Alternance travail-études : ce que révèlent les données administratives du programme
Publié dans le Bulletin de l’OCE : Novembre 2016 | Vol. 7 | N°2
Les origines de la formation alternée au Québec remontent aux années 60. En formation professionnelle et technique, il faut attendre le soutien du gouvernement québécois pour que ce type de formation prenne son envol. En 1995, le ministère de l’Éducation publie un premier cadre de référence sur l’alternance travail-études (ATE) — label institutionnel du programme. En 1998-1999, le financement suit et se poursuit depuis. En vingt ans, l’ATE n’a cessé de se développer, au secondaire et au collégial. Que savons-nous de ce développement ?
L’ATE est monitorée au juste nécessaire. Les données colligées par le gouvernement servent avant tout à l’administration financière du programme. Publiées partiellement sur le site de l’Inforoute FPT, elles montrent l’évolution du dispositif sur six ans. Les dernières en date remontent à 2009-2010 pour le secondaire et à 2012-2013 pour le collégial. Des données plus précises sont accessibles à la condition d’en faire la demande. Nous sommes partis de ce matériau pour cerner l’évolution de l’ATE québécoise. Voici les résultats.
Une offre étendue, mais peu intense
Entre 2007 et 2012, une cinquantaine d’établissements d’enseignement collégial offrent l’ATE. Considérant que la formation technique est assurée par 52 collèges et 13 établissements privés agréés aux fins de subvention, une majorité de collèges offre l’ATE sur une base annuelle.
Entre 2004 et 2009, une moyenne de 55 établissements d’enseignement secondaire offre l’ATE. Comme il existe 170 centres de formation professionnelle, l’offre d’ATE est moins étendue à cet ordre d’enseignement.
Entre 2007 et 2012, le gouvernement a financé 272 projets en moyenne au collégial. Entre 2004 et 2009, il en a financé 276 en moyenne au secondaire. Ces chiffres donnent cinq projets par établissement.
ATE du secondaire plus fréquentée que celle du collégial
En 1999, 5 721 personnes étaient inscrites à l’ATE de la formation professionnelle contre 2 895 celles à l’ATE de la formation technique. Et l’écart s’est creusé en 15 ans. Sur la période, une moyenne de 8% des personnes inscrites en formation professionnelle ont participé à l’ATE contre une moyenne de 4%, celles inscrites en formation technique.
Un développement contrasté en région
Il y a des personnes inscrites en ATE dans presque toutes les régions du Québec et ce, tant à la formation professionnelle que technique. Montréal et Montérégie se distinguent par le poids démographique des effectifs, mais pas sur l’intensité de ceux-ci. Les régions où la formule est la plus développée sont celles où les effectifs ATE représentent une bonne proportion des inscriptions à la formation professionnelle et technique.
En formation professionnelle, il s’agit de la Côte-Nord où trois personnes sur dix sont inscrites en ATE, des Laurentides où près de deux personnes sur dix le sont, de l’Abitibi-Témiscamingue, de la Mauricie, et du Saguenay—Lac-Sain-Jean, de la Capitale-Nationale, de Chaudière-Appalaches et de l’Estrie où au moins une personne sur dix est inscrite en ATE.
En formation technique, il s’agit dans l’ordre, de la Côte Nord, de Chaudière-Appalaches et de l’Abitibi-Témiscamingue.
La participation à l’ATE en région, année 2014-2015
Sources : pour la formation professionnelle (MEES, 2016d); pour la formation technique (MEES, 2016a) et MEES (2016b).
Un développement contrasté par secteurs de formation
Il y a des personnes inscrites en ATE dans presque tous les secteurs de formation et ce, tant à la formation professionnelle que technique. Certains se distinguent par le poids démographiques des effectifs. Toutefois, les secteurs où la formule est la plus développée sont ceux qui se démarquent sur l’intensité des effectifs. À la formation professionnelle, il s’agit de ceux-ci : Agriculture et pêches, Mines et travaux de chantier, Environnement et aménagement du territoire, Foresterie et papier, Alimentation et tourisme, Administration, commerce et informatique, Entretien d’équipement motorisé, Fabrication mécanique et Arts (précisément le programme de décoration intérieure).
La participation à l’ATE en formation professionnelle par secteurs de formation, 2014-2015 
Source : MEESR (2015c).
À la formation technique, l’intensité du développement de l’ATE dans les secteurs de formation est difficile à évaluer. D’une part, les données obtenues portent sur les séquences de stages financées par le ministère. En 2014-15, 2 820 étudiants ont réalisé 3 640 séquences de stages, soit une moyenne de 1,3 séquence par étudiant. D’autre part, la répartition par secteurs de formation donne de petits chiffres.
Participation à l’ATE en formation technique par secteurs de formation, 2014-2015 
Source : (MEES, 2016a).
Des programmes qui ont une bonne expérience de la mesure
Entre 1999-00 et 2014-15, 115 programmes de la formation professionnelle (DEP, ASP, AEP) ont été offerts en ATE (1). Pour l’essentiel, il s’agit de DEP ou d’ASP, les attestations d’études professionnelles (AEP) étant offertes en ATE depuis 2013. Sur ces 115 programmes, 82 sont encore offerts en ATE entre 2010 et 2015.
Entre 1994-95 et 2015-16, 146 DEC et 49 AEC ont été offerts en ATE pour un total de 195 programmes collégiaux (2).Sur ce nombre, 113 sont encore offerts en ATE entre 2010 et 2015.
Rappelons qu’un même programme est adapté plusieurs fois pour l’ATE; autant de fois qu’il y a d’établissements qui décident de l’offrir. Jusqu’à tout récemment, l’opération bénéficiait d’un financement. Entre 2004 et 2009, le ministère de l’Éducation a financé 293 adaptations de programmes à la formation professionnelle, à raison d’une cinquantaine par année (inforoute FPT). Entre 2008 et 2013, il en a financé 68 à la formation technique (inforoute FPT).
Autre phénomène, la majorité des programmes offerts en ATE encore aujourd’hui le sont depuis longtemps, et ce, tant à la FP qu’à la FT. Conséquence, une majorité de programmes ont une bonne expérience de la mesure, même si celle-ci est dispersée entre plusieurs établissements.
Programmes de la formation professionnelle offerts récemment, selon leur première année d’implantation
| Période 2010 – 2015 | |||
| Périodes | Implantés une première fois en : | Non offerts | Offerts |
| 2010 – 2015 | 8 | – | 8 |
| 2005 – 2009 | 13 | 5 | 8 |
| 1999 – 2004 | 94 | 28 | 66 |
| Total | 115 | 33 | 82 |
Source : MEESR (2015c).
Programmes de la formation technique offerts récemment, selon leur première année d’implantation
| Période 2010 – 2016 | |||
| Périodes | Implantés une première fois en : | Non offerts | Offerts |
| 2010 – 2016 | 11 | – | 11 |
| 2005 – 2009 | 44 | 17 | 27 |
| 1999 – 2004 | 94 | 42 | 52 |
| 1994 – 1999 | 46 | 23 | 23 |
| Total | 195 | 82 | 113 |
Source : MEES (2016e).
Les programmes d’alternance les plus populaires de la formation professionnelle sont : vente-conseil, soutien informatique, conduite de machinerie lourde, cuisine, secrétariat, comptabilité, entretien général d’immeubles, représentation, coiffure, soudage-montage.
Les programmes d’alternance les plus populaires de la formation technique sont : Techniques de comptabilité et de gestion, Technologie du génie civil, Techniques de génie mécanique, Spécialisation en informatique de gestion, Techniques de bureautique, Technologie de l’électronique industrielle, Gestion d’un établissement de restauration, Gestion de commerces, Techniques de gestion hôtelière, Technologie de l’architecture.
Que conclure ?
Trois constats résument ce cours état des lieux :
- La participation à l’ATE est plus développée au secondaire qu’au collégial.
- L’offre d’ATE est plus étendue qu’intense.
- Certaines régions, secteurs de formation et programmes misent davantage que d’autres sur l’ATE.
Les deux premiers phénomènes ont été observés par Denis Lebel, consultant retenu par le gouvernement pour évaluer le Programme de soutien financier à l’ATE à l’orée des années 2000. Dans son rapport d’évaluation (Lebel, 2002), il montre comment les modalités du programme favorisent l’augmentation du nombre d’établissements [et de programmes] qui offrent l’ATE au détriment du nombre de participants. Il montre aussi comment ces modalités limitent le développement de la formule au collégial. Exhaustive et pénétrante, c’est la seule analyse sur le fonctionnement de l’ATE d’un point de vue administratif dont nous disposons.
Si le gouvernement souhaite augmenter les stages et leur durée, il serait pertinent de mener à nouveau une étude évaluative. Les modalités administratives et financières du programme ont peu changées au cours des années 2000. Il est possible que le diagnostic de Lebel soit encore valide, en totalité ou en partie. L’approfondir, serait se donner les moyens d’éviter à la nouvelle alternance, les limites de l’ancienne. Car, la bonne volonté des acteurs ne peut être seule, le moteur des changements. Les chiffres que nous avons là laissent supposer des effets systémiques.
La bonne nouvelle ce sont les régions, secteurs de formation et programmes qui développent l’alternance avec intensité dans un système qui ne le favorise pas tant. On peut penser qu’il y a, dans ces régions, secteurs et programmes de bons exemples de partenariat entre les établissements d’enseignement et les entreprises. Il s’agit là d’un beau terrain de recherche pour comprendre les conditions favorables au développement de l’alternance travail-études.
Notes
Références
LEBEL, D. (2002). Rapport d’évaluation du Programme de soutien financier à l’alternance travail-études, de 1998-1999 à 2000-2001. Québec, Ministère de l’éducation, Secteur de la formation professionnelle et technique et de la formation continue, Octobre.
Sources de données sur l’ATE de la formation technique
Inforoute FPT. Données sur l’ATE au collégial.
Données obtenues sur demande :
MEES (2016a). Données sur les inscriptions en ATE du collégial par année, par région, par secteur de formation. Direction de la planification de l’offre et de la formation continue, juin.
MEES (2016b). Effectif étudiant à l’enseignement collégial selon la région administrative de fréquentation et le type de diplôme, trimestre d’automne 2014. Direction des indicateurs et des statistiques. Environnement informationnel, système Socrate, février.
MEES (2016e). Étudiants inscrits en ATE au collégial depuis 1994 par programme (données provenant du système Socrate). Direction des indicateurs et des statistiques, janvier.
MEESR, (2015a). Nombre d’inscriptions au collégial selon le type de diplôme recherché (DEC et AEC), le secteur de formation et le programme collégial, pour l’ensemble du Québec, trimestres d’automne 1999 à 2014. Direction de la planification et des politiques, février.
Sources de données sur l’ATE de la formation professionnelle
Inforoute FPT. Données sur l’ATE au secondaire.
Données obtenues sur demande :
MEES (2016c). Nombre d’inscriptions en formation professionnelle, selon le type de diplôme et le type de parcours, années scolaires 1999-2000 à 2014-2015. Direction des indicateurs et des statistiques, Portail informationnel, système Charlemagne, données au 2016-01-29.
MEES (2016d). Nombre d’inscriptions en formation professionnelle, selon le type de diplôme, le type de parcours et la région administrative de l’organisme de fréquentation, année scolaire 2014-2015. Direction des indicateurs et des statistiques, Portail informationnel, système Charlemagne, données au 2016-01-29.
MEESR (2015b). Nombre d’inscriptions en formation professionnelle, selon le secteur de formation, le programme et le statut d’élève, années scolaires 1998-1999 à 2013-2014. DSID, Portail informationnel, système Charlemagne, données au 2015-01-22.
MEESR (2015c). Nombre d’inscriptions dans le parcours en alternance travail-études à la formation professionnelle, selon le secteur de formation et le programme, années scolaires 1998-1999 à 2013-2014. DSID, Portail informationnel, système Charlemagne, données au 2015-01-22.
Extrait
L’offre d’ATE est limitée. Encore plus au collégial qu’au secondaire. En même temps, il y a des régions, des secteurs de formation et des programmes qui misent plus sur l’ATE que d’autres. Voilà ce que révèlent une courte analyse des données administratives du programme. L’actuelle ATE a vingt d’histoire. Elle a beaucoup à nous dire sur ce qui limite et favorise le développement de la formation alternée au Québec.

