Novembre 2016 | Vol. 7 | N°2

Qui s’instruit s’enrichit ? Oui mais !

par

Les plus âgés d’entre nous se souviennent  du dicton « qui s’instruit, s’enrichit » qui accompagnait la réforme du système d’éducation des années 60. S’il a contribué à sortir les québécois de la sous-scolarisation, ce dicton doit être aujourd’hui assorti de mille nuances tant la relation entre l’éducation et l’emploi s’est complexifiée.

Bien que nous ayons quelques études canadiennes sur le sujet, des chercheurs américains donnent une vision synthétique du phénomène.

Plus de scolarité ne mène pas forcément à de meilleurs emplois

D’entrée de jeu, les chercheurs de l’Université Georgetown démontrent que le dicton est encore vrai et qu’il l’est même de plus en plus. « Aujourd’hui, on ne va nulle part avec un diplôme d’études secondaires, sauf si on a quelques années de formation post-secondaires  à son actif ». « En 2011, un bachelier avait gagné, sa vie durant, $ 2,3 millions US en moyenne contre $ 1,3 million US, le diplômé du secondaire. Et cet écart n’a cessé de se creuser en quarante ans, passant de 40% en 1970 à 84% en 2010. » (Carnevale et al., 2015b : 79). Toutefois, au-delà de cette évidence, le vernis craque de toutes parts. Voici quelques exemples.

  • Les bacheliers formés dans les champs d’études les plus payants gagnent trois fois plus que ceux formés dans les moins payants. La différence de revenu est même plus importante que celle observée entre le revenu moyen d’un bachelier et celui d’un diplômé du secondaire. Un bachelier en génie pétrolier gagne un salaire annuel médian de $120 000 contre $29 000 par année, un bachelier en psychologie. (Carnevale et al., 2015b : 79).
  • S’il est vrai que l’institution fréquentée a de l’influence, le salaire d’un enseignant détenant un baccalauréat en éducation de Harvard sera moins élevé que celui d’un technicien en génie diplômé d’un collège communautaire (associate degree, diplôme qui équivaut au DEC québécois). (Carnevale et al., 2015b : 79).
  • Le choix du champ d’études affecte aussi les chances des bacheliers de décrocher un premier emploi. Récemment, le taux de chômage des bacheliers spécialisés en systèmes d’information était de 14,7 pour cent, contre 4,8 pour cent, pour les bacheliers en sciences infirmières. (Carnevale et al., 2015b : 79).
  • L’influence du champ d’études est si importante que, des travailleurs avec un niveau de scolarité moins élevé dans un champ d’études gagnent fréquemment des salaires plus élevés que d’autres détenant un niveau de scolarité plus élevé dans un autre. Quelques exemples : 30 pour cent des travailleurs détenant un diplôme collégial (associate degreeont un salaire plus élevé que le salaire médian des bacheliers; et 25 pour cent des hommes détenant un certificat(diplôme inférieur au associate degree équivalent à une AEC, une ASP ou un DEP) ont un salaire plus élevé que le revenu médian d’un bachelier. (Carnevale et al., 2015b : 80).

Les métiers et professions ont aussi une influence sur le revenu. Les travailleurs avec moins d’éducation peuvent gagner plus que ceux plus éduqués, s’ils ont accès à des professions bien rémunérées. Ainsi, un technicien en génie détenant un diplôme collégial (associate degree) gagne plus qu’un conseiller en orientation œuvrant dans une école secondaire, détenant une maîtrise. (Carnevale et al., 2015b : 80).

Sur une même occupation, toutefois, le niveau de scolarité influence encore le revenu. Parmi des ingénieurs, par exemple, le détenteur d’un diplôme collégial (associate’s degree) gagne $ 65,000 annuellement, un bachelier (bachelor’s degree) $ 85,000 et un détenteur d’un diplôme de 2e cycle universitaire (graduate degree) $ 103,000. (Carnevale et al., 2015b : 80).

Améliorer les systèmes d’information sur le marché du travail pour aider les gens à faire les bons choix

Aux États-Unis, « le nombre d’occupations (career fields) recensées par le Bureau du recensement a augmenté de 270 à 840 entre 1950 et 2010 ». « Le nombre de collèges et d’universités a augmenté de 1 850 à 4 720 » sur la même période. Et « le nombre de programmes d’études offerts par les établissements postsecondaires a augmenté de 410 à 2 260 entre 1985 et 2010 ». (Carnevale et al., 2015a : 19). Dans cet environnement nouveau, les certifications se multiplient et se diversifient : diplôme ou certificat traditionnel mesuré en années d’études, certificat requérant quelques mois, « boot camps », badges, MOOC, programmes non crédités qui prennent quelques semaines, etc.

Cette fragmentation de l’offre de formation et de certifications reflète celle des besoins du 21e siècle dans lequel nous sommes entrés. Reste à mettre sur pied les systèmes d’information sur le marché du travail qui permettent aux personnes de faire les bons choix. Et c’est là que le bât blesse, même aux États-Unis, ils en sont encore loin, déplorent les chercheurs de Georgetown. Et ce, malgré le fait que ce pays détienne O*NET, un système d’IMT puissant et convivial, qui fait l’envie du monde entier.

Références

Carnevale, A.P., Smith, N., Melton, M. et Price, E.W. (2015a). Learning While Earning: The new Normal. Washington D.C. : Georgetown University. Center on Education and the Workforce.

Carnevale, A. P. et Hanson A.R. (2015b). Learn and Earn, Connecting Education to Careers in the 21st Century. In Van Horne, C., Edwards, T. et Greene, T. (2015) Transforming U.S. workforce development policies for the 21st century, W.E. Upjohn Institute for Employment Research, Kalamazoo, Michigan.

En savoir plus

Des personnes ont demandé des références canadiennes sur le sujet. En voici quelques-unes :

Statistique Canada (2016). Gains des diplômés postsecondaires selon le domaine d’études.

Statistique Canada (2014). Les gains cumulatifs des diplômés postsecondaires sur 20 ans : résultats selon le domaine d’études.

Statistique Canada (2014). La surqualification des nouveaux diplômés universitaires au Canada.

Statistique Canada (2015). Les résultats des jeunes diplômés postsecondaires sur le marché du travail, 2005 à 2012.

Et bon nombre d’autres études sur la page Éducation, formation et apprentissage de Statistique Canada, rubriques « domaines d’études » et « scolarité ».

Extrait

Ce dicton doit être aujourd’hui assorti de mille nuances tant la relation entre l’éducation et l’emploi s’est complexifiée. Bien que nous ayons quelques études canadiennes sur le sujet, des chercheurs américains font le tour de la question montrant que plus de scolarité ne mène pas forcément à de meilleurs emplois. Ils concluent que les systèmes d’information sur le marché du travail doivent être améliorés pour aider les gens à faire les bons choix.

L’Observatoire compétences-emplois (OCE) est un centre de recherche et de transfert de connaissances sur le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d’oeuvre basée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’OCE regroupe des chercheurs et des professionnels de différentes disciplines qui ont une expertise fine du domaine.

Sa mission est d’alimenter la réflexion, la prise de décision et l’action des acteurs du marché du travail et ainsi de contribuer au développement des compétences de la main-d’oeuvre au Québec.

Observatoire compétences-emplois (OCE)
1205, rue Saint-Denis
Pavillon Paul Gérin-Lajoie, local N-5920
Montréal (Québec), Canada
H2X 3R9
Voir sur la carte

Téléphone : 514 987-3000 poste 1085
Courriel : oce@uqam.ca