Décembre 2013 | Vol. 4 | N°4

L’utilisation des compétences, le nouveau défi de la décennie

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La formation en entreprise est une préoccupation majeure des pays industrialisés. Les gouvernements, en collaboration avec les partenaires sociaux, s’emploient depuis plus de vingt ans à rehausser le niveau de qualification de la main-d’œuvre. Aujourd’hui, les politiques portant sur les compétences (skills policy) et les mesures qui les accompagnent ne manquent pas.

Au début des années 2010, cependant, une nouvelle problématique se dessine : l’utilisation des compétences. La réflexion est la suivante : pour favoriser la productivité et la croissance, le développement des compétences ne suffit pas, si on ne s’assure pas qu’elles sont bien utilisées au travail. Cette préoccupation est désormais d’actualité. En novembre 2013, La Presse révélait que 38% des employés canadiens, œuvrant pourtant dans des entreprises exemplaires, estimaient que leurs compétences n’étaient pas pleinement utilisées au travail1).

Les pays anglo-saxons sont les pionniers sur cette question. L’Écosse est à l’avant-scène avec une stratégie et un plan d’action qui portent très concrètement sur l’utilisation des compétences dans les entreprises. Voyons cela.

Une stratégie et un plan d’action ambitieux

Depuis 20 ans, l’Écosse appuie de manière soutenue la formation en entreprise. Toutes proportions  gardées, elle a investi plus que l’Angleterre au cours de cette période. Pourtant, au milieu des années 2000, les résultats ne sont pas au rendez-vous : la performance anglaise demeurant plus élevée quant au produit intérieur brut aussi bien qu’en terme de productivité horaire. Pour l’Écosse, le constat est clair : la performance économique n’est pas à la hauteur de ses investissements en formation.

L’élection, en 2007, d’un gouvernement nationaliste marque le début d’une réflexion en profondeur sur les compétences. La même année, l’Écosse se dote de sa première politique des compétences : Skills for Scotland, a life long strategy. La préoccupation pour l’utilisation des compétences apparaît pour la première fois sous la forme d’un énoncé. Elle sera ensuite mieux définie, occupant toute une section dans la version renouvelée de la politique Skills for Scotland : Accelerating the Recovery and Increasing Sustainable Economic Growth parue en 2010.

Pour l’Écosse, il y a utilisation efficace des compétences (effective skills use) en milieu de travail lorsque les ingrédients suivants sont réunis :

  • confident, motivated and relevantly skilled people who are aware of the skills they possess and know how to best use them in the workplace
  • engaged in
  • workplaces that provide them with meaningful and appropriate encouragement, opportunity and support to use their skills effectively
  • in order to
  • increase performance and productivity, improve job satisfaction and employee well-being, and stimulate investment, enterprise and innovation.

Cette définition, simple en apparence, traduit une vision holistique des compétences qui amène l’Écosse à agir sur tous les éléments des organisations et ce, en concertation avec tous les partenaires du marché du travail.

Agir sur tous les éléments de l’organisation

Le développement stratégique de l’organisation, le leadership de la direction et ses pratiques de gestion des ressources humaines, l’implication des employés, une organisation du travail qui favorise l’autonomie, le transfert des apprentissages sur les lieux de travail ainsi que des pratiques d’affaires égalitaires, diversifiées et saines ! La politique est très claire : pour une utilisation efficace des compétences, il faut agir sur tous ces éléments simultanément. Pour ce faire, le gouvernement de l’Écosse mise sur « Investor in people », une norme de qualité d’origine britannique qui est à l’organisation sociale de l’entreprise ce que la norme ISO est à l’organisation technique. LiP « aligns leadership, management, employee engagement, development of people and workplace practices to organisational/business strategy » donnant un cadre de travail holistique et intégrateur qui permet aux entreprises d’améliorer leur performance par le biais du développement du capital humain.

Agir avec tous les partenaires du marché du travail dans tous les milieux

En janvier 2008, le gouvernement et le Scottish Trades Unions Congress signent une entente sur l’utilisation des compétences2) et, en septembre, le Skill Utilisation Leadership Group voit le jour. Les participants : des représentants d’employeurs, de syndicats, de l’économie sociale et du gouvernement. Ce groupe s’est donné un plan de communication intitulé « Skills utilisation communications action plan » et un plan d’action intitulée « Reaping the Benefits: Encouraging Employer Engagement in Skills Utilisation » pour promouvoir l’utilisation des compétences auprès des employeurs. Trois grands objectifs sont visés : faire en sorte que les organisations prennent conscience de la pertinence et des avantages d’utiliser les compétences en promouvant l’éventail des moyens pour y arriver, les aider à réaliser les changements qui s’imposent et appuyer les acteurs clés dans leurs efforts pour atteindre les deux premiers objectifs.

Les acteurs de l’éducation ont aussi été conviés à l’opération, le Skill Utilisation Leadership Group ayant mis à leur disposition une enveloppe budgétaire pour la réalisation de projets pilotes visant à démontrer comment ils peuvent eux aussi travailler à ce que les compétences soient mieux utilisées en milieu de travail.

À travers toutes ces activités, le gouvernement écossais a travaillé étroitement la Commission for Employment and Skills (UKCES), une organisation qui s’apparente à la Commission des partenaires québécoise. Son appui a permis de positionner l’Écosse comme un leader dans le domaine de l’utilisation des compétences.

Notes

  1. Journal La presse, « Les employeurs étoiles », mercredi 20 novembre 2013. L’article portait sur le palmarès des Employeurs de choix qui reconnaît publiquement les organisations qui ont créé des environnements de travail exemplaires. Pour se classer Employeurs de choix, les organisations doivent participer à trois sondages distincts : un sondage auprès des employés, un sondage auprès de la haute direction et un sondage sur les pratiques des ressources humaines. En 2013, au Canada, 190 000 employés provenant de 280 organisations ont participé au sondage auprès des employés.
  2. Cette entente a donné lieu à un communiqué : Joint Communiqué on Skills Utilisation from the Scottish Government and the Scottish Trades Union Congress.

Références

Hart, S. A. (2011). Investor in People : une norme de qualité qui est au capital humain ce que la norme ISO est à l’organisation. Bulletin de l’Observatoire compétences-emplois, juin 2011, vol. 2, n. 2.

Scottish Government (2007). Skills for Scotland, a lifelong skills strategy. Edinburg

Scottish Government (2010). Skills for Scotland: Accelerating the Recovery and Increasing Sustainable Economic Growth. Edinburg

Skill Utilisation Leadership Group (2009). Skills utilisation communications action plan.

Skill Utilisation Leadership Group (2009). Reaping the Benefits: Encouraging Employer Engagement in Skills Utilisation.

En savoir plus

Sur la politique de l’Écosse :

Naviguez sur ce lien du gouvernement écossais dédié à sa politique des compétences :http://www.scotland.gov.uk/Topics/Education/skills-strategy/making-skills-work

Sur le concept de l’utilisation des compétences :

Pour se faire une idée rapidement, consultez Skills Utilisation Literature Review un court document (5 pages) produit par le gouvernement écossais.

Pour une vision plus en profondeur, consultez Better use of skills, better outcomes : a research report on skills utilisation in Australia. C’est une étude empirique basée sur une recherche documentaire et des études de cas. Réalisée par une organisation qui s’apparente à la Commission des partenaires québécoise, elle offre l’avantage de définir l’utilisation des compétences en répondant à quatre questions qui balisent le sujet : qu’est-ce qui motive l’utilisation des compétences dans les entreprises (les déclencheurs), quelles sont les pratiques, les facilitateurs et les bénéfices.

Extrait

Dans le domaine des skills policy, le développement des compétences cède sa place à une nouvelle préoccupation : l’utilisation des compétences. La réflexion est la suivante : pour favoriser la productivité et la croissance, le développement des compétences ne suffit pas, si on ne s’assure pas qu’elles sont bien utilisées au travail. Les pays anglo-saxons sont les pionniers sur cette question, en particulier l’Écosse.

L’Observatoire compétences-emplois (OCE) est un centre de recherche et de transfert de connaissances sur le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d’oeuvre basée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’OCE regroupe des chercheurs et des professionnels de différentes disciplines qui ont une expertise fine du domaine.

Sa mission est d’alimenter la réflexion, la prise de décision et l’action des acteurs du marché du travail et ainsi de contribuer au développement des compétences de la main-d’oeuvre au Québec.

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