Juin 2013 | Vol. 4 | N°2

Une stratégie australienne pour le développement de la formation en ligne

par et

Miser sur la formation en ligne pour accroître les compétences de la main-d’œuvre, le Québec y songe, tout comme nombre de pays. Certains ont pris de l’avance et c’est le cas de l’Australie souhaite devenir un leader mondial en la matière.

Pour y parvenir, le pays s’est doté d’une stratégie nationale d’envergure, la National VET E-learning Strategy — VET pour Vocational Education and Training ce qui correspond ici à notre formation professionnelle et technique (FPT). L’intégration du e-learning aux dispositifs de FPT est vue là-bas comme un important moyen:

  • d’augmenter la flexibilité de l’offre de formation et de répondre rapidement aux besoins des entreprises et de leurs employés ;
  • de favoriser l’accès pour tous à une formation de qualité;
  • d’encourager l’innovation pour ce qui est des démarches d’acquisition des compétences.

Voyons de quoi il s’agit.

La stratégie

La National VET E-learning Strategy (ci-après désignée « la Stratégie ») est une initiative du gouvernement central australien et des autorités régionales, États et Territoires. L’implantation de cette stratégie est supervisée par une instance nationale, le Flexible Learning Advisory Group (FLAG).

La Stratégie australienne ne se contente pas de formuler des orientations, ni de distribuer des subventions, elle est pro-active, diffusant l’information, sollicitant les acteurs, les conseillant, les réseautant, les encadrant, initiant des projets, réalisant au besoin, avec des partenaires, des projets pilotes, conduisant des recherches, menant des évaluations périodiques. Ces business activities de la Stratégie en font avant tout un véritable programme d’intervention et lui confèrent d’emblée le statut de leader du développement de la formation e-learning au pays.

 

La Stratégie comprend six volets

  • le National Broadband Network (NBN) e-learning qui vise à démontrer les avantages d’un grand réseau pour la diffusion de la formation en ligne et à soutenir le développement d’activités de formation sur ce réseau ;
  • le E-portfolio for Learners Pathways qui, comme son nom l’indique, veut aider les apprenants à se doter d’un portfolio numérisé permanent utilisable tout au long de la vie ;
  • le Industry System Change qui vise l’accroissement de l’employabilité et des compétences de la main-d’œuvre par le recours à la formation en ligne ;
  • le Flexible Learning Toolboxes qui vise à mettre à la disposition des intervenants des contenus et méthodes pré-établis reliés à un grand nombre de programmes de formation ;
  • le E-learning for Participation and Skills, une nouveauté de 2012 qui vise à favoriser l’accès à la formation des apprenants marginalisés ou peu scolarisés ;
  • et finalement, le New Generation Technology for learning, lequel veut soutenir le développement et la diffusion de normes de qualité en matière de formation e-learning, les E-STANDARDS.

Dans la suite de cet article, nous apportons quelques explications sur chacun de ces volets. Nous indiquons également dans chaque cas le lien qui permettra d’obtenir des informations complémentaires sur chacun d’entre eux.

Le réseau à large bande

L’établissement d’un réseau national à large bande sur l’ensemble du territoire australien constitue un projet d’envergure. Le réseau, dont le déploiement se réalise progressivement, mise sur une diversité de technologies dans le domaine de la fibre optique, des réseaux sans fil fixes et des satellites.

Parce qu’un tel réseau donne accès à d’énormes bases de données « dans les nuages », qu’il s’étend à toutes les régions du pays, même les plus éloignées, qu’il permet l’interactivité et l’échange entre les utilisateurs, c’est tout naturellement que la Stratégie e-learning l’a placé au cœur de ses projets de développement. Pour des raisons d’accessibilité, donc, mais aussi pour des raisons de qualité de la formation.

Au cours des prochaines années, la Stratégie réalisera, en partenariat avec d’autres intervenants, des projets de formation modèles sur ce réseau. Pour ce faire, elle priorisera les besoins nouveaux et urgents en matière de qualification de la main-d’œuvre et portera une attention toute particulière à l’évaluation des acquis et des compétences des participants. Par ailleurs, la Stratégie s’assurera de la disponibilité de fonds de soutien pour de nouveaux projets NBN initiés par des instances régionales ou d’autres acteurs du domaine. Au moyen de la recherche et de son rôle conseil, elle aidera l’immense secteur de la formation professionnelle et technique à s’approprier graduellement le réseau. La question de l’interopérabilité des systèmes et réseaux existants donnera lieu à l’implantation de nouveaux standards techniques. Enfin, et peut-être surtout, la Stratégie créera et maintiendra à jour un centre de contenus en ligne, incitant les intervenants de la formation professionnelle et technique à produire de nouveaux programmes de type web 2.0, et à les partager.

Plus de détails sur ce volet d’intervention de la Stratégie, premier en importance à ses yeux et, en quelque sorte, fédérateur de tous les autres, sont disponibles sur le site NBN e-learning programs wiki.

Le e-portfolio

Le e-portfolio australien est un document en ligne, normalisé au plan national, contrôlé par l’apprenant, accessible aux employeurs et aux acteurs de la formation (sous réserve de certaines règles de confidentialité), qui présente de manière structurée les expériences d’apprentissage formelles et informelles ainsi que l’historique d’emploi des individus.

Sont incluses dans le document des données facilitant l’évaluation des préalables à une formation de même que la reconnaissance d’acquis et de crédits lors du passage d’un programme de formation à un autre.

Bien que le e-portfolio existe depuis plusieurs années en Australie, des recherches-développement sont toujours en cours visant le raffinement de l’outil, l’inclusion d’informations susceptibles d’en accroître la pertinence et l’universalité, la détermination des modalités de son utilisation dans le contexte de la formation professionnelle et technique. Un plan de développement en ligne, le National VET e-portfolio roadmap, explique de façon détaillée les étapes qui seront franchies au cours des prochaines années pour que l’outil acquiert sa pleine dimension nationale.

Au-delà de son utilisation dans le cadre la formation professionnelle et technique proprement dite, le e-portfolio est appelé à devenir, à terme, un outil central au service des démarches d’apprentissage d’une personne tout au long de sa vie.

Sur le site Web consacré à ce volet, e-portfolios for learner pathways , on trouvera le sommaire des recherches menées à ce jour sur le e-portfolio, de même que plusieurs études de cas.

L’industrie

Le volet Industry System Change de la Stratégie vise à accroître l’usage du e-learning par l’industrie.

De façon générale, l’accent est mis sur le développement de l’employabilité et des compétences de base de la main-d’œuvre dans une perspective à long terme. En pratique, l’atteinte par tous les travailleurs d’une certification de niveau 3 (lequel correspond aux programmes québécois des centres de formation professionnelle : DEP, ASP, AEP), représente un objectif partagé par tous.

Mais le « sur mesure » pour les besoins spécifiques peut aussi être pris en compte. Ainsi, suite à des appels de projets, la Stratégie cofinancera des activités e-learning particulières à hauteur de 50%. Les projets doivent être conçus et réalisés en partenariat, dont obligatoirement un partenaire reconnu RTO (« Register Training Organisation ») et une ou plusieurs entreprises, ou à défaut un organisme à vocation sectorielle.

Plus de détails sur le volet Industrie de la Stratégie se trouvent sur le site e-learning for industry.

Les boites à outils

Le volet Flexible Learning Toolbox vise à faciliter le développement et le partage de contenus de formation. Ces boites à outils sont en effet remplies de ressources interactives de formation ou d’évaluation dans le contexte du e-learning: scénarios, images, activités, etc. Les formateurs, les gestionnaires de la formation, les organismes sectoriels, les entreprises peuvent y avoir recours, mais également les produire et les partager. Une bonne partie d’entre elles, pas toutes, sont spécifiquement conçues pour être utilisées sur le réseau national à large bande.

Les boites à outils se présentent en deux formats :

des programmes de formation complets disponibles sur CD-ROM qui peuvent être installés sur un serveur ou être utilisés sur un ordinateur autonome;

des modules d’apprentissage autosuffisants qui sont en fait des parties de programmes. Ces modules peuvent être téléchargés gratuitement et diffusés à condition de ne pas en retirer de profits et d’en préserver la confidentialité.

En Australie, le développement de contenus e-learning est amorcé depuis plus d’une décennie. En 2013, il existe plus de 120 boites à outils se rapportant à quelques 190 certifications et quelques 2 000 compétences. Elles couvrent un large éventail de programmes, incluant ceux de niveau collégial dans le domaine de la construction, de la fabrication, des langues, des compétences de base, de la gestion, etc.

Sur le site Internet dédié aux boites à outils, flexibles learning toolboxes, on fait également la promotion d’outils et de méthodologies de développement de contenus e-learning. Les utilisateurs peuvent au besoin recourir à un conseiller qui les accompagnera dans le développement de contenu et la production de nouvelles boites à outils. Une façon de préserver la souplesse du programme et de rester à l’écoute des priorités émergentes et des urgences du marché du travail en matière de formation.

Accessibilité pour tous

Nouveauté de la Stratégie pour 2012-2013, le volet E-learning for Participation and Skills s’adresse, bien que non exclusivement, à des participants habituellement marginalisés au regard de la formation : les peu scolarisés, les ex-détenus, les chômeurs à long terme, les handicapés, les autochtones, etc. Le but ici est de faciliter l’accès aux activités de pré-employabilité et à l’acquisition de compétences de base (critical skills), mais aussi l’accès à la formation professionnelle et technique par l’établissement de passerelles vers des qualifications de plus haut niveau.

Comme les autres volets de la Stratégie, les activités financées le sont suite à des appels de projets et requièrent un co-investissement d’au moins 50% de la part des initiateurs. Les types d’activité sont variés : développement de contenu, implantation, accompagnement dans le cadre de la réalisation des activités.

Pour en savoir plus sur ce volet de la Stratégie, on consulte le site sur ce lien, e-learning for participation and skills.

Les normes de qualité

Le dernier des volets, le New Generation Technologies for Learning porte sur le développement et la diffusion de normes techniques de qualité qui tiennent compte des récents développements des technologies de communication et de diffusion.

Sous la responsabilité du E-standards Expert Group, des normes sont édictées portant sur l’utilisation de technologies de communication dans la conception et la diffusion d’activités e-learning pour l’ensemble de la formation professionnelle et technique. Un soutien est également accordé aux concepteurs de formations en ligne pour les guider dans les choix qu’ils ont à faire.

Tous les projets de développement soutenus d’une façon ou d’une autre par la Stratégie doivent se conformer aux normes définies dans le cadre de ce volet, évitant ainsi s’aventurer dans des productions dont la diffusion serait susceptible de se heurter à des barrières d’ordre technologique.

Plus d’information sur ce volet sur le site New generation technologies for learning incorporating e-standards for training.

La suite des choses

L’utilisation d’un e-learning optimal dans les programmes de formation professionnelle et technique (FPT) – et plus largement en formation de la main-d’œuvre – représente un défi qu’aucun pays ne pourra relever en quelques années. Les questions d’ordre technique – celles découlant en particulier de l’évolution ultra rapide des technologies de la communication – sont déjà considérables. À cela s’ajoutent des questions sans doute plus ardues encore d’ordre proprement pédagogique, sans compter celles découlant du changement de paradigme, voire de culture, qu’exigent l’adoption et l’intégration des nouvelles façons de faire dans le domaine de la formation.

Dans un pays comme l’Australie, qui a déjà pris depuis de plusieurs années la décision de relever le défi e-learning en FPT et de faire « front commun » devant les problèmes à résoudre, il reste encore beaucoup d’efforts à consentir pour gagner la partie.

Récemment le directeur du FLAG, cet organisme national hautement représentatif qui a conçu le National VET E-learning Strategy 2012-2015 et veille à son application, faisait le point sur le chemin parcouru et, surtout, annonçait les priorités de l’année 2013-20141). Les voici.

  • maintien du soutien au secteur VET par la nomination de coordonnateurs e-learning au niveau des États et Territoires ;
  • recherches appliquées visant à déterminer la pertinence d’utiliser certaines technologies émergentes pour des fins de e-learning ;
  • recherches plus fondamentales visant l’élaboration de politiques cherchant à résoudre les grands problèmes de qualité, d’authenticité, d’accès et d’équité dans le domaine du e-learning ;
  • activités de communication pour tenir le secteur VET bien informé des récents développements ;
  • gérance du dépôt national des contenus digitaux (dont les boites à outils dont nous avons parlé plus haut) relatifs à l’enseignement et à l’apprentissage dans le cadre du e-learning.

On remarquera que le FLAG, du moins pour l’année qui vient, se place en position de retrait pour ce qui est du co-financement d’interventions directes dans les milieux de la FPT et des entreprises. Par contre, son rôle premier d’informateur et de conseiller auprès du gouvernement aussi bien que de l’ensemble des acteurs du domaine de la FPT, son expertise dans l’élaboration de politiques favorisant un développement concerté et efficace du e-learning sont réaffirmés et renforcés.

Et c’est bien là ce qui compte. Car sans un leadership fort permettant de se doter d’une vision d’ensemble claire et de politiques harmonisées en matière de développement e-learning, on ne s’imagine pas comment la société australienne, pas plus qu’aucune autre d’ailleurs, pourrait tirer tout le parti possible de nouvelles modalités d’apprentissage devenues incontournables pour assurer la compétitivité de la main-d’œuvre de son pays.

Notes

  1. « FLAG retains support for 2013-2014 activities – statement from the FLAG Chair »,Flex e-News,  National VET e-learning Strategy, March 2013 Edition.

Références

Extrait

Miser sur la formation en ligne pour accroître les compétences de la main-d’œuvre, le Québec y songe, tout comme nombre de pays. Certains ont pris de l’avance. L’Australie, par exemple, souhaite devenir un leader mondial en la matière. Inspirant.

L’Observatoire compétences-emplois (OCE) est un centre de recherche et de transfert de connaissances sur le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d’oeuvre basée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’OCE regroupe des chercheurs et des professionnels de différentes disciplines qui ont une expertise fine du domaine.

Sa mission est d’alimenter la réflexion, la prise de décision et l’action des acteurs du marché du travail et ainsi de contribuer au développement des compétences de la main-d’oeuvre au Québec.

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