Sommet de l’innovation en formation : Retour d’expérience

par Christian Wirth
Publié dans le Bulletin de l’OCE : VOL.12 – 2025

Le 3 avril 2025, j’ai eu l’opportunité de participer à la 3e édition du Sommet de l’innovation en formation (SIF) à Québec.

Je me suis dit qu’un retour d’expérience pourrait vous permettre de vous faire une idée de ce qu’offre l’événement. Évidemment, ce partage n’engage que mon point de vue selon mes préférences, mes attentes et mes sensibilités.

Cet événement s’adresse aux personnes responsables des formations dans les entreprises et aux personnes dirigeantes qui souhaitent maintenir les compétences de leurs employé-e-s. Ces personnes peuvent y trouver, des propositions d’outils, de méthodes et de personnes formatrices. Pour cette 3e édition du SIF les trois axes centraux étaient les conférences, les extraits de formations ainsi que le réseautage.

Les conférences

La période des conférences s’est déroulée tout au long de la journée avec deux espaces en chevauchement. J’ai trouvé la durée des conférences plutôt agréable : 30 minutes avec une période additionnelle de 10 minutes pour poser des questions. Cela a permis de ne pas tomber dans le piège de surcharger et de prendre un angle bien efficace.

De toute façon, avec le nombre de conférences (12), les sujets et les axes se complétaient naturellement. Le niveau d’apprentissage des conférences était variable. Ce que j’entends par là, c’est la capacité d’apprendre une notion, un sujet, une nouveauté visant le développement de connaissance ou de compréhension, tandis que certaines semblaient être plus un placement de produit déguisé en conférence. Cela a d’ailleurs entraîné une baisse visible de l’audience au fur et à mesure de ces présentations.

En dînant à l’une des tables lors du repas, certaines personnes ayant participé à l’édition précédente ont félicité la meilleure qualité des conférences de cette année. Visiblement, elles n’avaient pas apprécié les conférences trop centrées sur les produits lors des éditions précédentes.

C’est probablement pourquoi j’ai bien apprécié l’originalité de la 2e activité, les extraits de formations.

Les extraits de formations

10 minutes d’extrait de formation. Quelle brillante idée ! Personnellement, j’ai adoré comment cela m’a donné envie d’en avoir plus. Dans cette offre, j’ai aimé être dans un espace qui dépasse l’apprentissage en tant que tel.

Dans les meilleurs des cas, je vivais des micro-apprentissages, mais ce que j’ai adoré, c’est de découvrir le style, le rythme, l’ambiance des formations. Ce que je trouve particulièrement innovant comme approche et format de présentation. Offrir une courte expérience qui vise non pas l’apprentissage d’un grand sujet mais une brève immersion dans l’activité de formation elle-même. Une très belle façon de découvrir l’entreprise ou la personne formatrice et vivre son univers le temps d’un instant, permettant de voir la compatibilité possible. J’ai vraiment été séduit par ce format !

Un exercice loin d’être facile ! Et félicitations pour les personnes qui ont réussi à jouer le jeu. C’était vraiment réussi !

Cet exercice s’est avéré difficile puisque certains sont tombés « dans le piège » soit du stress ou de la peur de ne pas réussir à transmettre le contenu. Tandis que certains nous ont offert un véritable extrait en contextualisant le module et la suite potentielle, d’autres nous ont fait des « pitch » plus classiques de vente de formation en nous présentant à quoi elle sert et répond (intéressant, mais venir les voir à leur kiosque m’aurait donné un pitch similaire). D’autres encore nous ont présenté leur processus créatif de conception de la formation.

L’ensemble fonctionnait, les présentations étaient très bonnes, mais comme on le voit, j’ai particulièrement apprécié vivre les extraits de formations. Pour les présentations des processus créatifs de conception, surtout pour les formations les plus « innovantes » ou « technologiques », j’ai aimé découvrir leur approche de développement, notamment parce que j’ai une sensibilité personnelle pour les processus.

Thématiques principales

Au travers de tout ce contenu, j’ai noté trois grandes tendances assez logiques : l’intelligence artificielle (IA), la technologie et l’humain. Alors oui, je parle de trois axes et pas deux parce que, sans surprise, l’IA avait une très grande place dans nombre de présentations ou propositions.

Ce que je retiens dans l’exploration de ces thématiques, c’est l’attention apportée sur le fait qu’une technologie proposée n’est pas automatiquement signe d’innovation. En effet, pour prendre un exemple, un système d’apprentissage en ligne (LMS) peut être une offre tout à fait classique sans apporter de nouveautés telles que de nouvelles façons de faire pour soutenir l’engagement des personnes apprenantes, les modes d’évaluation ou l’analyse des données… Bref, il peut y avoir plusieurs aspects pour lesquels une entreprise pourrait avoir besoin de nouveautés.

Repenser les besoins d’apprentissage à l’ère de l’IA

J’ai observé une remise en question intéressante des besoins en savoirs. Par exemple : est-ce que j’ai vraiment besoin d’apprendre à réaliser des fonctions dans un tableur Excel pour pouvoir l’utiliser si l’IA peut le faire pour moi et plus vite ? Une question forte intéressante qui laissait entendre que nous pourrions mettre notre énergie sur d’autres types d’apprentissages, laissant place à des besoins plus spécifiques et pertinents. Cette remise en question était souvent liée à la perspective de l’obsolescence de la connaissance. Nos connaissances et compétences deviennent de plus en plus vite désuètes dans un monde qui accélère sans cesse.

Déconstruire les mythes pédagogiques

Nous avons eu droit à une belle expérience sur la déconstruction de mythes, tel que celui stipulant que l’apprentissage est plus efficace par la démonstration. Lors de cette conférence interactive, le conférencier a su nous mettre en situation au travers de deux personnes invitées à monter sur scène pour apprendre à utiliser un Rubik’s Cube. Ces personnes étaient invitées à suivre la démonstration pour réaliser les objectifs qui étaient de créer une face blanche puis réaliser une forme en croix.

Sans surprise, échec de la tentative de reproduction. Malgré le « meilleur choix » de la méthode d’apprentissage, les personnes se sont retrouvées en échec pour transférer les connaissances. Les éléments clés à retenir étaient l’importance d’adapter les objectifs d’apprentissage en privilégiant des objectifs plus petits et progressifs. L’autre point mis en avant était l’invitation à inverser la séquence théorie-pratique pour commencer par cette dernière. Des suggestions tout à fait pertinentes pour bonifier certaines de nos formations.

L’essor de la psychométrie dans la formation

Dernier point que je retiens du SIF : l’attrait et les propositions grandissantes autour de la psychométrie. Il y avait plusieurs kiosques qui proposaient leurs formules, ce qui démontre un besoin croissant d’apprendre à mieux se connaître. Cette tendance reflète une évolution vers des approches plus personnalisées et adaptées au profil de chaque apprenant.

D’un point de vue formation, cela démontre un intérêt pour créer des expériences d’apprentissages adaptées et donc personnalisées en fonction des préférences cognitives. Même si l’apport de l’apprentissage collectif (je parle bien ici de méthodes centrées sur le groupe, pas de cours magistraux où chaque personne apprenante écoute individuellement dans une même classe) est démontré dans la littérature, il reste néanmoins que certains contextes ne permettent pas ce type d’apprentissage.

C’est pourquoi il est intéressant d’avoir des dispositifs qui favorisent l’autonomie et la personnalisation. L’une des conférences qui portait justement sur la personnalisation de l’apprentissage a mis de l’avant que le besoin en personnalisation ne dépend pas uniquement de la personnalité, complexifiant la possibilité de concevoir des formations à multiples modalités.

En effet, il faudrait également tenir compte du niveau de chaque personne, du contenu, du type de feedback qui serait adapté, du rythme de la formation, de la mise en pratique, des acteurs qui pourraient intervenir dans le dispositif de formation ou encore du contexte du sujet ou de la formation elle-même. Bref, que de paramètres que tentent de prendre en compte les nouvelles innovations technologiques pour offrir des formations qui font sens, tout en ne complexifiant pas davantage la conception d’une formation qui peut déjà être longue et laborieuse à développer.

C’est pour cela que l’IA couplée à d’autres technologies comme les LMS semble offrir de nouvelles possibilités, commençant à être capable de répondre à ce besoin de personnalisation.

Réflexions personnelles et perspectives d’évolution

Ces thématiques étaient fort intéressantes, motivantes voire intriguantes. J’ai aimé découvrir les projets au travers des conférences ou des kiosques du SIF.

J’aimerais tout de même aborder ce que j’aurais souhaité voir davantage. C’est peut-être mon chapeau d’étudiant universitaire couplé à celui d’auxiliaire de recherche, donc cet avis est purement personnel. Comme le contenu était très centré sur l’IA, j’aurais apprécié davantage de mises en garde. Malgré les beaux projets ou les performances qui ont été présentés, le contenu m’a beaucoup paru relever de l’effet “objet brillant”.

Ce qui me fait dire cela, c’est le peu de sensibilisation ou de sens critique mis de l’avant, démontré ou utilisé lors des présentations. Les propos manquaient parfois de nuances, particulièrement concernant l’IA. Le message implicite semblait être : “Si ça a fonctionné pour nous, ça va fonctionner pour tout le monde.” Mais au nom de quoi ? Pour quoi ? Pour qui ? Et surtout dans quelle intention ?

Celle de la performance, principalement. Ultimement, le fait d’améliorer son efficacité et sa performance n’est pas négatif. Cela sert à améliorer la qualité de nos produits et services, le quotidien des gens, la santé, etc. Toutefois, le message sous-jacent est souvent d’ordre pécuniaire, sans approche holistique de la situation.

Je ne cache pas que mon souhait reste assez complexe à satisfaire, surtout dans un contexte de conférences de 30 minutes où il est important de rester focalisé et structuré. Mais j’aurais tout de même apprécié plus de nuances sur certains sujets, plus de vigilance concernant l’IA et une vision de la formation moins centrée sur les besoins industriels. Car les compétences passent aussi par le fait que les individus ne se forment pas uniquement pour les entreprises mais pour agir dans leur quotidien et leur vie de tous les jours. Maintenir leurs compétences en dehors du travail est tout aussi important et valorisant selon moi.

Ces éléments ne répondraient peut-être pas aux besoins du public du sommet, ce qui est tout à fait compréhensible. Il faut savoir choisir ses batailles et cela n’empêche pas que, si je le peux, je reviendrai pour une prochaine édition.

Conclusion et conseils pour les personnes formatrices

J’espère que ce partage vous sera utile et vous aura, pourquoi pas, donné le goût de venir au SIF ou d’explorer le sujet de la formation avec un autre regard.

Pour les personnes formatrices qui cherchent à innover dans leur pratique, voici quelques pistes inspirées par ce Sommet :

  1. Intégrez des formats d’extraits dans votre offre : Inspirez-vous du format des extraits de 10 minutes du SIF pour créer des “avant-goûts” de vos formations. Ces courtes séquences peuvent servir à la fois d’outil promotionnel et de méthode d’apprentissage condensée sur des concepts clés. Elles permettent aux apprenants potentiels de découvrir votre style et votre approche pédagogique avant de s’engager dans un parcours complet.
  2. Questionnez vos objectifs d’apprentissage : Comme l’a montré l’exemple du Rubik’s Cube, parfois des objectifs plus modestes mais plus accessibles sont préférables à des objectifs ambitieux mais difficiles à atteindre. Cette approche augmente considérablement les chances de transfert sur le terrain, permettant aux apprenants d’appliquer concrètement ce qu’ils ont appris dans leur contexte réel.
  3. Restez critique face aux innovations : L’IA et les nouvelles technologies offrent des possibilités fascinantes, mais interrogez-vous toujours sur leur plus-value réelle dans votre contexte spécifique.
  4. Pensez à l’apprenant dans sa globalité : La formation ne sert pas uniquement à développer des compétences professionnelles, mais aussi à enrichir l’individu dans sa vie quotidienne.

Références

Le sentiment d’auto-efficacité Autour de l’œuvre d’Albert Bandura. (2004). Savoirs, (Hors série), https://shs.cairn.info/revue-savoirs-2004-5?lang=fr.

Meinertzhagen, L., Robyns, J. et Roland, N. (2025, 26 mai). Les biais cognitifs en formation. Dans C’est quand la pause?. CQLP. https://www.cqlp.xyz/episode/les-biais-cognitifs-en-formation

Extrait

Retour d’expérience : SIF 2025

J’ai participé à la 3e édition du Sommet de l’innovation en formation. Un événement intéressant avec des formats originaux, notamment ces extraits de formation de 10 minutes que j’ai trouvés particulièrement réussis.

Beaucoup d’IA et de technologie au programme. Des innovations fascinantes, mais j’avoue avoir ressenti un certain manque de recul critique face à tout cet enthousiasme.

Mon retour d’expérience, avec ce qui m’a plu… et mes quelques questionnements.

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