Octobre 2010 | Vol. 1 | N°2

O*NET, le système américain d’information sur les professions

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Le Occupational Information Network (O*NET) a été créé en 1998, par le Ministère du travail américain (US Department of Labor) en remplacement du Dictionnaire des titres d’occupation (DOT) dont l’équivalent canadien est la Classification nationale des professions (CNP).

Aujourd’hui, il s’agit du système d’information sur les professions le plus innovant au monde et, de loin, le plus performant. Aussi, n’est-il pas étonnant qu’il inspire les gestionnaires, professionnels, praticiens et chercheurs de bon nombre de pays. La preuve en est que les européens s’en inspirent pour développer le Cadre européen des qualifications (EQF) et qu’ils voient en lui un point de départ pour renouveler les classifications internationales que sont la Classification Internationale Type de l’Education de l’UNESCO et la Classification internationale type des professions (CITP) du Bureau International du travail (BIT).

Dans cet article, nous présentons O*NET, son architecture, son fonctionnement et les usages, nombreux, auxquels il donne lieu. À l’instar des chercheurs européens, nous croyons qu’il est une bonne source d’inspiration pour renouveler notre Classification nationale des professions et nos systèmes d’information sur les professions. Offert en ligne et gratuit, nous pouvons aussi l’utiliser tel quel ou en complémentarité de la CNP, en raison de la grande proximité de la structure occupationnelle et de l’organisation du travail du Québec avec celle des États-Unis.

Qu’est qu’O*Net ?

O*Net est un système d’information sur les professions. Comme tel, il s’inscrit dans la lignée des classifications nationales de professions développées par les gouvernements au XXe siècle à des fins statistiques et administratives. Aujourd’hui, ces classifications ont du mal à rendre compte de la dynamique et de l’évolution des emplois sur le marché du travail et sont jugées insuffisantes pour permettre un usage public de même que le développement d’applications pratiques en gestion des ressources humaines et en éducation. Aussi existe-t-il une tendance très actuelle à les bonifier en recourant à des modèles ontologiques de compétences (ontology for skills and competences) dont O*NET représente la forme la plus achevée.

Qu’est-ce qu’une ontologie, direz-vous, et à raison puisque ce terme est peu utilisé en français, sans compter que nous le comprenons davantage dans son acception philosophique. Cependant, il en va tout autrement des anglos-saxons qui l’utilisent couramment en ingénierie informatique depuis le début des années 1990. Voyons ce qu’il signifie.

« An ontology in computer science is a formalised description of a domain. It is usually described in a description logics language where the individuals of a domain together with all the classes and their attribute and interrelations between individuals, classes and attibutes are defined. This allows automated reasoning engines to be built which by utilising the interrelations between entities can make « intelligent » choices in different situations within the domain. » (Lundqvist et al.)

Spécifions en outre, que les ontologies se prêtent bien à la gestion des compétences et qu’elles donnent lieu à plusieurs applications informatiques dans ce domaine.

Maintenant, comment distingue-t-on une ontologie d’une simple classification? Des chercheurs autrichiens donnent ce repère :

«  We summarise classifications under the super-ordinate term « ontology », if they constituted a comprehensive, abundantly structured collection of concepts, that can be used to exhaustively shape a knowledge domain (like, e.g. the one of occupational skills and competences) and have the potential to be used in computerised information systems. » (Markowitsch, J. and Plaimauer, C : 2009)

Par conséquent, en raison de ce qui précède, O*NET est un système d’information sur les professions qui repose sur une base de données relationnelle qui décrit les caractéristiques des professions à partir d’un ensemble de descripteurs définis exhaustivement et pouvant être agencés à l’infini sur support informatique et ce, pour décrire les compétences requises pour exercer un métier donné, mais aussi, à d’autres fins comme nous le voyons.

L’architecture d’O*NET

Les modèles ontologiques ont une architecture élaborée. Voyons celle d’O*NET. L’architecture comprend deux plateformes complémentaires.

La première plateforme, c’est la structure occupationnelle d’O*NET intitulée O*NET-SOC parce qu’elle reprend la classification des professions utilisée par le Bureau de la statistique américain (Bureau of Labor Statistics ou BLS) soit la Standard Occupational Classification (SOC). Cet arrimage permet à O*NET d’obtenir les données nationales recueillies au moyen des grandes enquêtes menées par le BLS. C’est ainsi, qu’O*NET diffuse les perspectives d’emplois et les salaires par profession et ce, de façon assez semblable à ce que fait l’IMT d’Emploi-Québec sur les professions de la CNP.

La seconde plateforme, c’est le Content Model qui constitue en quelques sortes l’ossature et l’anatomie d’une profession et qui donne à O*NET son caractère d’ontologie. Le Content Model a été développé par Mumford and Peterson sur la base de recherches scientifiques sur le travail et les organisations. Voici une représentation de ce modèle.

Figure 1: Architecture du modèle d’O*NET

Comme nous pouvons le constater, le modèle comprend six domaines d’information. Sur l’axe des x, les domaines décrivent les caractéristiques liées aux travailleurs (worker-oriented) et celles liées aux emplois (job-oriented); sur l’axe des y, les domaines décrivent des caractéristiques pouvant être appliqués à tous les emplois (cross occupation) ou bien à un emploi particulier (occupation specific).

Les domaines se déclinent en une vingtaine de catégories. Ces catégories se déclinent à leur tour en sous-catégories qui se déclinent aussi et, ainsi de suite, si bien qu’au niveau le plus fin, plus de 250 descripteurs peuvent être mobilisés pour décrire une profession. Pour voir comment tout cela fonctionne, suivez ce lien et télécharger les documents suivants :

La collecte des données sur ces descripteurs est constante et c’est là une autre particularité de ce système qui fait envie. Il faut savoir qu’au départ, en 1998 lorsqu’O*NET a vu le jour, les descriptions de professions étaient le résultat d’analyses de professions destinées à être enrichies (voire remplacées) par des enquêtes systématiques et récurrentes menées auprès des travailleurs et des experts de chacune des professions. O*NET est ainsi une base de données vivante dont le contenu ne cesse de se renouveler.

The O*NET database was initially populated by a group of occupation analysts; this information is augmented by ongoing surveys of each occupation’s worker population and occupation experts. These statistical results are incorporated into new versions of the database on an annual schedule, to provide up-to-date information on occupations as they evolve over time. (Extrait tiré d’O*NET en ligne, section aide)

Pour un aperçu du processus de collecte de données, suivez ce lien.

Les usages d’O*NET

O*NET a développé des usages dans deux grands champs d’intervention : l’exploration et l’orientation professionnelles et la gestion des ressources humaines. Allons maintenant sur O*NET en ligne.

L’exploration et l’orientation professionnelles

Le public visé, ce sont les personnes en recherche d’emploi ou en réorientation de carrière, les étudiants, les organismes qui les assistent, les conseillers en milieu scolaire, etc.

L’exploration des professions se fait de trois façons :

  • directement en indiquant une profession qui nous intéresse;
  • sur Find Occupations en partant de familles de professions ou d’industries que l’on connaît;
  • ou encore, et c’est là plus original, sur Advanced Search, en partant de ses savoir-faire (skills) ou des outils et technologies (tools and technology) que l’on maîtrise pour trouver une profession qui corresponde à nos expériences. Cette dernière fonction est intéressante parce qu’elle rend le transfert des compétences à la portée de tous.

Les résultats sont produits sous trois formes :

  • un rapport synthétique (summary report) comprenant une vingtaine de descripteurs;
  • un rapport détaillé (details report) où les descripteurs font l’objet d’une évaluation (ratings and standardized scores) – une autre particularité enviée de ce système d’information – pour donner un exemple en reprenant un vocabulaire qui nous est familier, tâches, savoirs, savoir-faire et savoir-être sont évaluées selon leur degré d’importance dans la profession;
  • un rapport sur mesure (custom  report) qu’il est possible de configurer selon nos besoins.

Pour un exemple concret de description d’une profession, nous avons choisi le métier de machiniste et nous vous invitons à suivre ce lien et ensuite celui-ci.

Outre la consultation en ligne, il est aussi possible d’obtenir les outils d’exploration et d’orientation de carrière d’O*NET. On peut les télécharger et les utiliser pour se les administrer ou les administrer à d’autres suivant des règles précises, toutes documentées par O*NET.

La gestion des ressources humaines

Le public visé ici se sont les employeurs, les professionnels et les organisations, bref tous ceux qui interviennent de près ou de loin dans le champ des ressources humaines. Eux-aussi peuvent utiliser O*NET en ligne pour les usages suivants : Job Descriptions, Human Resource Planning, Organizational Structure and Design, Job Design and Job Reengineering, Organizational Development, Succession Planning, Training Needs Analysis, Career Development, Workforce Development.O*NET publie, à cet effet, un guide exhautif fort bien fait intitulé « O*NET® Toolkit for Business ».

Il est aussi possible de créer ses propres outils ou applications à partir d’O*NET puisqu’on met à disposition du public les questionnaires dont on se sert pour collecter les données, de même que les bases de données d’O*NET.

Enfin, il y a un usage dont nous n’avons pas parlé, et c’est sans doute le plus original, il s’agit d’utiliser les données d’O*NET pour construire des trajectoires de progression et de mobilité professionnelles, des career ladders and lattices selon l’expression anglo-saxonne qui traduit bien la réalité actuelle d’évolution des carrières qui empruntent toutes sortes de formes. Pour élaborer ces trajectoires professionnelles, cependant, il faut utiliser un autre outil développé par le ministère du travail américain, soit le Competency Model Clearinghouse qui fait l’objet de l’article suivant.

Enfin, O*NET encourage fortement le développement qui se fait à partir de ses outils en ligne et de ses bases de données. Pour le signifier, il publie un document qui fait état des usages que les organismes et entreprises développent. La consultation de ce document montre bien la pertinence et la versatilité d’O*NET. Pour le consulter, suivez ce lien et téléchargez O*NET Products at Work.

O*NET, une source d’inspiration

Comme nous le mentionnions en début d’article, O*NET est une source d’inspiration pour les gestionnaires, professionnels, praticiens de bon nombre de pays et des chercheurs européens s’en inspirent pour développer le Cadre européen des qualifications (EQF), sans compter qu’ils voient en lui un point de départ pour renouveler les classifications internationales que sont la Classification Internationale Type de l’Education de l’UNESCO et la Classification internationale type des professions (CITP) du Bureau International du travail (BIT) (Markovitsch et al., 2009).

Les Australiens aussi s’y intéressent. Dans un article publié en 2008 dans la revue Australian Bulletin of Labor, un chercheur propose de développer un O*NET australien qui intègrerait ANZSCO, la classification nationale des professions de ce pays. Une adaptation qui serait d’autant aisée, précise-t-il, que les emplois des deux pays ont beaucoup en commun (Esposito, 2008).

O*NET est aussi une source d’inspiration pour les chercheurs. Nous avons dénombré pas moins d’une cinquantaine d’articles scientifiques réalisés sur ou à partir des outils et des données d’O*NET. Donnons ici deux exemples parmi les plus singuliers. En utilisant les outils et les données d’O*NET, des chercheurs chinois et américains ont montré que les professions différaient peu selon les pays. En effet, qu’il s’agisse de contremaîtres, de commis de bureau ou de programmeurs, les activités de travail et les compétences étaient semblables, que ces métiers soient exercés en Nouvelle-Zélande, en Chine, à Honk Kong et aux États-Unis (Scott et Mantegna, 2009). Autre exemple, à partir des données d’O*NET, des chercheurs américains ont montré les formes spécifiques qu’empruntent le capital humain et le travail dans les grandes concentrations urbaines américaines (Tayloret al., 2008).

Cet intérêt pour O*NET, son aspect novateur, devraient susciter notre curiosité puisque nos systèmes d’information sur les professions montrent les mêmes signes d’obsolescence que partout ailleurs. Une adaptation canadienne d’O*NET serait  envisageable d’autant que les emplois et les compétences sont semblables entre les deux pays. À court terme, il est possible d’utiliser O*NET pour les mêmes raisons. Ce système, ses outils, ses données, peuvent se prêter à moult usages. En voici quelques-uns :

  • les comités sectoriels peuvent l’utiliser comme source d’information, lorsqu’ils créent une norme professionnelle;
  • les Services aux entreprises des établissements scolaires aussi, lorsqu’ils montent une formation sur mesure pour les entreprises ou pour des services en amont;
  • quant aux organismes d’employabilité, ils peuvent y recourir pour les CV et les bilans de compétences;
  • et enfin, les entreprises, pour l’élaboration de leurs outils de formation et de gestion des emplois et des compétences.

Références

Lundqvist, K. O., Baker, K. D. et Williams, S. A., « An ontological approach to competency management », University of Reading, School of Systems Engineering, United Kingdom, date inconnue.

Mumford, M. and Peterson, N., « The O*NET Content Model : Structural Considerations in Describing Jobs », in Peterson, N., Mumford, M., Borman, W., Jeanneret, P. and Fleishman, E. (eds), An Occupational Information System  for de 21 st Century : The Development of O*NET, Utah Department of Employment Security, Salt Lake City.

Markowitsch, Jorg et Plaimauer, Claudia, Descriptors for competence : towards an international standard classification for skills and competences, in Journal of European Industrial Training, vol. 33, no. 8/9, 2009, pages 817 – 837

Esposto, Alexis, « Skill : an elusive and ambiguous concept in labor market studies », in Australian Bulletin of Labor, vol. 34, no. 1, 2008, pages 100-124.

Scott, A. J. et Mantegna, A., « Human capital assets and structures of work in the US metropolitan hierarchy (an analysis based on the O*NET information system) », in International Regional Science Review, vol. 32, no. 2, 2009, 173-194.

Taylor, J., Kan Shi, W. et Borman, W. C., « The transportability of job information across countries », in Personnel Pyschology, vol. 61, no. 1, 2008, pages 69-11

Extrait

Dans cet article, nous présentons O*NET, son architecture, son fonctionnement et les usages, nombreux, auxquels il donne lieu. À l’instar des chercheurs européens, nous croyons qu’il est une bonne source d’inspiration pour renouveler notre Classification nationale des professions et nos systèmes d’information sur les professions. Offert en ligne et gratuit, nous pouvons aussi l’utiliser tel quel ou en complémentarité de la CNP, en raison de la grande proximité de la structure occupationnelle et de l’organisation du travail du Québec avec celle des États-­Unis.

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