Septembre 2013 | Vol. 4 | N°3

Un tableau de bord pour la formation professionnelle et technique en Europe

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L’enseignement et la formation professionnels (EFP1)) sont une préoccupation majeure de la Commission européenne. Depuis la Déclaration de Copenhague en 2002, les pays travaillent ensemble à rénover leurs systèmes nationaux d’EFP, un projet au cœur de la construction de l’Europe. En 2011, ils ont amorcé la deuxième décennie de leur collaboration avec une nouvelle stratégie. Celle-ci fait l’objet du Communiqué de Bruges où la reconnaissance mutuelle des certifications, projet phare de la première décennie, cède le pas à la contribution de l’EFP aux objectifs économiques et sociaux de l’Europe 2020.

Pour les Européens, l’objectif de l’EFP est double : « d’une part, améliorer l’employabilité et contribuer à la croissance économique et, d’autre part, s’attaquer à des problèmes de société plus généraux, notamment le renforcement de la cohésion sociale ».

Les auteurs du Communiqué de Bruges vont plus loin : « Sous l’une ou l’autre forme, l’EFP initial et l’EFP continu doivent offrir des perspectives de carrière attrayantes et ambitieuses aux jeunes, mais aussi aux adultes, et toucher de manière égale les femmes et les hommes, les personnes à haut potentiel et celles qui, quelle qu’en soit la raison, sont menacées d’exclusion du marché du travail ».

À l’instar des États-Unis, l’Europe compte sur l’EFP pour sortir de la crise économique. Et les Européens font aussi le même constat que les Américains quant aux besoins en compétences de la prochaine décennie : ceux-ci vont accroître la demande de qualifications intermédiaires et supérieures, au détriment des personnes peu qualifiées.

Dans ce contexte, le Centre européen pour le développement de la formation professionnelle (CEDEFOP) a conçu un outil pour suivre l’évolution de l’EFP en Europe. Destiné aux décideurs et aux chercheurs, l’objectif est double : soutenir le débat politique et stimuler les analyses.

Présentation de l’outil

L’outil du CEDEFOP emprunte les caractéristiques d’un tableau de bord de gestion. Les indicateurs ont été sélectionnés selon ces critères : caractère quantitatif, pertinence au regard des objectifs du Communiqué de Bruges, complémentarité et, existence pour chacun de données internationales. Au terme de l’opération, 31 indicateurs ont été retenus sur 140 possibles et ils ont été regroupés en trois catégorie :

  • La première évalue l’accessibilité, l’attractivité et la flexibilité des systèmes d’EFP.
  • La deuxième évalue les efforts de développement de l’EFP de la part des gouvernements et des employeurs et la contribution de l’EFP aux besoins du marché du travail.
  • La troisième – qui porte sur le niveau de scolarité de la population et sur sa situation quant à la formation et sur le marché du travail – fournit des informations sur des situations problématiques que les systèmes d’EFP peuvent améliorer, telles que le décrochage scolaire et la faible scolarisation.

Voici le contenu détaillé de ces trois catégories :

1. Indicateurs d’accessibilité, d’attractivité et de flexibilité des systèmes

  • Participation des étudiants à l’EFP initiale.
  • Participation des étudiants à l’EFP en alternance.
  • Participation des employés à des cours d’EFP.
  • Participation des employés à la formation en entreprise (on-the-job training).
  • Participation des adultes à l’éducation et à la formation.
  • Nombre d’entreprises qui offrent ou soutiennent la formation de leurs employés.
  • Participation des femmes à l’EFP initiale.
  • Diplômés de l’EFP qui poursuivent des études supérieures.
  • Participation des personnes âgées à l’éducation et la formation.
  • Participation des adultes faiblement scolarisés à l’éducation et la formation.
  • Participation des adultes en recherche d’emploi à l’éducation et la formation.
  • Nombre d’adultes qui ne participent pas à la formation tout au long de la vie même s’ils y sont intéressés.

2. Indicateurs sur les efforts de développement de la FPT et sa pertinence en regard des besoins du marché du travail

  • Les dépenses publiques en EFP en % du produit intérieur brute.
  • Les dépenses publiques en EFP initiale par étudiant.
  • Les dépenses des employeurs en formation professionnelle continue en % de la masse salariale des entreprises.
  • Les langues étrangères apprises par les étudiants dans les programmes de l’EFP initial.
  • Les diplômés des programmes de l’EFP initial en science, technologie, génie ou mathématiques.
  • Les personnes de 30 – 34 ans qui détiennent un diplôme de formation technique.
  • Les entreprises innovantes qui utilisent la formation pour supporter leur développement technologique.
  • Le taux d’emploi des personnes de 20 -34 ans détenant un diplôme d’EFP initial dont c’est le plus haut niveau de scolarité atteint et qui ne sont plus aux études.
  • Le taux d’emploi des personnes de 20 -34 ans détenant un diplôme d’EFP initial.
  • Le taux d’emploi des 20 – 34 ans diplômés de l’EFP initial comparativement au taux d’emploi des jeunes de la même classe d’âge qui n’ont pas de diplôme.
  • Le nombre d’employés qui déclarent que la formation leur a permis d’améliorer leur performance en % de tous les employés formés.
  • Le nombre d’employés qui déclarent que leurs compétences correspondent bien aux exigences de leur emploi.

3. Indicateurs généraux sur le niveau de scolarité de la population et sa situation en regard de la formation et de l’emploi

  • Les 18-24 qui n’ont pas atteint une scolarité de niveau secondaire et qui ne sont pas aux études.
  • Les 20-34 qui ont un diplôme de niveau tertiaire (collégial ou universitaire).
  • Le 18-24 qui ne sont ni en emploi, ni aux études.
  • La population de 20-34 qui n’est pas en emploi, qui en cherche un activement et qui est prête à travailler maintenant.
  • Les 25-24 qui ont un bas niveau de scolarité inférieur au diplôme d’études secondaires.
  • Les 20-64 en emploi.
  • Les perspectives d’emplois pour l’année 2020 pour les détenteurs d’une scolarité de niveau secondaire supérieur et de niveau tertiaire.

Les indicateurs sont présentés dans deux documents, un pour l’Europe et un autre pour chacun des pays. Les références figurent dans la section pour en savoir plus, ci-bas. Les indicateurs empruntent le même format : un graphique, un tableau et un court commentaire. Les chercheurs du CEDEFOP ont eu le souci de créer un outil convivial, simple à comprendre et à interpréter.

Intérêt de cet outil pour le Québec

Ce tableau de bord constitue un outil inspirant pour le Québec parce que nous sommes confrontés, peut-être moins à la crise économique, mais tout autant à cette réalité où une bonne partie des emplois de demain seront de niveau intermédiaire2). Est-ce que notre FPT sera en mesure de répondre à la demande? Rien n’est moins certain et force est de constater qu’il n’y a pas beaucoup de débats sur le sujet. Aussi, un outil de ce type pourrait-il constituer le point de départ d’une réflexion collective sur la question.

Ce tableau de bord permettrait de comparer la FPT québécoise à l’EFP européenne sur les indicateurs pour lesquels nous disposons de données comparables, sans compter que nous pourrions en ajouter d’autres.

Une telle opération, comme en Europe, aurait avantage à être menée par tous les partenaires du marché du travail.

Notes

  1. Les Européens donnent un sens large au terme EFP. L’EFP, en effet, couvre la formation initiale (EFPI) et continue (EFPC), la formation en établissement et en entreprise, la formation de niveau secondaire et collégial. L’EFP européenne est équivalente à notre FPT, à laquelle on ajouterait les formations et certifications d’Emploi-Québec, dont le PAMT, et les formations formelles soutenues ou offertes par les entreprises.
  2. Nous avons vu dans l’article sur la réforme de la FPT américaine (dans le numéro de septembre 2013) que les Américains évaluaient à 30% la part des emplois qui exigeront une qualification supérieure au secondaire, mais inférieure au baccalauréat universitaire à la fin de l’actuelle décennie. Les économies canadiennes et américaines étant intégrées comme elles le sont, il y a de fortes chances que la demande de qualifications intermédiaires soit aussi importante au Québec. 

En savoir plus

Sur les indicateurs du CEDEFOP :

CEDEFOP (2013). On the way to 2020: data for vocational education and training policies, indicator overviews. Research paper, no. 33

CEDEFOP (2013). On the way to 2020: data for vocational education and training policies, Country statistical overviews. Research paper, no. 31

Sur la politique européenne d’enseignement et de formation professionnels récente :

Communication de la Commission au Parlement Européen, au Conseil, au Comité Économique et Social Européen et au Comité des Régions (2010). Donner un nouvel élan à la coopération européenne en matière d’enseignement et de formation professionnels pour appuyer la stratégie Europe 2020. Commission européenne, Bruxelles, juin.

Communiqué des ministres européens de l’enseignement et de la formation professionnels, des partenaires sociaux européens et de la Commission européenne (2010). Le Communiqué de Bruges sur la coopération européenne renforcée en matière d’enseignement et de formation professionnels. Bruges, décembre.

Sur la politique européenne d’enseignement et de formation professionnels 2002 à 2008 : La Déclaration de Copenhague (2002) suivie des Communiqués de Maastricht en 2004, d’Helsinki en 2006 et de Bordeaux en 2008.

Extrait

À l’instar des États-Unis, l’Europe compte sur la formation professionnelle et technique pour sortir de la crise économique. Et les Européens font aussi le même constat que les Américains quant aux besoins en compétences de la prochaine décennie : ceux-ci vont accroître la demande de qualifications intermédiaires et supérieures, au détriment des personnes non qualifiées. Dans ce contexte, le Centre européen pour le développement de la formation professionnelle (CEDEFOP) a conçu un outil pour suivre l’évolution de la FPT en Europe. Destiné aux décideurs et aux chercheurs, l’objectif est double : soutenir le débat politique et stimuler les analyses.

L’Observatoire compétences-emplois (OCE) est un centre de recherche et de transfert de connaissances sur le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d’oeuvre basée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’OCE regroupe des chercheurs et des professionnels de différentes disciplines qui ont une expertise fine du domaine.

Sa mission est d’alimenter la réflexion, la prise de décision et l’action des acteurs du marché du travail et ainsi de contribuer au développement des compétences de la main-d’oeuvre au Québec.

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