Novembre 2018 | Vol. 9 | N°2 Pratiques d'ici Imprimer cet article Imprimer cet article

Boomrank ou l’offre de formation continue québécoise sur un seul site

| novembre 2018

La formation continue est devenue une nécessité dans un monde où la mondialisation et la technologie font évoluer les exigences des métiers à vitesse grand V. Sans formation, le risque est élevé pour les entreprises de perdre leur compétitivité et pour les salariés, de se déqualifier 1)OCDE (2016), Getting Skills Right: Assessing and Anticipating Changing Skill Needs, Getting Skills Right, Éditions OCDE, Paris.. Depuis la fin du siècle dernier, l’offre de formation explose en réponse à la demande du marché du travail. Par conséquent, il est difficile pour les entreprises et les salariés de s’y retrouver.

C’est ce constat qui a donné l’idée à Jonathan Paquet et Marie Ève Hermkens de créer Boomrank, une plateforme web qui facilite la rencontre entre l’offre et la demande de formation continue. Unique au Canada, Boomrank offre une vitrine aux formateurs pour faire connaître leurs services et un outil aux chercheurs de formation pour repérer l’activité qui convient le mieux à leurs besoins.

Cette initiative intéresse l’Observatoire au chapitre des bonnes pratiques. À court terme, Boomrank répond à un besoin économique et social évident. À plus long terme, le succès de la plateforme pourrait avoir un impact sur le développement de la main-d’œuvre québécoise. C’est la visée derrière Boomrank.

Cette initiative retient aussi notre attention parce qu’elle émerge du secteur privé. Les actions des acteurs du secteur privé peuvent complémenter avantageusement celles des acteurs des secteurs publics ou associatifs parce qu’ils ont plus de latitude pour développer des innovations.


OCE – Comment vous est venue l’idée de créer Boomrank ?

JP – L’idée vient de Marie Ève Hermkens et remonte à une quinzaine d’années, alors qu’elle avait la responsabilité de la formation dans une entreprise de construction. Elle consacrait beaucoup de temps à la recherche de formation et s’est dit qu’il devrait y avoir un outil pour rapprocher l’offre et la demande.

Entretemps, la technologie a évolué et les plateformes spécialisées qui réunissent l’offre et la demande de produits et services se sont considérablement développées. Aujourd’hui, les gens ne cherchent pas un hôtel sur Google, ils utilisent Tripadvisor et Trivago. C’est donc avec l’idée de créer une plateforme similaire, adaptée à la formation continue, qu’elle m’a approché.

Le projet était d’autant pertinent que ces dernières années, les établissements publics et les entreprises de formation ont augmenté de façon considérable leur offre de formation continue. Sans compter les baby-boomers qui deviennent formateurs et l’offre en ligne qui connaît elle aussi une croissance planétaire. Les chercheurs de formation sont aujourd’hui devant une offre pléthorique et ils ont de plus en plus de mal à trouver et comparer ce qui peut répondre à leurs besoins. Quant aux formateurs, ils doivent multiplier les efforts pour donner de la visibilité à leurs formations. Nous répondons à ces irritants.

OCE – Quelles ont été les premières étapes de votre développement ?

JP – Nous avons d’abord fait une étude de marché auprès d’une centaine d’entreprises. Les constats étaient à l’effet qu’elles perdent un temps fou à chercher de la formation. Il leur faut de trois à quatre heures pour repérer une activité qui semble convenir et parfois, pour un seul employé. Ensuite, nous leur avons demandé de décrire leurs processus internes et nous avons développé des outils pour leur faciliter la vie. En outre, nous leur avons demander de nous recommander les meilleurs formateurs avec lesquels elles collaboraient. Ces formateurs sont les premiers que nous avons approchés. Dès le départ, nous avions des formateurs de qualité sur la plateforme.

OCE – Comment fonctionne Boomrank pour les formateurs ?

JP – Les formateurs créent d’abord un profil. Ils présentent leurs compétences, leur expertise, les territoires qu’ils desservent, etc. Ensuite, ils créent une fiche décrivant les objectifs, le contenu, les compétences visées, la clientèle cible, la durée, le tarif, etc. pour chacune des activités qu’ils proposent. Ce service leur est facturé sur une base annuelle et un pourcentage des ventes à l’achat d’une formation revient à Boomrank.

OCE – Et pour les chercheurs de formation ?

JP – Le service est gratuit pour eux. Les chercheurs de formation doivent tout de même ouvrir un compte et créer un profil. Un moteur de recherche leur permet ensuite de repérer les formations les plus pertinentes en utilisant des mots clés. Ils disposent aussi de filtres pour raffiner les résultats par région, date, type de formation, etc.

La recherche terminée, ils peuvent générer un tableau pour comparer les formations retenues. Nous avons créé cette fonctionnalité dès le début parce que l’opération de comparaison est fastidieuse, particulièrement pour les responsables de formation en entreprise. Sans plateforme dédiée, ils vont sur Google, se créent un tableau — par exemple avec MS Excel — et soumettent le fruit de leur recherche à la direction et aux employés. Grâce à Boomrank, les formations peuvent être comparées en quelques clics et le tableau créé peut être partagé par courriel. Le gain de temps est considérable puisque l’on peut faire en moins de 30 minutes ce qui demandait trois ou quatre heures auparavant.

Le développement des fonctionnalités ne s’arrête pas là. Il est possible d’enregistrer ses recherches et d’être informé en temps réel des nouveautés correspondant à ses besoins. Il est aussi possible de lancer un appel d’offres sur Boomrank et de recevoir des soumissions pour des besoins de formation sur mesure.

Plus nous avançons, plus nous sommes connectés sur les formateurs et les chercheurs de formation et plus nous développons des fonctionnalités adaptées à leurs besoins.

OCE – Vous avez mentionné que les formateurs étaient notés et que les activités étaient commentées…

JP – Il y a quatre questions sur lesquelles les participants peuvent exprimer leur satisfaction sur une échelle de 1 à  5. C’est la moyenne que nous affichons sur Boomrank.

Il y a quelques mois nous avons lancé un formulaire que le formateur peut personnaliser en ajoutant ses propres questions d’évaluation. Le participant n’a plus qu’un formulaire à remplir et les résultats sont ensuite compilés dans un tableau de bord à disposition du formateur. Cette innovation lui permet de passer au tout numérique pour l’évaluation de ses formations.

OCE – Si un formateur n’obtient pas de bonnes notes est-ce que vous le laissez sur la plateforme ?

JP – Oui car nous croyons que le formateur qui a de mauvaises évaluations va décider de s’améliorer ou de ne plus s’afficher sur Boomrank. Nos organisations ont besoin de connaître les meilleurs pour répondre à leurs besoins et nous souhaitons les outiller pour qu’elles obtiennent un bon retour sur leurs investissements en formation.

OCE – Est-ce qu’ils vous arrivent de refuser des offres de formation ?

JP – Les chercheurs de formation en entreprise, que celles-ci soient publiques ou privées, sont notre public cible. Nous essayons de développer une offre de contenus reliée à des besoins professionnels. Nous n’avons rien contre les cours de cuisine, mais pour l’instant la plateforme demeure assez business. Pour ce qui est de la qualité de l’offre, si le formateur est prêt à se mettre de l’avant, à faire coter et commenter ses formations, nous l’acceptons.

OCE – À l’heure actuelle, il y a un réel intérêt pour les nouvelles informations sur le marché du travail. Les acteurs publics et associatifs sont à l’affût d’informations plus précises sur les besoins de formation qui viendraient compléter les données nationales. 

JP – Oui, c’est le genre de data que nous allons être capables de traiter. Plus nous avons d’utilisateurs, plus nous collectons de données, plus nous connaissons les besoins du marché. Le moteur de recherche permet de savoir ce que les gens cherchent par région, par type d’activités, etc. Nous avons de plus en plus la capacité de connaître les besoins de formation par région. Éventuellement, nous souhaitons offrir un service qui permettra aux entreprises de se regrouper et de partager un budget pour faire venir des formateurs dans des régions plus lointaines. Et ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres.

OCE – En terminant, quels sont les défis et les écueils du développement d’une entreprise comme la vôtre ?

JP – Développer une plateforme comme Boomrank est un projet d’envergure. Il faut prioriser les fonctionnalités à développer en fonction du budget. Le coût des ressources est très élevé, il y a un manque de programmeurs partout. Se faire connaître est l’autre défi. Le réflexe d’utiliser Google est très fort. Étrangement, tout le monde se bat pour avoir de la visibilité sur Google et cette façon de faire n’avantage ni les formateurs, ni les chercheurs de formations.

Notes   [ + ]

1. OCDE (2016), Getting Skills Right: Assessing and Anticipating Changing Skill Needs, Getting Skills Right, Éditions OCDE, Paris.

En savoir plus

Visitez la plateforme Boomrank.

 

 

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