Juin 2010 | Vol. 1 | N°1

Un dispositif de qualification américain pour répondre au défi du lean manufacturing

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Le Manufacturing Skill Standards Council (MSSC) créé en 1998 a mis sur pied un dispositif de certification qui permet de qualifier la main-d’œuvre occupant des fonctions techniques propres à l’industrie manufacturière : santé sécurité, assurance et contrôle qualité, entretien préventif, gestion et planification de production et logistique de production.

Pour nous, comme pour les américains, ces fonctions de travail présentent le même intérêt :

  • tout d’abord, elles caractérisent l’ensemble des industries manufacturières;
  • ensuite, elles sont hautement stratégiques puisque ce sont les travailleurs qui les exercent qui pilotent les changements organisationnels et techniques que l’on qualifie aujourd’hui de passage au « lean manufacturing »;
  • enfin, une bonne partie (au moins le tiers) de la main-d’œuvre qui occupe ces fonctions au Québec est issue de la mobilité interne, donc formée sur les lieux de travail; un public cible pour la reconnaissance des compétences.

Qu’est-ce que le MSSC?

Le MSSC américain est un organisme national composé de représentants d’entreprises et de syndicats, d’organisations professionnelles et de formateurs provenant de quatorze industries manufacturières. Cet organisme, entièrement dédié à la qualification de la main-d’œuvre, est né dans la mouvance du NSSB – National Skill Standards Board en 1998. Même si le NSSB n’existe plus aujourd’hui, le MSSC poursuit sa mission et ses activités dans l’esprit et dans le cadre mis en place par l’agence fédérale. (Pour plus d’information sur le NSSB, voir section sur ce sujet à la fin du texte.)

Le MSSC a mis sur pied et opère un dispositif de certification basé sur des normes de compétences nationales reconnues par l’industrie

Pour les fonctions de la production et de la chaîne logistique, le MSSC offre à l’industrie manufacturière un dispositif pour s’assurer que les travailleurs qui entrent de même que ceux qui sont en place aient ce qu’il faut (polyvalence, capacité d’apprendre, motivation) pour faire face aux changements technologiques. Au MSSC on forme et on certifie des  « Industrial Athlete of the Future ».

À l’origine du MSSC, l’objectif à long terme qui lui fut fixé par le NSSB était de qualifier 40% des travailleurs manufacturiers en 10 ans.  Cet objectif 40/10 s’étant avéré irréaliste, la direction du MSSC décidait, en septembre 2009, de le remplacer par un objectif plus modeste: le « 20|20 Vision ». Avec cet objectif, le MSSC souhaite qualifier d’ici 2020, au moins 20% des travailleurs de production et de la logistique, ce qui représente tout de même 3 million de personnes.  C’est un objectif ambitieux, précise le MSSC, et il ne peut être atteint, mentionne-t-il, sans la participation des entreprises, des syndicats, des agences de l’emploi et du développement économique des États et du gouvernement fédéral, des écoles secondaires et des collèges, etc. Voici résumés, la mission et les objectifs du MSSC dans ses propres termes.

The long-term vision of the MSSC is to train, assess and certify a substantial portion of the nation’s production and supply chain logistics workforce against high performance skill standards.  This workforce includes incumbent workers, students, career changers and dislocated workers.  We believe the outcome will be a larger pool of workers with the right skills to enhance the innovation, productivity and competitiveness of U.S. based manufacturing.

Les certificats du MSSC

Pour l’heure, le MSSC a créé trois certificats :

  • le CPT pour « Certified Production Technician »
  • le CLA pour « Certified Logistics Associate »
  • le CLT pour  « Certified Logistics Technician »

Le CPT se décline en 4 certifications : santé sécurité, assurance et contôle qualité, entretien préventif, gestion et planification de production. Le titre complet CPT n’est accordé qu’au travailleur qui obtient les quatre certificats. Le CLA s’adresse aux travailleurs de la chaîne logistique et le CLT, aux techniciens de la logistique.

En outre, il est intéressant de savoir que 700 entreprises, 350 experts et 4000 travailleurs ont participé à l’élaboration de ces certificats, ce qui a nécessité un investissement public-privé de 9 million $US.

Pour opérationnaliser ce dispositif de certification, le MSSC disposait, en décembre 2009, de l’infrastructure suivante,:

  • Instructeurs certifiés : 382
  • Centres d’évaluation certifiés : 167 (essentiellement des collèges)
  • États qui ont au moins un Centre d’évaluation certifié : 30
  • États qui ont au moins 5 Centres d’évaluation certifiés : 10

Les dispositifs de certification du MSSC

Le système de certification du MSSC, comprend un dispositif de formation et un dispositif de reconnaissance des compétences indépendants l’un de l’autre. En clair, cela signifie qu’il n’est pas nécessaire de suivre la formation du MSSC pour obtenir le certificat. Cette dissociation entre formation et certification profite aux travailleurs expérimentés qui, estimant maîtriser les compétences d’une qualification, peuvent s’inscrire au dispositif d’évaluation sans passer par la formation, bien qu’il existe pour eux une formation « fast track ».

Le dispositif de formation

La formation est dispensée par des formateurs certifiés qui travaillent, pour la plupart, dans des établissements publics ou privés de niveau collégial (collèges communautaires, instituts techniques, etc.).

Prenons l’exemple du CPT, le dispositif étant similaire pour les certificats de la logistique. Le CPT, rappelons-le, se décline en quatre certificats : santé sécurité, assurance et contrôle qualité, gestion et planification de production et entretien préventif. Il y a trois types de programmes menant à l’obtention, tout ou partie, du CPT :

  • Le programme complet porte sur toutes les certifications du CPT et il se donne en 140 heures sur une base continue au terme duquel programme, le candidat passe les évaluations pour obtenir le CPT complet. Ce programme est offert aux personnes disponibles pour des études intensives à  temps complet, comme par exemple, des travailleurs « sans emploi » ou des étudiants au semestre d’été.
  • Le programme modulaire prévoit un module par certificat, à raison d’un cours de 35 à 40 heures, chacun donnant des crédits académiques (3 crédits par module) au terme desquels modules, les candidats passent l’évaluation qui leur donne l’un ou l’autre des certificats. Ce type de formation est dispensé à des étudiants ou des adultes dans un cadre scolaire.
  • Le programme « Fast Track » prévoit aussi un module par certificat, à raison d’un cours de 15 à 18 heures avec une évaluation à la fin pour l’obtention de l’un ou l’autre des certificats. Ce programme est conçu pour les travailleurs expérimentés.

Les programmes sont dispensés en établissement ou en ligne (le « fast track » en ligne seulement). Pour s’inscrire, les candidats doivent détenir les pré-requis suivants : mathématiques de 9e année, anglais de 10e année et savoir utiliser un ordinateur.

Les instructeurs reçoivent aussi une formation, il s’agit d’un cours intensif de 3 jours au terme duquel ils obtiennent un certificat qui les autorise à dispenser la formation du CPT.

Le dispositif d’évaluation

L’évaluation se fait en ligne. Reprenons l’exemple du CPT, pour chacune des certifications – santé sécurité, assurance et contrôle qualité, entretien préventif, gestion et planification de production –, il y a deux tests, un premier mesurant les connaissances et un second évaluant les expériences.

Pour les connaissances, le test comprend 75 questions à choix multiples. Pour l’expérience, le test comprend de 20 à 30 exercices virtuels qui reproduisent des situations de travail où les candidats, face à des appareils de mesures, des machines-outils, etc., doivent faire des choix qui traduisent leur maîtrise des compétences.

Au terme de l’évaluation, le candidat se voit octroyer un certificat et s’il ne passe pas, on lui fait des suggestions pour compléter sa formation.

En terminant, voici au mois de décembre 2009, le nombre d’évaluations réalisées et certificats octroyés :

  • Évaluations réalisées : 17,000+
  • Certificats octroyés : 11,700+

Pour en savoir plus sur le MSSC américain et ses dispositifs de certification, consultez ce lien.

Quelques mots sur le NSSB

Dans une étude sur les dispositifs nationaux de qualification professionnelle réalisée pour la CPMT Michel Lejeune 1) qui a travaillé sur les États-Unis décrit ce qu’était le NSSB américain. Voici ce qu’il dit :

Le NSSB est l’organisme fédéral à l’origine du premier véritable dispositif « national » visant la qualification de la main-d’œuvre [aux États-Unis]. Il était chapeauté [puisqu’il n’existe plus] par le Ministère de l’Éducation et le Ministère du Travail et [fut] impulsé par le National Standards Act.

Le NSSB était une coalition de 24 représentants actifs provenant des différents milieux  industriel, syndical, professionnel, éducationnel et gouvernemental. Selon les termes du National Skill Standards Act, 12 acteurs étaient nommés par le Président des États-Unis, 6 par le Leader de la Chambre des Représentants (selon les recommandations des Leaders du Gouvernement et de l’Opposition) et les autres étaient nommés par le Président du Sénat, selon les recommandations des Leaders du Gouvernement et de l’Opposition.

La mission du NSSB était de stimuler des alliances stratégiques (des partenariats) pour l’élaboration d’un dispositif national visant la qualification de la main-d’œuvre. [Le NSSB ne construisait pas de normes de compétences, mais agissait plutôt comme] catalyseur fournissant un cadre de référence et des ressources pour l’élaboration des dispositifs de qualification.

Notes

  1. Ces extraits sont tirés d’une étude réalisée par Michel Lejeune sur les dispositifs de qualification nationaux des États-Unis voir Lesemann, F., Lejeune, M., Hart, S.A.,Inventaire international et documentation des dispositifs nationaux de qualification professionnelle, INRS-Urbanisation, Culture et Société, Montréal, 2005, p.82. L’étude est disponible sur le site de TRANSPOL.

Extrait

Le Manufacturing Skill Standards Council (MSSC) créé en 1998 a mis sur pied un dispositif de qualification qui permet de qualifier la main-d’oeuvre occupant des fonctions techniques propres à l’industrie manufacturière : santé sécurité, assurance et contrôle qualité, entretien préventif, gestion et planification de production et logistique de production

L’Observatoire compétences-emplois (OCE) est un centre de recherche et de transfert de connaissances sur le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d’oeuvre basée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’OCE regroupe des chercheurs et des professionnels de différentes disciplines qui ont une expertise fine du domaine.

Sa mission est d’alimenter la réflexion, la prise de décision et l’action des acteurs du marché du travail et ainsi de contribuer au développement des compétences de la main-d’oeuvre au Québec.

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