette responsabilité à la nouvelle agence Skills Funding Agency et aux 23 Conseils sectoriels (Skills Sectorial Councils). C’est, en autres, pour la même raison que le programme Skills Pledge a été pratiquement interrompu et qu’il est actuellement en pleine transformation. Mentionnons qu’avec l’ancien Pledge les employeurs devaient s’engager à former leur personnel jusqu’au niveau 2 « upper secondary », soit les 3 premières années de l’enseignement secondaire, général ou professionnel du système de formation britannique. Avec le nouveau Pledge, il y aura de nouveau des exigences nationales auxquelles s’ajouteront des exigences sectorielles 2). Il est important de noter que les entreprises ont accès à des exemptions fiscales aux fins de leurs activités de formation. Cet apport publique à la formation en entreprise n’est pas négligeable; il équivaut annuellement à une exonération de plus de 6 milliards ($CAN), soit 2 fois plus que l’ensemble des budgets publics de formation continue et trois fois plus que le budget du programme maintenant interrompu d. De telles incitations fiscales encouragent les entreprises à investir en formation. Toutefois, certaines critiques 3) soulèvent à cet égard deux points importants: d’un côté, l’importance d’une reddition de compte plus efficace et plus transparente sur les activités de formation ainsi supportées et, de l’autre, l’absence de conditions qui permettraient de prioriser des publics actuellement moins desservis tels que, comme c’est le cas aux Pays Bas, les employé(e)s plus âgé(e)s.

Les programmes d’apprentissage

Le gouvernement a décidé, par ailleurs de bonifier le programme d’apprentissage et d’accroître le nombre de participants. On accueillera annuellement 200 000 apprentis, soit 75 000 de plus que durant les années précédentes. Autre changement important, on entend hausser le niveau de compétence recherché afin de répondre à une économie à plus haute intensité de savoir qui exigera des qualifications supérieures au niveau 2. Dans la même perspective, on entend instaurer des passerelles pour permettre aux finissants des programmes d’apprentissage de s’inscrire à des formations professionnelles postsecondaires.

Le relèvement des qualifications de base de la population active

La demande d’une hausse du niveau de qualification de base, générale et technique, de la population active est reconnue. Les enquêtes internationales et britanniques ont bien démontré que plus du tiers de la main d’œuvre n’a pas les compétences de base (communication, mathématique, familiarisation avec l’informatique, etc.) pour répondre aux exigences de 90% des emplois de demain. D’où l’importance d’intervenir auprès de la génération déjà au travail. Le gouvernement Cameron décide alors de financer entièrement la formation des jeunes 19-24 ans et de prolonger cette formation jusqu’au niveau 3 « upper secondary or second stage of basic education », soit les dernières années de l’enseignement secondaire, équivalent au Québec, au DES ou au DEP. Aux adultes de 24 ans et plus qui entreprennent une formation de niveau 3 et plus, on offrira un programme de prêt pour financer leur projet, à partir de 2013.

On notera toutefois que le gouvernement britannique a décidé de ne plus financer la formation à l’anglais langue seconde (ESOL) dans les entreprises. Ce programme ne sera accessible qu’aux nouveaux immigrants en recherche d’emploi.

Les mesures d’appui à l’expression de la demande

Une des caractéristiques les plus typiques de la politique britannique – que le nouveau gouvernement maintiendra – est l’accent mis sur les mesures d’appui à l’expression de la demande de formation, tant dans les entreprises qu’auprès des individus. On reconnaît l’importance, en formation continue, d’investir en amont de la formation pour lever les obstacles auxquels les entreprises et les individus sont confrontés. C’est que l’efficacité d’une formation en entreprise et donc la poursuite des investissements en ce domaine sont reliées à la pertinence de l’apprentissage proposé et donc à la possibilité de faire au préalable une analyse des besoins. Il en est de même des individus qui, faute de services accessibles d’information, de conseil et de références, arriveront difficilement à franchir la porte d’entrée des centres de formation.

Cette fonction de brokerage est centrale dans la politique britannique et ce gouvernement entend la poursuivre aussi avec les Union REPs (voir autre article dans ce bulletin) et les Community Learning REPs4) qui offrent aux individus en entreprise ou dans la communauté un service approprié pour mieux préciser leurs besoins, trouver les lieux ou sources d’apprentissage disponibles et connaître les mesures pour faciliter leur participation. On entend également créer un All Age Careers Service pour les personnes de tout âge.

Grâce à un nouveau fonds « demand-led growth », les conseils sectoriels seront aussi en mesure d’offrir le service de learning brokerage autrefois offert par le programme Train to Gain. Enfin, au cours des prochaines années, on entend créer dans les endroits publics des comptoirs ou services d’information, d’accueil et de référence pour les adultes, comme cela se fait en Allemagne via les lernCafe.

Le renforcement de la formation des adultes dans les réseaux d’enseignement

Enfin, pour permettre aux institutions publiques d’enseignement de mieux répondre aux demandes de la population adulte et de rendre l’offre de formation plus flexible et variée, on assouplit les procédures d’allocation des fonds aux différentes activités reconnues de formation continue. Dans cette perspective, le gouvernement a décidé, tout en continuant de financer les Further colleges dans leur double mission de formation initiale et de formation continue, de constituer, dès 2011, une enveloppe différente pour la formation des adultes.

Notes

  1. UKCES (2010). National Employer Skills, Survey for England 2009 : Key findings report. London : UKCES, pp. 62 et 63.
  2. Skills for Sustainable Growth (BIS, 2010) présente le nouveau Pledge dans ces termes (p. 46 # 20): We will ask the UK Commissioners to work with leading employers, Sector Skills Councils, trade unions and other representatives of workers to develop a pledge setting out their commitments to work together to create high performance workplaces. The new pledge, which will replace the Skills Pledge, will include a number of core commitments together with specific commitments decided by each sector. Core commitments, which will be agreed with the UK Commissioners, may include action on leadership and management, engagement with employees, investing in skills especially for those with the lowest levels at present and increasing the number of Apprenticeships. Employers in each sector will be encouraged to agree workplace commitments in support of the sector pledge.
  3. NIACE . http://www.niace.org.uk/news/employer-training-tax-relief-%E2%80%93-checks-needed Voir aussi la critique du réseau Union Learn http://www.guardian.co.uk/education/2011/mar/22/tax-relief-training-pay?CMP=twt_fd
  4. Voir les vidéos décrivant la fonction de ce réseau http://www.communitylearningchampions.org.uk/clc-videos

Extrait

Tout en consacrant quelques 3 milliards ($ can) aux politiques de développement des compétences en milieu de travail, ce nouveau gouvernement maintient un budget de près de 400 millions ($ can) pour les réseaux publics d’éducation communautaire (éducation des adultes non reliée au travail) et un budget de 200 millions ($ can) pour la formation des détenus.

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