Le Codéveloppement Professionnel : Un outil puissant pour la formation en milieu de travail
Par Yolande Monfiston
Publié dans le Bulletin de l’OCE : VOL.10 – 2024
L’efficacité des formations en milieu de travail est un enjeu pour les chercheurs et les praticiens. Elle est souvent liée à la capacité des participants à mobiliser les nouveaux apprentissages dans leurs contextes professionnels. Parmi les approches visant à maximiser cette efficacité, le codéveloppement professionnel, tel que décrit par Claude Champagne et Adrien Payette dans les années 1990, s’est révélé être une méthode particulièrement pertinente. Ce modèle, basé sur la dynamique des groupes de pairs, favorise le partage d’expériences et l’apprentissage mutuel.
Qu’est-ce que le Codéveloppement Professionnel ?
Selon Payette et Champagne (1997), « le groupe codéveloppement est une approche de développement pour les personnes qui croient pouvoir apprendre les unes des autres afin d’améliorer leur pratique » (p. 15). Basée sur l’échange et la réflexion collective, cette méthode permet à un groupe de personnes de se réunir autour d’un problème professionnel concret. Le but est d’encourager la coopération et de favoriser l’intelligence collective afin de trouver des solutions pratiques à des problématiques complexes (Champagne, 2021). Ce cadre d’entraide et de partage est structuré, ce qui permet d’optimiser l’apprentissage en fonction des expériences de chacun. Selon Payette (2021), un groupe optimal se compose de 4 à 8 membres.
Pour qui est-il destiné ?
Le codéveloppement s’adresse à des professionnels désireux de s’améliorer en utilisant l’intelligence collective. Il s’applique dans divers secteurs. Au Québec, on le retrouve notamment dans le secteur public, le secteur privé et le secteur communautaire (Parnet et al., 2022). Que vous soyez gestionnaire, conseiller, ou formateur dans une organisation publique, privée ou communautaire, cette approche vous offre un cadre structuré pour réfléchir sur vos pratiques et bénéficier des retours constructifs de vos pairs.
Problèmes propices au codéveloppement
Voici quelques exemples de problèmes où le codéveloppement s’avère utile :
- Gestion des paniers alimentaires dans un organisme communautaire : Vous travaillez dans une organisation communautaire et devez négocier la distribution des paniers alimentaires. Le codéveloppement permet de réfléchir collectivement à des stratégies optimales pour gérer ce type de projet, tout en tirant parti de l’expérience de chacun.
- Affronter un problème éthique : Vous faites face à un dilemme éthique dans votre milieu de travail. Un groupe de codéveloppement peut vous aider à obtenir des perspectives différentes et à dégager une voie éthique claire pour résoudre ce problème.
- Partager un problème professionnel : Vous rencontrez des difficultés dans la gestion de votre équipe ou la réalisation d’un projet. Le codéveloppement offre un cadre de partage pour explorer des solutions pratiques et adaptées à votre situation.
- Construction pédagogique en équipe : Vous devez travailler sur la conception de nouveaux outils pédagogiques en équipe. Le codéveloppement peut faciliter l’élaboration de ces outils grâce à une réflexion collective, en mettant à profit l’expertise de chacun des membres.
Les étapes du codéveloppement
Selon Champagne (2022), le processus de codéveloppement suit six étapes bien définies :
- Préparation du client : Prise de recul pour présenter la situation de façon efficace.
- Exposé d’un problème ou de la situation par un participant, appelé le “client”.
- Clarification : Les autres membres du groupe posent des questions pour mieux comprendre la situation.
- Contrat : Le client exprime ses attentes par rapport à l’aide demandée.
- Partage : Les membres partagent leurs idées, suggestions et expériences.
- Point du client et projet d’action : Le client résume les idées et élabore un plan d’action basé sur les conseils reçus.
- Apprentissage et intégration : Chaque membre réfléchit sur les apprentissages de la séance.
6.1. Préparation à la prochaine rencontre : Identification du prochain client et des ajustements au mode de fonctionnement.
Meilleures pratiques
Le codéveloppement, comme souligné par Champagne et Payette entre 1997 et 2022, repose sur des meilleures pratiques qui incluent un cadre éthique strict. La confidentialité, la bienveillance et l’écoute active sont des éléments essentiels pour maintenir un climat de confiance. Chaque participant doit s’engager pleinement dans le processus, à la fois pour donner et recevoir des conseils. De plus, l’animateur joue un rôle clé en s’assurant que les échanges restent centrés sur la problématique et que les discussions progressent de manière constructive (Payette, 2022).
Facteurs environnementaux et pérennité
Le succès du codéveloppement dépend de plusieurs facteurs, notamment l’environnement organisationnel, la culture du travail collaboratif et la volonté des participants à s’engager dans le processus (Beaudry, 2017). Les organisations qui valorisent l’apprentissage continu, l’échange de connaissances et l’entraide créent des conditions idéales pour que les groupes de codéveloppement prospèrent. La pérennité de ce type de regroupement repose également sur la capacité des membres à intégrer les apprentissages dans leur pratique quotidienne. Le soutien des gestionnaires et des environnements propices à l’innovation sont des facteurs clés qui contribuent à la durabilité de cette approche.
Par ailleurs, depuis le 22 novembre 2011, l’Association québécoise du codéveloppement œuvre à promouvoir et favoriser l’évolution des groupes de codéveloppement professionnel, contribuant ainsi à leur rayonnement et à leur intégration dans divers milieux professionnels. Toute personne intéressée peut devenir membre de cette association et ainsi accéder à une variété de ressources, telles que des formations, des services ou des outils, pour les accompagner dans leurs pratiques.
Limites du codéveloppement
Le codéveloppement repose sur un climat de confiance, de respect mutuel et de collaboration ouverte entre les participants. Cependant, lorsque la relation entre collègues se dégrade au point de nuire à ces éléments essentiels, la pratique du codéveloppement perd de son efficacité. En effet, les échanges et les apprentissages ne peuvent se faire dans un environnement où la communication est brisée et ou où la méfiance règne.
Dans ces circonstances, il est difficile de poursuivre cette activité avec les collègues concernés. Les dynamiques de groupe s’écroulent et les objectifs d’amélioration collective ne peuvent plus être atteints. Des alternatives doivent alors être envisagées, comme la médiation pour résoudre les conflits, le coaching individuel pour rétablir la confiance, ou encore la réorganisation des équipes afin de créer de nouvelles conditions de collaboration propices au travail collectif.
Conclusion
Le codéveloppement professionnel est une méthode puissante pour transformer les pratiques en milieu de travail (Desjardins et al., 2022). En mettant l’accent sur l’apprentissage par les pairs et en favorisant l’intelligence collective, cette approche permet non seulement de résoudre des problématiques spécifiques, mais également de renforcer les compétences et la cohésion au sein des équipes professionnelles. Dans un monde de plus en plus complexe, où la collaboration et l’innovation sont des impératifs, le codéveloppement s’impose comme une réponse adaptée aux besoins de transformation des pratiques. Il encourage la réflexion, l’entraide et la mise en œuvre de solutions concrètes, tout en créant un cadre propice à l’amélioration continue.
Références
Association québécoise du codéveloppement professionnel. Association québécoise du codéveloppement professionnel (AQCP). https://www.aqcp.org/
Beaudry, N. (2017). Le codéveloppement : Un outil de formation professionnelle. Le Tableau, 6(6). Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Bibliothèque et Archives Canada. Disponible à l’adresse : http://pedagogie.uquebec.ca/letableau
Champagne, C. (2021). Le groupe de codéveloppement professionnel : La puissance de l’intelligence collective. Presses de l’Université.
Champagne, C. (2022). L’approche et la méthode du codéveloppement. Dans M. Desjardins, P. Meurens, & F. Vandercleyen (Dir.), Le groupe de codéveloppement en pratique : L’expérience des codéveloppeurs (pp. 23-45).
Parnet, J., Desjardins, M., & Gaumond, D. (2022). Les praticiens du codéveloppement. Dans M. Desjardins, P. Meurens, & F. Vandercleyen (Dir.), Le groupe de codéveloppement en pratique : L’expérience des codéveloppeurs (pp. 47-64).
Payette, A. (2022). Les compétences d’animation de groupe de codéveloppement : Animation d’un groupe de codéveloppement professionnel : compétences et défis. Dans M. Desjardins, P. Meurens, & F. Vandercleyen (Dir.), Le groupe de codéveloppement en pratique : L’expérience des codéveloppeurs (pp. 267-278).
Payette, A., & Champagne, C. (1997). Le groupe de codéveloppement professionnel. Presses de l’Université.
Extrait
Le codéveloppement professionnel, développé par Champagne et Payette dans les années 1990, est une approche collaborative d’apprentissage entre pairs qui vise à améliorer les pratiques professionnelles. Cette méthode structure les échanges d’un groupe de 4 à 8 personnes autour de situations professionnelles concrètes. À travers un processus en étapes bien définies (exposé, clarification, conseil et plan d’action), les participants s’appuient sur l’intelligence collective pour résoudre des problématiques complexes. Son succès repose sur un climat de confiance et une culture organisationnelle favorable à l’apprentissage collaboratif, bien que son efficacité puisse être limitée par des dynamiques relationnelles difficiles entre participants.
