Juin 2014 | Vol. 5 | N°2

Renouveau de l’industrie manufacturière : enjeux de main-d’œuvre

par

En déclin continu, l’industrie manufacturière a longtemps été considérée comme une avenue fermée dans les économies occidentales. Pourtant, elle y occupe encore une place importante, bien qu’en pleine mutation. S’il n’est plus possible de concurrencer les pays à faibles coûts comme la Chine ou le Bangladesh sur la production de masse, il en va tout autrement pour la fabrication de produits à haute valeur ajoutée. Toutefois, la réorientation vers des marchés de niches passe par l’acquisition et le développement de compétences différentes de celles traditionnellement liées à ce secteur économique.

Or, la main-d’œuvre actuelle ne possède pas les compétences recherchées et l’écart continue de se creuser. Alors que l’enjeu est peu soulevé au Québec et au Canada, plusieurs pays, dont l’Australie (AWPA), les États-Unis (Manufacturing Institute) et la Grande-Bretagne (UKCES) ont analysé l’état de la situation et entrepris des démarches afin de résorber cet écart de compétences. Précisons que l’AWPA et l’UKCES sont des organismes dont la mission et la composition s’apparentent à la Commission des partenaires du marché du travail québécoise.

Un secteur en difficulté, mais essentiel à l’économie

Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer les difficultés que connaît l’industrie manufacturière dans les pays développés. D’une part, plusieurs affirment que le passage à une économie du savoir rend désuète la production de biens. Or, une telle vision ne rend pas justice à une industrie mobilisatrice de connaissances de pointe et reste ancrée dans le stéréotype de l’usine « sale »1). D’autre part, il est vrai que certains facteurs rendent l’industrie manufacturière moins attrayante en occident. Ce sont, entre autres, la montée des économies émergentes, la faible croissance de la productivité (Australie et Canada), la force du dollar (Australie et Canada) et la stagnation de la demande dans les marchés traditionnels2). Par ailleurs, l’accroissement de productivité liée à la mécanisation et l’utilisation de technologies entraîne une diminution globale du nombre de travailleurs dans l’industrie3). Malgré tout, l’industrie manufacturière a toujours sa place représentant entre 10% à 20% des PIB nationaux.

Au Canada, le pourcentage s’élève à 11,4%, alors qu’au Québec, il est de 16,3%, en chute depuis une dizaine d’années4). Aux États-Unis, sa part du PIB est de 12,9%5) et en Australie, de 6,6%6). Malgré ce déclin, l’industrie manufacturière demeure un générateur de richesse, ces exportations occupant une place importante dans les exportations totales des pays : 44,9% au Canada, 64,3% aux États-Unis7) et 33,5% en Australie8). Au Québec, la production manufacturière représente 88% des exportations totales de la province9). L’industrie reste également un employeur important. Au Québec, un emploi sur cinq dépend d’une industrie où les salaires sont 35% supérieurs à ceux des autres secteurs économiques10). Par ailleurs, l’industrie manufacturière constitue le principal vecteur des investissements en recherche et développement. Aux États-Unis, elle canalise environ 70% des investissements totaux en R&D11).

Or, l’innovation demeure un atout clé pour la compétitivité des pays. Tout ceci plaide pour une industrie manufacturière forte qui connaît d’ailleurs un regain d’intérêt dans les pays occidentaux. Divers facteurs expliquent ce phénomène, dont l’augmentation des coûts de transports et les hauts volumes de non qualité qui désavantagent les pays émergents, sans compter que la productivité est nettement plus élevée dans les économies occidentales12). Aussi, pour de nombreux produits, le coût de la main-d’œuvre reste marginal dans le coût de production 13). Par exemple, Méga Brands, a décidé, il y a quelques années, de rapatrier sa production en Amérique du nord. L’entreprise a fermé son usine de 6 000 employés en Chine pour transférer la production dans une usine fortement automatisée de 700 employés au Québec. En 2012, la production y représentait 50% de son chiffre d’affaires, contre 20% en 2008. Pour l’entreprise, les avantages ont été nombreux, dont une réduction des coûts de production, une amélioration globale de la qualité, la création d’emplois à Montréal et le redressement financier de l’entreprise14), récemment achetée par Mattel.

Une industrie en pleine mutation…

Ce retour et cette vigueur de l’industrie manufacturière passent par une forte transformation du secteur. Les pays développés jouissent d’un avantage compétitif certain, surtout avec des produits de moyenne à forte intensité technologique et de compétences15). Il est clair que la production de masse restera dans des pays à faibles coûts : l’industrie du vêtement ne reviendra pas. Pourtant, l’industrie textile québécoise demeure vigoureuse grâce à des PME offrant des textiles techniques et intelligents, en lien avec divers secteurs comme l’agriculture, la construction, la médecine ou le sport16).

Ainsi, le Québec, comme d’autres économies, est appelé à fabriquer des produits à forte valeur ajoutée, novateurs et concurrentiels s’il souhaite rester compétitif. Les rapports consultés convergent tous sur ce point. Il s’agit de miser sur des produits de niches, de faire de la recherche et du développement de nouveaux produits et procédés, de fabriquer des produits relativement complexes et de proposer des services de conception et de fabrication17). L’accroissement de l’automatisation et de l’intégration de hautes technologies reste un incontournable18). Même les entreprises qui ne sont pas dans des niches doivent se distinguer. Par exemple, le marché du yogourt est très concurrentiel au Canada. Pourtant, les nouveaux produits Iögo d’Ultima ont réussi à se démarquer en moins d’une année grâce à une campagne de marketing bien planifiée, à des investissements de 70M$, dont 10M$ dans l’usine pour augmenter la fabrication, et au développement de nombreuses lignes de produits distinctifs19).

… exigeant des compétences manquantes sur le marché du travail

De telles mutations requièrent une main-d’œuvre ayant des compétences différentes de celles traditionnellement attribuées à l’industrie manufacturière, elles sont décrites dans un autre article de ce dossier (sur ce lien). En bref, les travailleurs doivent avoir de solides bases en littératie et en numératie, mais aussi des connaissances en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques, ce que les Anglo-saxons nomment les STEM. De plus, les employeurs veulent une main-d’œuvre capable d’avoir une pensée critique, de résoudre des problèmes, de travailler en équipe et de prendre des initiatives20). Il ressort de différents rapports que le niveau de formation qui sera le plus en demande se situe entre le postsecondaire et l’universitaire21), bien que l’UKCES et l’AWPA mettent en évidence la demande croissante de diplômés universitaires. Ainsi, l’AWPA calcule qu’à long terme, en 2025, 75% de la main-d’œuvre manufacturière devra détenir un diplôme post-secondaire22). Un autre rapport de l’AWPA avance plutôt le chiffre de 87% de main-d’œuvre diplômée.23). Le problème, c’est que ces besoins sont en porte-à-faux avec les caractéristiques actuelles des travailleurs du secteur. Par exemple, en Australie, 45,2% de la main-d’œuvre n’a pas de formation postsecondaire24).

En fait, tous niveaux de formation post-secondaires inclus, l’AWPA prévoit un déficit de près de 142 000 travailleurs en 2015, qui montera à 288 000 en 2025. Au Canada, 42% des travailleurs de l’industrie manufacturière ont au mieux un diplôme d’études secondaire, 43% des travailleurs ont un diplôme post-secondaire et seulement 11% un diplôme universitaire. Il n’y a pas que l’écart de compétences qui constitue un enjeu. À cette problématique s’ajoute celle du départ à la retraite ou à la préretraite dans une industrie ayant une moyenne d’âge assez élevée et dans un contexte de courbe démographique décroissante25). L’industrie manufacturière est particulièrement affectée parce qu’elle n’arrive pas à attirer une main-d’œuvre jeune : elle affiche un déficit de 5,8 points de pourcentage par rapport à la moyenne canadienne pour la part de travailleurs de moins de 25 ans26).

Au Québec, l’important taux de décrochage scolaire, combiné au délaissement des filières professionnelles et techniques pour la formation générale, réduisent d’autant plus le bassin potentiel de main-d’œuvre disponible. La difficulté à trouver une main-d’œuvre compétente ne se limite pas à la seule production. Gestionnaires, ingénieurs, chercheurs, techniciens, concepteurs et informaticiens sont eux aussi en demande, moins nombreux sur le marché du travail. Au Royaume-Uni et en Australie, ils prévoient avoir de sérieuses pénuries pour ces emplois27), cet enjeu a été relevé au Québec par Deloitte.

Impacts négatifs de l’écart de compétences

Ainsi, il y a une inadéquation entre la demande et l’offre de compétences pour l’industrie manufacturière. Par exemple, 68% des entreprises québécoises indiquent avoir de la difficulté à pourvoir des postes28). Le pourcentage est le même pour les entreprises américaines, qui signalent que 5% des postes ne sont pas comblés29). Les conséquences sont diverses30). Aux États-Unis, ces difficultés limitent le développement de nouveaux processus de fabrication (80%), de nouveaux produits (64%) et l’accès à de nouveaux marchés (46%). Plus généralement, les entreprises jugent que la difficulté à trouver les employés de production et de support à la production a un impact négatif sur leur performance. De plus, 68% des entreprises considèrent qu’une main-d’œuvre qualifiée et flexible constitue l’élément le plus important pour la compétitivité de leur entreprise à moyen terme.

Au Québec, l’étude de Deloitte montre que les entreprises évaluent que la difficulté à trouver une main-d’œuvre compétente freine leur croissance (40%) et leur capacité d’innovation (18%). Les rapports de l’UKCES, de l’AWPA et du Manufacturing Institute proviennent aux mêmes constats et le Québec ne fait pas exception. Il y a une inadéquation de compétences dans l’industrie manufacturière, qui va miner la croissance et la compétitivité d’un secteur pourtant vital dans l’économie. Le Royaume-Uni, l’Australie et les États-Unis ne se contentent toutefois pas de chiffrer la pénurie à venir, les différents partenaires du marché du travail réfléchissent et proposent des stratégies afin d’atténuer cette pénurie de compétences.

Comment résorber l’écart de compétences?

Plusieurs stratégies ont été mises de l’avant et elles font l’objet d’un autre article du dossier (sur ce lien). L’idée principale reste d’augmenter le volume de main-d’œuvre qualifiée, ce qui passe par la formation initiale et continue, l’établissement de qualifications reconnues, la flexibilisation de la formation, mais également par une revalorisation de l’image de l’industrie manufacturière. Tous les partenaires doivent se mobiliser sur ces enjeux et travailler en étroite collaboration avec une participation active de regroupements du secteur manufacturier appelés à jouer un rôle clé dans la définition des compétences recherchées. Sur le plan de la formation initiale, le système dual de l’Allemagne, de la Suisse et de l’Autriche reste le modèle le plus performant au regard des standards industriels. Toutefois, il ne s’exporte pas aussi aisément qu’on le voudrait.

Au Québec, les formations en alternance travail-étude sont aussi des avenues à privilégier. Quoiqu’il en soit, toutes les modalités de l’offre de formation doivent être repensées. Une grande partie des travailleurs aura besoin de requalification, or, ces adultes actifs ont des contraintes qui restreignent un retour à temps plein aux études. De la sorte, il est plus que temps d’envisager des parcours de formation flexibles et modulaires, adaptés au rythme des adultes. Le cas de l’AMTEC, présenté dans ce bulletin, est particulièrement intéressant à ce sujet (sur ce lien). Ces adultes en formation ont besoin de politiques favorables, de financement et de la création de passerelles facilitant les transferts entre les niveaux de formation. En somme, l’industrie manufacturière dans les sociétés occidentales est en mutation. Selon le rapport du Boston Consulting Group, l’innovation basée sur le talent constitue le principal facteur de la capacité d’un pays à être compétitif dans l’industrie manufacturière.

Au Québec, l’étude de Deloitte met en évidence que les entreprises doivent investir dans leurs usines pour les automatiser et les informatiser davantage afin d’en améliorer la productivité. Il reste qu’une grande partie de la résorption de l’écart de compétences passera par la formation et la requalification de la main-d’œuvre. Les gouvernements et le système d’éducation ont à ce titre un rôle important à jouer afin de repenser la formation, ce qui doit se faire avec l’implication de représentants du milieu du travail afin de bien définir les standards de compétences et de qualifications recherchés. Simplement dit, « il n’y a pas de doute que nous ayons besoin d’une combinaison différente de compétences et de plus haut calibre dans l’industrie manufacturière et que cette transformation n’arrivera pas d’elle-même. Nous devons mettre en place des stratégies qui mèneront à une industrie manufacturière compétitive31). »

Notes

  1. CSN (2012). Avenir du secteur manufacturier et industriel québécois. Pour un développement durable : une intervention structurée.
  2. Deloitte (Québec) (2011). Le point sur le Québec manufacturier – Des solutions pour l’avenir, version intégrale. Deloitte –  Manufacturing Institute (2011). Boiling point ? The skill gap in U.S. manufacturing. Boston Consulting Group (2011). Made in America, again. Why manufacturing will return to the U.S.
  3. UKCES (2012). Sector skills insights : advanced manufacturing sector skills. AWPA (2014). Manufacturing workforce studyDeloitte (Québec), op. cit. 2.
  4. Deloitte (Québec), op. cit. 2.
  5. Deloitte (États-Unis) (2013). Global Manufacturing Competitiveness Index. US Council on Competitiveness.
  6. WPA (2014), op. cit. 3.
  7. Deloitte (États-Unis) (2013), op cit. 5.
  8. AWPA (2014), op. cit. 3.
  9. Deloitte (Québec), op. cit. 2.
  10. Deloitte (Québec), op. cit. 2.
  11. Ezell, S.J. et R.D. Atkinson (2011). The Case for a national manufacturing strategy.
  12. Deloitte (États-Unis) (2013), op cit. 5.
  13. Boston Consulting Group (2001), op. cit. 2.
  14. Genois-Gagnon, Jean-Michel (2014). Mega Brands : retour aux sources pour le géant du jouet. La Presse, 12 février 2014. Albert, Jean-François (2014). Mega Brands investit au Québec pour améliorer sa compétitivité. Forum stratégique, Chambre de commerce du Montréal métropolitain, 21 février 2014. Présentation en ligne.
  15. Deloitte (États-Unis) (2013), op cit. 5.
  16. Pour davantage d’information, consulter le CSMO Textile, ainsi que le Centre multiservice pour l’industrie textile.
  17. UKCES (2012) et AWPA (2014) op. cit. 3.
  18. Deloitte (Québec), op. cit. 2.
  19. Les Affaires, consulté le 16 mai 2014.
  20. Deloitte – Manufacturing Institute (2011). Boiling point ? The skill gap in U.S. manufacturing. Manufacturing Institute.
  21. UKCES (2012), op. cit. 2 Deloitte – AWPA (2012). Economic modelling of skills demande and supply.
  22. Deloitte – AWPA (2012) op. cit. 21.
  23. AWPA (2014), op. cit. 3
  24. AWPA (2014), op. cit. 3.
  25. Conference Board du Canada (2008), op. cit. 24. Deloitte – Manufacturing Institute (2011), op. cit. 20. Deloitte (Québec) (2011), op. cit. 2. UKCES (2012) et AWPA (2014) op. cit. 3.
  26. Conference Board du Canada (2008), op. cit. 24.
  27. Deloitte – MAN (2011), op. cit. 20. UKCES (2012) op. cit. 3.
  28. Deloitte (Québec), op. cit. 2.
  29. Deloitte – Manufacturing Institute (2011), op. cit. 20.
  30. Deloitte – Manufacturing Institute (2011), op. cit. 20.
  31. Dunckley, Mathew (2014). Podcast : Manufacturing workforce study podcast.Interview avec Robin Sheeve et Megan Lilly. Traduction libre.

En savoir plus

Sur les enjeux de l’industrie manufacturière au Québec, deux lectures essentielles :

Deloitte (Québec) (2011). Le point sur le Québec manufacturier – Des solutions pour l’avenir, version intégrale.

CSN (2012). Avenir du secteur manufacturier et industriel québécois. Pour un développement durable : une intervention structurée.

Sur les écarts entre l’offre et la demande de compétences dans l’industrie manufacturière, les anglo-saxons sont à l’avant scène. On cherchera sans succès de telles études dans le monde francophone.

Deloitte (États-Unis) (2011). Boiling point ? The skill gap in U.S. manufacturing. Étude réalisée pour le Manufacturing Institute. Le Manifacturing Institute est un organisme national dédié au développement de la main-d’oeuvre pour secteur manufacturier. Ses priorités sont (1) le changement des perceptions à l’égard du secteur, (2) faire des États-Unis un leader mondial en matière d’éducation et de formation de la main-d’oeuvre manufacturière et (3) promouvoir des politiques et des mesures d’éducation et de formation à cet effet. Créé par le National Association of Manufacturers (NAM) (organisme homonyme des Manufacturiers exporteurs canadiens et québécois), le Manufacturing Institute pilote également les qualifications nationales du secteur manufacturier.

UKCES (2012). Sector skills insights : advanced manufacturing sector skills. L’UKCES, la Commission des partenaires britannique, propose une excellente étude qui met en évidence l’écart entre l’offre et la demande de compétences pour l’industrie manufacturière de pointe.

AWPA (2014). Manufacturing workforce study. L’Australian Workforce and Productivity Agency, la Commission des partenaires australienne, dresse un état de situation de la main-d’œuvre de l’industrie manufacturière du pays.

Deloitte (Australie) (2012). Economic Modelling of Skills demand and supply. À la demande de l’AWPA, Deloitte étudie en profondeur quatre scénarios de croissance économique et leurs impacts sur l’offre et la demande de main-d’œuvre australienne. Bonne mise en évidence des compétences manquantes.

À écouter

Australie. Podcast sur la dernière étude de l’AWPA portant sur les besoins de l’industrie manufacturière. 

Extrait

Article central du dossier de ce numéro qui expose, dans un bel effort de synthèse, la problématique du secteur manufacturier dans les pays développés.

L’Observatoire compétences-emplois (OCE) est un centre de recherche et de transfert de connaissances sur le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d’oeuvre basée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’OCE regroupe des chercheurs et des professionnels de différentes disciplines qui ont une expertise fine du domaine.

Sa mission est d’alimenter la réflexion, la prise de décision et l’action des acteurs du marché du travail et ainsi de contribuer au développement des compétences de la main-d’oeuvre au Québec.

Observatoire compétences-emplois (OCE)
1205, rue Saint-Denis
Pavillon Paul Gérin-Lajoie, local N-5920
Montréal (Québec), Canada
H2X 3R9
Voir sur la carte

Téléphone : 514 987-3000 poste 1085
Courriel : oce@uqam.ca