Mai 2015 | Vol. 6 | N°1

Un rapport comparant le système d’apprentissage de l’Ontario et celui de quelques pays phares.

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En 2015, le Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur faisait paraître une analyse comparative des systèmes d’apprentissage de sept pays : Allemagne, Autriche, Suisse, Australie, Angleterre, France, États-Unis. Les systèmes de ces pays sont présentés brièvement (une quinzaine de pages au total) sur sept paramètres : facteurs historiques et culturels, gouvernance, portée, participation, structure des systèmes, qualifications et taux de réussite.

Cette analyse offre un bon tour d’horizon des systèmes d’apprentissage d’ailleurs avec, en trame de fond, des préoccupations proches des nôtres et débouchent sur des questions criantes d’actualité.

Les principales différences entre le système ontarien et celui des autres pays étudiés.

  • En Ontario, les apprentis sont des adultes. Ce phénomène caractérise le Canada et les États-Unis (OIT et Banque Mondiale, 2013 : 7). Dans les pays du système dual, l’apprentissage est principalement destiné aux jeunes. En Australie et au Royaume-Uni, il est destiné aux deux clientèles, depuis les années 1990.
  • L’apprentissage en Ontario est relativement circonscrit aux métiers spécialisés. Dans les autres pays, il y a des programmes d’apprentissage pour les métiers spécialisés, mais aussi pour des occupations plus techniques, voire professionnelles, et ce, dans divers secteurs d’activités, tels que génie, soins de santé, commerce, administration, technologie de l’information, etc.
  • Le système d’apprentissage de l’Ontario comporte une composante scolaire, 10% du programme devant être réalisé « en classe ». Or c’est peu comparativement aux autres pays. En Allemagne, la proportion est de 30% et en France, de 25% à 40%.
  • Par contre, les périodes passées « en classe » sont plus longues que dans les autres pays, la formation étant offerte par des collèges habituellement sous forme de périodes prolongées à temps plein sur six à douze semaines ou à temps partiel sur toute une année scolaire. Les apprentis doivent donc s’absenter du travail pour suivre cette formation dont ils ont à assumer les coûts, de surcroît. Considérant qu’il s’agit d’adultes qui ont souvent des charges familiales, ces deux facteurs sont responsables du faible taux d’achèvement des programmes.

Les leçons pour améliorer le système ontarien

Pour le COQES, le succès du système dual de l’Allemagne, de la Suisse et de l’Autriche est étroitement lié à des facteurs historiques et culturels éloignés de la réalité nord-américaine. C’est un système pour les jeunes qui repose sur une perception positive de l’apprentissage et sur la forte participation des employeurs.

L’expérience de l’Australie et de l’Angleterre leur semble plus inspirante, pour la proximité culturelle et aussi parce qu’ils ont réformé leur système récemment pour corriger des problèmes qui préoccupent l’Ontario, soit l’élargissement de l’apprentissage à d’autres professions que les métiers et, (2) l’augmentation de la participation. En Australie, la participation a connu une croissance considérable passant de 130 000 participants en 1995 à 413 000 en 2013. Dans ce pays, il existe des programmes d’apprentissage pour plus de 500 métiers et professions. Le Royaume-Uni a connu une croissance semblable passant de 65 000 apprentis en 1995 à plus de 500 000 en 2012. Cette croissance a cependant entraîné des problèmes de qualité. L’une et l’autre des situations démontrent que l’élargissement peut être réalisé mais en procédant à une mise en marché soignée de l’apprentissage et en introduisant le modèle dans de nouveaux secteurs de l’économie, mais que des précautions doivent être prises pour assurer la qualité des placements offerts et, par conséquent, également la valeur et la transférabilité des titres de compétences obtenus (p. 17).

Matière à réflexion

Le COQES conclut sur quelques questions que suscite l’analyse comparative. La première porte sur les impacts du système d’apprentissage ontarien. En l’absence d’études sur le sujet, on peut se demander dans quelle mesure « l’apprentissage prépare les participants à mener des carrières réussies ». Une question sans réponse pour le Québec aussi, pour les mêmes raisons.

La deuxième porte sur le lien entre l’apprentissage et les études. La transition entre l’apprentissage et les études post-secondaires serait le point faible de nombreux systèmes d’apprentissage à l’échelle mondiale. Or là-dessus, l’Ontario innove puisqu’ils ont récemment mis sur pied un dispositif qui permet de mener les deux de front : le « programme apprentissage-diplôme » (PAD) du collégial. Voilà un dispositif qui suscite notre curiosité.

Enfin, le lien entre l’apprentissage et les autres formes d’apprentissage intégrées aux programmes scolaires, comme les stages de travail dans le cadre de programmes d’enseignement coopératif. L’Ontario met beaucoup l’accent sur les programmes d’enseignement coopératif et toutes les autres formes de stages 1) ces temps-ci (tout comme le gouvernement québécois). Et les auteurs se posent ces questions : est-ce que ces dispositifs en Ontario peuvent avoir la même fonction que l’apprentissage à l’étranger? Et les points forts de ces dispositifs en Ontario diminuent-ils la nécessité d’élargir le système d’apprentissage? Traduisons pour ici : Alternance travail-études de la formation professionnelle et technique ou Programme d’apprentissage en milieu de travail d’Emploi-Québec, ou les deux?

Notes

  1. Le gouvernement ontarien propose ces temps-ci un projet de loi visant à promouvoir l’apprentissage par l’expérience en milieu de travail. Le Projet de loi 43 intitulé Loi de 2014 sur l’apprentissage par l’expérience en milieu de travail a passé le stade d’une première lecture. Dans ce projet, il est question de créer un Conseil consultatif de l’apprentissage intégré au travail dont le mandat sera de conseiller le ministre de la Formation, des Collèges et des Universités (MFCU) sur les manières d’augmenter le nombre d’occasions d’apprentissage intégré au travail, particulièrement celles qui sont rémunérées, dans les programmes scolaires et de les promouvoir auprès des écoles et des employeurs. Les détails du projet de loi sur cette page du site de l’Assemblée législative de l’Ontario. Au Québec, il est aussi question d’augmenter les stages en milieu de travail, bien que les moyens ne soient pas les mêmes.

Références

Dion, N. (2015). Perspective internationale sur l’apprentissage : Comparaison avec l’Ontario. Toronto, Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur. Organisation internationale du Travail et Banque mondiale (2013). Towards a Model Apprenticeship Framework : A Comparative Analysis of National Apprenticeship Systems. Genève, OIT.

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Extrait

L’Ontario songe à rénover son système d’apprentissage et pour ce, il cherche à s’inspirer des bonnes pratiques d’ailleurs. Sa préférence va aux systèmes de l’Australie et du Royaume-Uni qui sont, à la différence des systèmes de l’Europe continentale, destinés autant aux adultes qu’aux jeunes.

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