Juin 2013| Vol. 4 | N°2

Un instrument validé pour mesurer les résultats de l’apprentissage informel

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L’apprentissage informel en milieu de travail est difficile à cerner intimement lié qu’il est aux activités quotidiennes du travail. Aussi, jusqu’à récemment, l’a-t-on surtout investigué qualitativement ou quantitativement sur des petites populations. Dans cet article, nous présentons une étude qui rompt avec cette « tradition ». Réalisée en Belgique, à l’automne 2011, elle se démarque par une approche quantitative du phénomène sur une population d’un millier de participants, en l’occurrence ici, des travailleurs sociaux.

C’est une étude d’envergure donc, qui se démarque en plus par une démarche aussi ingénieuse qu’efficace. Voilà le modus operandi. À partir du profil de compétences d’une profession, les participants autoévaluent le degré de maîtrise des compétences qu’ils détiennent (I am able to… no, unsatisfactory, satisfactory, good, very good) et sur les mêmes compétences, ils évaluent dans quelle mesure ils les ont développées dans le cadre de leurs activités quotidiennes de travail (Through my daily practice, I have learned… no, to a small degree, satisfactory, to a great degree, to a very great degree). Sans entrer dans les détails de l’analyse statistique, ce qui serait fastidieux, disons que les chercheurs ont établi la cohérence interne des données pour ensuite extraire le corpus de compétences qui ont été le plus développées dans les activités quotidiennes de travail.

L’étude contient une courte, mais concise, revue de littérature sur les résultats de l’apprentissage en milieu de travail (workplace learning outcomes). Les chercheurs s’en inspirent, mais leurs résultats les amènent à développer une classification originale comprenant trois types : les génériques (generic learning outcomes – GLO), les spécifiques à l’occupation (job-specific learning outcomes – JSLO) et les organisationnels (organisational-level learning outcomes – OLLO). Les premiers sont transversaux s’appliquant à plusieurs occupations, les deuxièmes sont propres à une occupation et les troisièmes évoquent la prise de responsabilités qui va au-delà de l’occupation, comme par exemple, la gestion. Le tableau suivant présente les résultats les plus significatifs de l’étude.

Dans ma pratique quotidienne, j’ai appris …

Types de résultats d’apprentissage

  GLO JSLO OLLO
DW19 … à réfléchir de manière critique et constructive à ma pratique professionnelle 0,733    
DW18 … à optimiser ma pratique professionnelle sur la base de la réflexion et de la rétroaction 0,687    
DW16 … à réfléchir de manière critique et constructive sur le fonctionnement de mon équipe, mes collègues et l’organisation 0,622    
DW17 … à développer mes talents et mes compétences pour me développer professionnellement 0,548    
DW5 … à communiquer oralement et par écrit avec des collègues sur des sujets professionnels 0,447    
DW23 … à utiliser le temps et les moyens efficacement dans le travail afin de parvenir à un maximum de résultats et ce, dans un minimum de temps avec un minimum de moyens 0,445    
DW22 … à évaluer et anticiper les problèmes, obstacles ou opportunités 0,432    
DW21 … à rechercher et à tirer le meilleur parti des opportunités, à prendre des initiatives en lançant de nouvelles idées et en agissant sans attendre que d’autres le fassent à ma place 0,422    
DW25 … à élaborer un jugement professionnel et à entreprendre une action en conséquence de celui-ci et à en assumer la responsabilité 0,411    
DW2 … à acquérir et à traiter l’information professionnelle de façon autonome 0,403    
DW6 … à établir et à maintenir une bonne relation d’aide avec les clients en leur offrant l’assistance et les services dont ils ont besoin   0,684  
DW4 … à guider les clients dans le respect de leur développement cognitif, affectif, social et psychomoteur   0,608  
DW10 … à soutenir les clients dans leur participation à la société   0,573  
DW13 … à organiser la relation d’aide en tenant compte de la vie au et hors travail du client et de son point de vue   0,515  
DW3 … à concevoir un plan d’intervention axé sur le besoin et la demande   0,478  
DW14 … à participer à l’élaboration et la mise en œuvre de politiques, de programmes et de mesures (relatives au métier)     0,743
DW11 … à réaliser des tâches de gestion de façon autonome     0,690
DW15 … à prendre en considération le contexte plus large dans lequel je travaille     0,462
DW9 … à développer une compréhension des questions éthiques, normatives et sociales et à m’engager en conséquence     0,449

 

Concernant les GLO, il est intéressant de constater que la réflexivité sur la pratique professionnelle arrive au premier plan. Je réfléchis à ma pratique de manière critique et constructive, je l’améliore et je me développe professionnellement. En parallèle, je porte ce même regard réflexif sur mon équipe, mes collègues et mon organisation. Ajoutons à cela, que je développe mes capacités de communication, de performance, de résolution de problèmes, d’initiative, de confiance en mon jugement professionnel, l’exercice du travail quotidien, du moins dans cette profession, est un puissant moteur de développement de compétences génériques. Il serait intéressant de voir si ces mêmes compétences ressortent avec une autre profession. Comme il s’agit d’un instrument validé, il n’est pas impossible que d’autres chercheurs l’utilisent.

Quoiqu’il en soit, de façon générale, les résultats de cette étude donnent à voir que l’exercice du travail quotidien favorise le développement de compétences que le sens commun associe aux acquis de l’expérience. Le mérite c’est d’en offrir une représentation chiffrée.

Références

KYNDT, E., GOVAERTS, N., VERBEEK, E., DOCHY, F. (2013), Development and Validation of a Questionnaire on Informal Workplace Learning Outcomes : A study among Socio-Educational Care workers, British Journal of Social Work Advance Access, 1 – 20.

Extrait

Voici une étude d’envergure réalisée en Belgique, à l’automne 2011, sur une population d’un millier de travailleurs sociaux. Elle a servi à développer un instrument pour mesurer un phénomène fort difficile à cerner : l’apprentissage informel.

Un résultat étonne. La capacité de réfléchir à son travail et à optimiser sa pratique sur la base de cette réflexion arrive en tête de liste des compétences acquises dans les activités quotidiennes du travail. Peut-être est-ce dû à la nature de la profession? Il faudrait mener d’autres études, sur d’autres professions, avec cet instrument validé pour le savoir. Du travail en vue pour les chercheurs.

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