Septembre 2014 | Vol. 5 | N°3

Les résultats de l’enquête de l’ocde 2013 sur les compétences de base des adultes, une nouvelle demande éducative

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Les résultats du PEICA 2013, la plus grande enquête de l’OCDE sur les compétences de base des adultes à ce jour montrent que trop de canadiens et canadiennes ont de la difficulté à résoudre des problèmes dans des environnements technologiques; un problème de taille à l’ère numérique auquel il faudra bien s’attaquer.

Le développement des compétences de base de la population active est un enjeu relativement récent dans les pays industriels avancés. La première enquête de l’OCDE sur le sujet fut réalisée entre 1994 et 1998 et regroupait 20 pays. Cette enquête a permis de répartir la population sur une échelle de compétences à cinq niveaux. On constata alors que près de la moitié de la population canadienne n’atteignait pas le niveau 3 en littéracie. Précisons que ce niveau est considéré comme « un minimum convenable pour composer avec les exigences de la vie quotidienne et du travail dans une société complexe et évoluée ». En terme de scolarité, c’est le niveau des compétences nécessaires « pour terminer des études secondaires » et poursuivre des études post-secondaires. Une deuxième enquête réalisée entre 2003 et 2008, cette fois dans 12 pays, révélera que 42% des canadiens se situaient encore en bas du niveau 3.

En 2011- 2012, l’OCDE entreprend une troisième et nouvelle enquête, dans 24 pays1) cette fois auxquels neuf autres vont se rajouter dans la prochaine édition en 20162). Cette enquête, intitulée « Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes » (PEICA) mesure les compétences de base chez les adultes de 16 à 65 ans. Au Canada, plus de 27 000 personnes ont été interrogées. Le rapport publié fin 2013 confirme les résultats des enquêtes précédentes sur la littéracie quant au pourcentage élevé de la population se situant en bas du niveau 3 (PEICA,2013:25). Le même phénomène est observable pour la numératie.

Ce rapport toutefois nous apprend beaucoup plus puisqu’on introduit un nouvel indicateur, soit la résolution de problèmes dans des environnements technologiques (RP-ET). Cet indicateur mesure la compétence des adultes à utiliser des sources d’information numérisée pour résoudre les problèmes survenant dans leur vie quotidienne au travail ou hors travail. On constate alors que seulement 36 % des individus dépassent le premier niveau (PEICA,2013:34). Précisons qu’à ce premier niveau, « les adultes peuvent effectuer des tâches dont l’objectif est clairement énoncé et pour lesquelles les opérations nécessaires sont réalisées dans une seule application[informatique] qui leur est familière ». Par conséquent, leurs capacités à résoudre des problèmes dans des environnements à forte composante technologique sont limitées. Ils ne sont à l’aise que si la résolution du problème nécessite « un nombre réduit d’étapes, l’utilisation d’un nombre restreint d’opérateurs et un niveau de contrôle limité pour un grand nombre d’actions afin d’aboutir à la solution ».

Le problème ici n’est évidemment pas le niveau de scolarisation initiale qui aurait baissé, mais bien plutôt les exigences de qualification de base qui ont augmenté dans nos sociétés du savoir à l’ère numérique. Si bien qu’aujourd’hui, le corpus des compétences de base d’hier a cédé sa place au corpus des « compétences du XX1e siècle »3). Pour reprendre une notion développée par des chercheurs canadiens, il existe neufcompétences essentielles « pour vivre, apprendre et travailler dans la société d’aujourd’hui »4). La capacité de lecture, de rédaction et de calcul font évidemment partie de la liste, mais s’y ajoutent, comme en fait part l’enquête PEICA 2013, la capacité d’utilisation de documents, la familiarisation avec l’informatique, la capacité de raisonnement (solution de problèmes), le travail d’équipe, la communication orale et l’auto-formation. S’en suit une demande éducative de « compétences de base » bien différente de celle d’hier.

Que faire?

Il s’agit moins ici d’alphabétiser que d’actualiser des compétences acquises et de les mobiliser pour traiter, interpréter et produire de l’information sur des supports électroniques. Cette actualisation va au-delà d’un rafraichissement de ces compétences; il s’agit de la capacité de les mobiliser dans un contexte bien différent de celui dans lequel elles ont été acquises. La transformation de l’organisation du travail et l’introduction du travail en équipe, la modification des techniques de production et la numérisation des postes de travail, la demande d’une production de plus en plus diversifiée et la fréquence accrue de la formation en entreprise, voilà autant de changements qui font appel à des compétences non techniques jusqu’ici peu mobilisées. Or, nous ne pourrons répondre à ces défis et obtenir les effets escomptés que si on peut mettre en place une ingénierie appropriée d’actualisation de ces compétences, que si les interventions sont conçues sur mesure à partir d’une analyse du contexte et des besoins locaux, que si les aides gouvernementales incluent  cette analyse nécessaire de la demande locale et, enfin, que si les environnements de travail facilitent cette actualisation.

Tableaux

Tableau 1 – Répartitions comparatives des niveaux de compétence en littéracie des personnes de 16 à 65 ans, pays, provinces

 

Niveaux

Pays

Inférieur à  N1

N1

N2

N3

N4 – N5

Japon

1

4

23

49

23

Finlande

3

8

27

42

19

Pays-Bas

3

9

27

42

19

Australie

3

10

30

40

17

Ontario

4

11

32

38

15

Moyenne OCDE

3

12

34

39

13

Canada

4

13

32

38

13

Allemagne

3

15

34

37

11

Québec

4

15

34

36

11

Source : Les compétences au Canada : Premiers résultats du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA), Statistique Canada, 2013, graphique 1.2, p. 17.

 

Tableau 2 – Répartitions comparatives des capacités de résolution de problèmes de la population de 16 à 65, dans des environnements technologiques, pays, provinces

 

Niveaux

Pays

Non répondants

Inférieur à N1

N1

N2

N3

Suède

12

13

31

35

9

Canada

19

15

30

29

7

Moyenne OCDE

24

12

29

28

6

Québec

18

18

31

27

6

Corée du Sud

30

10

30

27

4

Source : Les compétences au Canada : Premiers résultats du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA), Statistique Canada, 2013, graphique 1.6, p. 26.

Notes

  1. Allemagne, Australie, Autriche, Belgique (Flandre), Canada, Corée, Danemark, Espagne, Estonie, États-Unis, Fédération de Russie*, Finlande, France, Irlande, Italie, Japon, Norvège, Pays-Bas, Pologne, République slovaque, République tchèque, Royaume-Uni (Angleterre et Irlande du Nord), Suède.
  2. Chili, Grèce, Indonésie, Israël, Lituanie, Nouvelle Zélande, Singapour, Slovénie, Turquie.
  3. Voir sur ce sujet cet autre article intitulé « Les compétences du XXIe siècle », publié dans le Bulletin de l’OCE en décembre 2013.
  4. Vries, E. De, 2009. “Workplace essential skills in policy and practice: a Canadian perspective” in Maclean, R., Wilson, D.N. (ed.). International handbook of education for the changing world of work: bridging academic and vocational learning. Dordrecht, Netherlands: Springer, p.2713-2730

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Extrait

Trop de Canadiens et Canadiennes ont de la difficulté à résoudre des problèmes dans des environnements technologiques; un problème de taille à l’ère numérique auquel il faudra bien s’attaquer.

L’Observatoire compétences-emplois (OCE) est un centre de recherche et de transfert de connaissances sur le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d’oeuvre basée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’OCE regroupe des chercheurs et des professionnels de différentes disciplines qui ont une expertise fine du domaine.

Sa mission est d’alimenter la réflexion, la prise de décision et l’action des acteurs du marché du travail et ainsi de contribuer au développement des compétences de la main-d’oeuvre au Québec.

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