Septembre 2014| Vol. 5 | N°3

Le cadre national de qualifications de l’Australie

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L’Australie est un des premiers pays à avoir établi un cadre national de qualifications. L’Australian Qualification Framework (AQF), en vigueur depuis 1995, est aussi un cadre universel puisqu’il régule les certifications professionnelles, techniques et universitaires, qui peuvent être acquises par la voie scolaire ou celle de l’apprentissage, par la formation ou la reconnaissance des acquis et des compétences.

Le cadre australien se distingue par une souplesse qui permet aux personnes de se mouvoir dans les systèmes de formation du pays à l’horizontale, d’un métier à l’autre, ou à la verticale, vers des fonctions plus complexes. Peu importe où et par quelle voie elles ont été acquises, les compétences ne se perdent pas. Elles se cumulent et se permutent, donnant au final des profils de qualification originaux, dont le revers semble être un faible taux de certification. En outre, comme nous le verrons dans cet article, les certifications ne mènent pas qu’au seuil d’entrée des professions et métiers; elles accompagnent le développement professionnel des personnes tout au long de la vie.

Le cadre australien en bref

Le cadre national de qualifications australien est accompagné d’un dispositif d’assurance qualité administré par le National Skills Standards Council, une instance gouvernementale multipartite composée d’experts provenant du réseau de l’Éducation, de l’Emploi et de l’Industrie.

Les certifications sont décernées par des prestataires de formation officiellement reconnus par le dispositif d’assurance qualité qui accompagne l’AQF, l’Australian quality training framework. Même les institutions publiques sont soumises à ce dispositif. Les certifications reposent sur un corpus d’énoncés de compétences développé par les conseils sectoriels australiens en collaboration avec les industriels et professionnels du milieu.

Il y a dix niveaux de qualification dans l’AQF. Pour le visuel et le contenu des niveaux, consultez ce lien : AQF levels. À ces dix niveaux de qualification correspondent seize certifications, allant du secondaire au doctorat. Pour la description des certifications, consultez ce lien : AQF qualifications. Les 10 niveaux de qualification et les 16 certifications sont décrits en termes de savoirs (knowledge), de savoir-faire (skills) et de capacités d’application des savoirs et savoir-faire (application of knowledge and skills). Les certifications ont un descripteur de plus : la durée de la formation (volume of learning).

Au cœur de l’AQF, il y a des national training packages. Conçus par des organismes sectoriels (Industry Skills Councils), les training packages définissent les certifications et les compétences d’une profession (exemple hairdressing) ou d’un secteur d’activités (exemple australian meat industry). Chacune des compétences devient un module de formation pour lequel il est prévu un certain nombre de crédits. Il revient ensuite aux établissements de formation publics et privés reconnus de concevoir le contenu de formation des modules.

Cette modularité permet aux personnes de s’engager dans un programme et de recevoir le certificat auquel il mène, ou encore, de suivre différents cours sans viser la certification tout en se faisant reconnaître les unités de compétences qu’ils ont complétées. Ils ont ainsi la garantie que les compétences leur soient reconnues dans le passage d’une certification à une autre, au sein d’une même famille de professions ou d’une famille de professions à une autre, peu importe avec quel prestataire de formation ils les ont acquises. Nous sommes donc en présence d’un système modulaire qui se caractérise par la fluidité des parcours, fluidité qui fait même l’objet d’une politique : l’AQF Qualifications Pathways Policy. Pour mieux comprendre le cadre australien, voici un exemple concret.

Un exemple : la coiffure

Comme l’illustre le tableau suivant, il existe 5 certifications liées à la coiffure. Ces certifications sont établies en collaboration avec le Hairdressing and Beauty Industry Association (HBIA), une association qui représente l’industrie de la coiffure auprès des instances gouvernementales.

Les certifications du domaine de la coiffure en Australie

  Cadre qualification AQF
Certificate II in Hairdressing Niveau 2
Certificate III in Hairdressing Niveau 3
Certificate IV in Hairdressing Niveau 4
Diploma of Salon Management Niveau 5
Vocational Graduate Certificate in Hairdressing Creative Leadership Niveau 8

Le certificat II donne les bases du métier. Les personnes qui le détiennent peuvent occuper un poste d’assistant de salon. Voici la liste des compétences du certificat II, chacune de ces compétences donnant lieu à un module de formation comprenant un nombre de crédits donné.

  • Perform shampoo and basin services
  • Perform head, neck and shoulder massage
  • Greet and prepare clients for salon services
  • Apply hair colour products
  • Dry hair to shape
  • Apply hair braiding techniques
  • Rinse and neutralise chemically restructured hair
  • Maintain and organise tools, equipment and work areas
  • Develop hairdressing industry knowledge
  • Apply salon safety procedures

Le certificat III mène à la pratique du métier de coiffeur. Voici la liste des compétences/modules du certificat III.

  • Perform a full client consultation
  • Respond to service related and technical problems
  • Plan services for special events
  • Colour and lighten hair
  • Design and perform full and partial highlighting techniques
  • Neutralise unwanted colours and tones
  • Perform on scalp full head and retouch bleach services
  • Design and apply short to medium length hair design finishes
  • Design and apply classic long hair up styles
  • Select and apply hair extensions
  • Design haircut structures
  • Apply one length or solid haircut structures
  • Apply graduated haircut structures
  • Apply layered haircut structures
  • Apply over-comb techniques
  • Combine structures for current haircut designs
  • Combine structures for traditional and classic men’s haircut designs
  • Design and maintain beards and moustaches
  • Perform face and head shaves
  • Perform chemical curling and volumising services
  • Perform chemical straightening and relaxing services
  • Perform protein straightening and relaxing treatments
  • Apply the principles of hairdressing science
  • Identify and treat hair and scalp conditions
  • Co-ordinate clients and services
  • Develop and expand a client base
  • Hone and strop straight razors
  • Participate in a session styling team

Le certificat IV permet aux coiffeurs intéressés de se spécialiser (visagistes, coloristes). Voici la liste des compétences/modules du certificat IV.

  • Solve complex colour problems
  • Apply creative colouring and lightening techniques to enhance hairdesigns
  • Design and perform creative haircuts
  • Design and apply creative long hair designs
  • Apply and maintain wigs and hairpieces
  • Make wigs and hairpieces
  • Apply chemical reformation techniques to enhance hair designs
  • Apply knowledge of hair and scalp problems to trichological consultations
  • Perform trichological assessments
  • Apply the principles of nutrition
  • Develop and apply scalp treatment therapies
  • Provide technical leadership within the hairdressing context
  • Research and utilise hairdressing trends to advance creative work
  • Work as a session stylist

Le diplôme en gestion de salon s’adresse à toute personne désirant gérer un salon ou ouvrir le leur. Les acquis portent essentiellement sur des compétences en gestion. Enfin, il y a un certificat pour les créateurs du domaine, consacrant l’atteinte d’un haut niveau d’expertise. Voici la liste des compétences/modules de ce certificat.

  • Provide creative leadership to the hairdressing industry
  • Conceive, develop and realise innovative hairdressing concepts for media
  • Conceive, develop and realise innovative hairdressing concepts for events
  • Plan and deliver professional hairdressing presentations
  • Originate and refine hair design concepts
  • Establish, negotiate and refine hair design concepts for briefs

Les certifications peuvent s’acquérir par la voie de l’apprentissage dans un salon de coiffure ou en suivant des cours à temps plein ou partiel. Par ailleurs, il arrive que l’apprentissage soit privilégié par certains États australiens qui exigent que la certification standard du métier – le certificat III – soit acquise par cette voie.

Les certifications dont nous venons de faire état ne comprennent pas que des compétences spécifiques liées à la coiffure. Dépassées le certificat III, elles comprennent bon nombre de compétences que l’on retrouve dans d’autres training packages, notamment, celui de l’esthétique, de la gestion, du commerce de détail et de l’éducation.  Enfin, tous les training packages comprennent un corpus de compétences essentielles à l’employabilité d’aujourd’hui (il y en a huit : communication, teamwork, problem solving, initiative et enterprise, planning et organising, self-management, learning, technology).

On voit ici comment un training package donne à voir un « chemin de carrière » (career pathways pour reprendre l’expression consacrée des anglo-saxons) et les compétences à acquérir pour s’y mouvoir à la verticale vers des fonctions d’encadrement et de créativité au sein d’un métier.

Enjeux

Cette forte modularisation des parcours de formation a toutefois un effet pervers. Selon l’UKCES (2010), il y aurait en Australie un faible taux d’achèvement des certifications : en 2005, 27% des personnes en formation avaient atteint une certification, alors que 79% avaient complété au moins un module.

Malgré tout, l’Australie connaît un haut taux de transition vers le marché du travail en matière de formation professionnelle et technique. Les diplômés de ces formations trouvent un emploi dans les 6 mois suivant leur formation.

Un peu d’histoire

L’Australie est un pionnier avec l’Australian Qualification Framework (AQF). L’AQF a été soutenu dès le départ par la volonté politique de mieux encadrer un système éclaté, où chacun des États régionaux avait ses programmes et certifications. L’objectif était également de faire une place à l’apprentissage afin de favoriser la qualification de la main-d’œuvre dans les emplois spécialisés et techniques.

L’AQF résulte en fait d’une série de transformations du système d’éducation australien. Trois conseils australiens se sont succédés depuis les années 70 afin de promouvoir la cohérence des nomenclatures de certification au niveau national. En 1995, l’AQF prenait la place du dernier conseil dédié à cette tâche.

Les années 1990 ont également connu d’importants changements en matière de formation professionnelle et technique. Jusqu’alors gérée par chacun des États régionaux, elle est passée sous la coordination du gouvernement fédéral, un phénomène impensable au Canada. De plus, la formation se détache d’une orientation sur les contenus (nombre d’heures et curriculum) pour se fonder sur les résultats d’apprentissage. Les modules de formation prennent place et leur cumul mène à une certification inscrite dans l’AQF.

En 2002-2003, les processus de validation des acquis de l’expérience sont intégrés à l’AQF. Il faudra attendre les réformes de 2007 pour que l’accréditation et l’assurance-qualité soient intégrées dans l’AQF, à travers l’Australian Skills Quality Authority (ASQA). L’ASQA est également responsable de la tenue du registre des organismes formateurs (Registred Training Organisation, RTO) qui sont en mesure d’émettre des certifications reconnues nationalement. C’est en 2009 qu’a été introduite l’actuelle structure à 10 niveaux de l’AQF.

En savoir plus

Sur le cadre national de qualifications australien, consultez ce site riche en informations Australian Qualifications Framework.

Sur les training package, consultez ce site du National Skills Standards Council qui donne, entre autres, tout le modus operandi de leur conception.

Sur le training package de la coiffure, téléchargez le document Training package details.

Allais S., Raffe D., Strathdee R, Wheelahan L. (2009). Learning from the first qualifications frameworks. Geneva: International Labour Office.

 

Extrait

Le cadre australien est un exemple inspirant pour la fluidité des parcours que permet un CNQ accompagné d’un système de formation modulaire. Illustration avec les métiers de la coiffure.

L’Observatoire compétences-emplois (OCE) est un centre de recherche et de transfert de connaissances sur le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d’oeuvre basée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’OCE regroupe des chercheurs et des professionnels de différentes disciplines qui ont une expertise fine du domaine.

Sa mission est d’alimenter la réflexion, la prise de décision et l’action des acteurs du marché du travail et ainsi de contribuer au développement des compétences de la main-d’oeuvre au Québec.

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