Mars 2013| Vol. 4 | N°1

Une étude américaine démontre les bénéfices de la reconnaissance des acquis et des compétences

par

Si certains établissements scolaires sont encore réticents à reconnaître formellement la valeur des acquis des apprentissages effectués dans un contexte hors-scolaire, voici une étude produite par le Council for Adult & Experiential Learning (CAEL)1) qui donne matière à réflexion. En effet, cette étude démontre que les étudiants qui ont bénéficié de services de reconnaissance des acquis et des compétences obtiennent un taux de diplomation plus élevé, ont une meilleure persévérance scolaire et terminent leurs études plus rapidement. On évoque même la possibilité d’un PLA-effect.

Ces résultats sont d’autant intéressants qu’il s’agit d’une étude d’envergure conduite auprès d’étudiants provenant de 48 établissements d’enseignement post secondaire nord américains2). Sur une période de sept ans (2001 à 2008), les chercheurs du CAEL ont suivi la trajectoire de 62 475 étudiants ayant bénéficié de services PLA qu’ils ont comparée à celle d’étudiants n’ayant pas reçu de services PLA.

Pour le choix des établissements participants, les chercheurs ont tenu compte des facteurs suivants. Les établissements devaient :

  • avoir des programmes de reconnaissance mis en place depuis 2001;
  • adhérer aux standards de qualité en matière de PLA du CAEL;
  • avoir une bonne répartition d’étudiants PLA et d’étudiants non-PLA;
  • avoir au moins 25 étudiants PLA en 2001-2002.

De plus, CAEL a aussi tenu compte de certaines caractéristiques afin d’obtenir une représentation institutionnelle variée (nombre d’étudiants, situation géographique, contrôle publique ou privé, à but lucratif ou non lucratif et, programmes 2 ans ou 4 ans. En outre, ils ont favorisé les établissements offrant la présentation d’un portfolio comme méthode d’évaluation. Cette méthode est en plein essor aux États-Unis et comme en France, on lui des bénéfices, tels que le développement de l’estime de soi et des aptitudes scolaires, (voir  articles sur la VAE française dans ce numéro). Au final, 88% des 48 établissements ont recours au portfolio. Voici les résultats.

Taux de diplomation plus élevé

Au bout de sept ans, soit en 2007-2008, 56% des étudiants PLA avaient obtenu un diplôme contre seulement 21 % des étudiants non-PLA. Et il est intéressant de constater que le taux de diplomation demeure plus élevé quelque soit la taille de l’établissement, les résultats scolaires des étudiants, l’âge, le genre ou l’origine ethnique et quelque soit le fait d’avoir obtenu ou pas de l’aide financière.

Le taux de diplomation est plus important dans les universités que dans les collèges. Au BAC, 43% des étudiants PLA ont obtenu leur diplôme contre 15% des étudiants non-PLA. Pour l’Associate Degree (équivalent d’un DEC ou d’une AEC), le taux de diplomation est aussi plus élevé, mais l’écart est moindre : 13% des étudiants PLA contre 6% des étudiants non PLA.

Les données de l’étude ne sont pas suffisantes pour comprendre ce phénomène, mais selon les chercheurs, comme un seul diplôme était retenu par étudiant, les écarts peuvent s’expliquer, en partie du moins, par un pourcentage plus élevé d’étudiants PLA qui ont poursuivi au BAC (19% des étudiants PLA ayant déclaré vouloir terminer unAssociate Degree ont ensuite poursuivi leurs études au BAC contre 5% des étudiants non-PLA).

Meilleure persévérance scolaire

Pour évaluer la persévérance scolaire, CAEL a observé le parcours des étudiants n’ayant pas obtenu leur diplôme au cours des sept années visées par l’étude. Les facteurs suivants ont été comparés :

  • le pourcentage de crédits cumulés;
  • le nombre de crédits traditionnels complétés en établissement d’enseignement;
  • le nombre d’années aux études, consécutives et non-consécutives.

 

Pourcentage de crédits cumulés

Au bout de sept ans, les étudiants PLA ont obtenu plus de crédits que les étudiants non-PLA. Par exemple, 56 % des étudiants PLA non-diplomés à la fin de 2008 avaient cumulé plus de 80 % des crédits requis pour l’obtention de leur diplôme contre seulement 22% des étudiants non-PLA. Précisons que dans le calcul de ce pourcentage, CAEL a tenu compte des crédits obtenus par équivalence ou substitution scolaire (transfer credits), par la reconnaissance PLA (équivalences extra scolaires et RAC) et par la formation.

Nombre de crédits complétés en établissement

Si on pouvait s’attendre à ce que le pourcentage de crédits cumulés soit plus élevé chez les étudiants PLA pour les raisons que nous venons d’évoquer, le résultat suivant est plus inattendu. En effet, lorsqu’on exclue les crédits reconnus (transfer credit et PLA), les étudiants PLA ont tout de même complété un plus grand nombre de crédits par la voie de la formation en établissement que les étudiants non-PLA : moyenne de 53,7 crédits pour les premiers contre 43,8 pour les seconds.

Nombre d’années aux études

CAEL s’est aussi penché sur la question de la persévérance scolaire ici mesurée par le nombre d’années aux études, que celles-ci soient consécutives ou non. Encore là, on observe que les étudiants PLA poursuivent leurs études plus longtemps que les étudiants non-PLA.

Voilà des résultats très intéressants qui montrent que les étudiants ayant bénéficié d’une reconnaissance d’acquis cumulent plus de crédits, ce à quoi on pouvait s’attendre, mais aussi qu’ils suivent plus de formations que les étudiants non-PLA et qu’ils sont présents dans l’établissement plus longtemps.

Diplomation plus rapide

Il aurait été inquiétant qu’une telle étude démontre que des étudiants qui bénéficient d’une reconnaissance d’acquis prennent plus de temps pour obtenir leur diplôme que les autres puisqu’ils débutent généralement avec des crédits reconnus, mais ceci n’avait jamais été démontré. Grâce à l’étude du CAEL avons maintenant des chiffres à l’appui : les étudiants PLA ayant écourté leurs études de 2,5 à 10,2 mois en moyenne au Bac et de 1,5 à 4,5 mois en moyenne à l’Associate Degree.

En guise de conclusion

L’étude du CAEL démontre statistiquement que la reconnaissance des compétences mène à une meilleure réussite scolaire sans pour autant que l’on comprenne pourquoi. Ils émettent bien quelques hypothèses, entre autres, à l’effet que la reconnaissance agisse comme facteur de fidélisation aux études ou encore, à l’effet que l’attribution de crédits PLA réduisent les coûts de la scolarité, mais cela reste à étudier. En outre, les chercheurs font état des limites suivantes : l’étude ne tient pas compte des autres facteurs associés à la réussite tels que les caractéristiques personnelles ou sociales (support de la famille, intégration à la vie du campus, etc.), ni de la qualité des services PLA offerts par les établissements scolaires, ni de l’efficacité des méthodes de reconnaissance.

Pour notre part, nous estimons qu’il serait intéressant d’examiner l’impact de la qualité et de la variété des services offerts et des méthodes sur la réussite. D’ailleurs, des données de l’étude du CAEL suggèrent qu’il pourrait y avoir un lien. Voyons cela.

Dans les politiques institutionnelles des établissements, on peut retrouver jusqu’à 4 possibilités d’utilisation de la reconnaissance des acquis :

  • obtention d’un « advanced standing » (des crédits sont éliminés et l’étudiant débute plus loin dans le programme d’étude) ;
  • obtention de prérequis ;
  • obtention de crédits pour la formation générale ;
  • obtention de crédits pour la formation spécifique.

Certains établissements n’offrent qu’une option, d’autres plusieurs. Fait intéressant,les étudiants des établissements qui offrent plus d’une option ont obtenu un taux de diplomation plus élevé et ils ont terminé leurs études plus rapidement.

Quoiqu’il en soit, bien que l’étude du CAEL n’avait pas pour objet d’évaluer les impacts de la reconnaissance des acquis et des compétences sur les établissements scolaires, il est évident que la PLA se traduit par des bénéfices concrets : les étudiants à qui l’on reconnaît des acquis obtenant en plus grand nombre un diplôme et cela, plus rapidement que les autres. L’autre résultat est encore plus inattendu puisqu’ils ont en outre, une meilleure persévérance scolaire.

Notes

  1. Le Council for Adult & Experiential Learning (CAEL) est un organisme américain à but non lucratif dont la mission est de favoriser l’éducation des personnes en lien avec les besoins du marché du travail.
  2. Aux États-Unis, Prior Learning Assessment (PLA) est l’équivalent de notre Reconnaissance des acquis et des compétences (RAC) québécoise avec quelques différences intéressantes.

Références

Extrait

Si certains établissements scolaires sont encore réticents à reconnaître formellement la valeur des acquis des apprentissages effectués dans un contexte hors-scolaire, voici une étude produite par le Council for Adult & Experiential Learning (CAEL) qui donne matière à réflexion.

L’Observatoire compétences-emplois (OCE) est un centre de recherche et de transfert de connaissances sur le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d’oeuvre basée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’OCE regroupe des chercheurs et des professionnels de différentes disciplines qui ont une expertise fine du domaine.

Sa mission est d’alimenter la réflexion, la prise de décision et l’action des acteurs du marché du travail et ainsi de contribuer au développement des compétences de la main-d’oeuvre au Québec.

Observatoire compétences-emplois (OCE)
1205, rue Saint-Denis
Pavillon Paul Gérin-Lajoie, local N-5920
Montréal (Québec), Canada
H2X 3R9
Voir sur la carte

Téléphone : 514 987-3000 poste 1085
Courriel : oce@uqam.ca