Mars 2013| Vol. 4 | N°1

Le bon fonctionnement de la VAE et ses impacts

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Dans l’ensemble, les résultats des enquêtes sur la VAE confortent les statistiques nationales : faibles taux d’abandons et faibles taux d’échec de la démarche; nombre de validations complètes supérieur ou égal au nombre de validations partielles.

Ils montrent aussi que la VAE répond à un désir de reconnaissance et d’évolution professionnelle et que la dimension réflexive de la démarche a bien cette capacité de faire prendre conscience aux personnes de ce qu’elles valent et partant, de leur donner confiance. Pour reprendre une expression française, la VAE a bien cette capacité de mettre les personnes en mouvement sur leur trajectoire de vie. Un des résultats les plus étonnants c’est le retour en formation qui suit même les VAE complètes. Comme quoi la reconnaissance des compétences s’avère un bon véhicule pour augmenter la clientèle des établissements d’enseignement.

Dans cet article, nous présentons les résultats de trois enquêtes.

  • La première a été réalisée en 2011 par le Fongecif Île-de-France1)et elle porte sur des salariés dont ils ont financé la démarche VAE. Pour l’essentiel, il s’agit de salariés qui ont décidé d’entreprendre une VAE de leur propre chef et, pour la majorité (71%), en dehors du temps de travail, ce qui leur permet de ne pas aviser leur employeur. L’enquête a été menée en mars et avril 2011 auprès de 782 salariés qui ont entrepris une VAE en 2008 ou 2009 et dont le processus se terminait fin décembre 2010.
  • La deuxième a été réalisée en 2008 par le Réseau des universités de l’ouest atlantique(RUOA). Elle porte sur 513 candidats de VAE passés devant jury entre 2003 et 2007 dans les universités de ce réseau.
  • La troisième a été réalisée en 2007 par la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES) du ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social. Elle porte sur 4 752 candidats qui avaient entrepris une VAE en 2005, soit deux ans plus tôt. Précisons que la DARES s’est limitée aux candidats visant une certification de niveau 5, ce qui équivaut à notre DEP.

Les enquêtes du Fongecif et de la DARES portaient sur le parcours en VAE, du début à la fin de la démarche. Celle du RUOA s’est intéressée aux motivations et aux impacts de la VAE sur la vie professionnelle et personnelle. Pour la présentation des résultats, nous reprenons ces deux thèmes.

Le parcours de VAE

Avant d’entamer une démarche de VAE, il faut connaître son existence et se faire guider vers la bonne certification puisque l’expérience ne correspond pas toujours de manière évidente à un diplôme. Les résultats de l’enquête du Fongecif montrent la présence et le bon fonctionnement des ressources en amont de la VAE. Ensuite, les candidats doivent monter un dossier de VAE et le présenter devant un jury. Sur ces procédures, les résultats des enquêtes vont dans le même sens que les statistiques nationales présentées dans l’article « la VAE, un bilan positif » : faible taux d’abandon de la démarche, forte proportion de validations totales et faibles taux d’échec. Ils montrent aussi l’efficacité de l’accompagnement.

L’information sur la VAE est bien diffusée et l’expérience est positive au point où elle a un effet d’entrainement

Enquête Fongecif.

Les résultats de cette enquête montrent que les médias et l’entourage personnel sont les principaux modes de connaissance de la VAE. En 2011, un tiers (34%) des personnes interrogées ont connu la VAE par les médias, journaux, télé, radio, affiches, internet, etc. et un autre tiers (35%), par leurs proches. Les entreprises et les professionnels de l’orientation et de la formation oeuvrant dans les centres de bilan de compétences, dans un Pôle emploi, au Fongecif, dans une Antenne d’information conseil et autres lieux se partagent le dernier tiers.

Des organismes neutres pour le choix de la certification

Enquête Fongecif.

La plupart des candidats ne ressentaient pas le besoin d’être aidés dans le choix de leur certification, 34% ont reçu une aide et 7% auraient bien souhaité en avoir une; ce qui porte le besoin d’aide à 41%. Toutefois, moins les salariés sont qualifiés, plus le besoin d’aide est élevé : 46% des personnes de niveau 5 (équivalent DES, DEP) et 53% des personnes de niveau 6 (inférieur au DES, DEP).

De plus, l’aide pour le choix de la certification provient pour la majorité des candidats (61%) qui en ont reçu une, d’un organisme qui ne délivre pas de certifications. Ce qui permet aux candidats de faire un choix sans être influencé par l’offre de formation des établissements.

Les taux d’abandon de la démarche sont faibles, mais ils sont encore plus faibles lorsque les candidats sont accompagnés pour monter leur dossier de VAE

Enquête Fongecif.

Au moment de l’enquête, soit deux ans après le début de la démarche, 79% des candidats avaient validés un diplôme (totalement ou partiellement), 7% étaient en cours de VAE et 14% avaient abandonné la démarche. Les personnes aidées dans le choix de leur certification avaient le plus souvent validé et ce, dans les temps, un diplôme (86% contre 79%) et ce, totalement ou partiellement.

Enquête Dares.

Au moment de l’enquête, soit deux ans après le début de la démarche, 68,7% des candidats avaient validés un diplôme et ce, totalement ou partiellement, 25,9% étaient en cours de VAE et 16,6% avaient abandonné.

La comparaison des deux enquêtes montre deux phénomènes. Tout d’abord, le taux d’abandon est relativement faible (autour de 15%) pas très éloigné des résultats que l’on peut inférer des statistiques nationales (autour de 20%). Ensuite, les candidats du Fongecif sont plus nombreux proportionnellement à avoir validé un diplôme deux ans après le début la démarche : 79% contre 68,7% pour les candidats qui ont participé à l’enquête de la Dares.

Est-ce l’accompagnement pour l’élaboration du dossier VAE qui fait la différence, puisque les candidats du Fongecif en ont tous bénéficié? Il est possible que ce soit le cas puisque les candidats étudiés par la Dares n’en ont pas tous bénéficié. D’ailleurs, c’est un des résultats majeurs de l’enquête de la Dares que d’avoir démontré que l’accompagnement, plus que tous les autres facteurs, favorisent le dépôt du dossier VAE dans les temps (DARES, 2008 : 4, tableau 2).

Les validations totales sont aussi nombreuses que les validations partielles et les taux d’échec sont négligeables

Enquête Fongecif.

Au moment de l’enquête, parmi les candidats qui avaient soumis un dossier VAE et qui étaient passés devant un jury, 77% avaient obtenu une validation totale contre 16%, une validation partielle et 7%, un échec.

Enquête RUOA.

Au moment de l’enquête, parmi les candidats qui avaient soumis un dossier VAE et qui étaient passés devant un jury, 50,6% avaient obtenu une validation totale contre 44,5% une validation partielle et 5% un échec.

Enquête DARES.

Au moment de l’enquête, parmi les candidats qui avaient soumis un dossier VAE et qui étaient passés devant un jury, 58% avaient obtenu une validation totale contre 35%, une validation partielle et 8%, un échec.2)

La différence entre les candidats du Fongecif et ceux de la Dares, c’est le fait qu’ils ont été accompagnés pour monter leur dossier VAE. Selon l’enquête de la Dares, l’accompagnement favorise aussi l’obtention d’une validation totale.3)

Selon la Dares, « avoir été accompagné par un organisme spécialisé avantage les candidats dans la réussite de leur certification. Plus l’aide apportée est formalisée et technique, plus le candidat a de chances d’obtenir son diplôme. L’accompagnement, prestation réalisée par un organisme spécialisé dans la préparation à la démarche VAE, avantage plus le candidat qu’une aide apportée par une autre personne (employeur, collègues, amis). Néanmoins, si l’aide d’une autre personne porte sur la préparation au dossier ou à l’entretien avec le jury, elle est plus profitable au candidat que lorsqu’il s’agit d’encouragement, de soutien moral ou de « garder des enfants. (Dares, 2008 : 4).

L’avant et l’après VAE

En terme de motivations et d’impacts, les résultats des enquêtes que nous présentons sont semblables à ceux de l’enquête sur les ouvriers de First Aquitaine Industrie (présentés dans l’article sur les démarches collectives). La VAE répond à un désir de reconnaissance de ses compétences ou d’évolution professionnelle. La démarche réflexive de la VAE fait prendre conscience aux personnes de ce qu’elles valent et c’est sur cette base qu’elles décident de se développer professionnellement, un projet qui pour beaucoup passe par un retour en formation.

Que les VAE partielles soient complétés par de la formation, c’est là un résultat auquel on peut s’attendre et sur lequel mise bon nombre d’établissements d’enseignement. Par contre, que les VAE totales soient suivies d’un retour en formation, voilà un résultat de nature à rassurer les établissements d’enseignement qui craignent que la reconnaissance des acquis et des compétences ne réduise leurs clientèles.

La VAE correspond à une stratégie de qualification

Enquête Fongecif.

Les diplômes visés sont en majorité de niveaux 3 et 4, pour nous des DEC techniques ou des AEC. Pour 62% des candidats VAE, le diplôme visé est de niveau supérieur à leur formation initiale, pour 31% d’entre eux, il n’y a pas de changement de niveau et pour 7% d’entre eux le niveau visé par la VAE est inférieur au niveau initial. Le tableau qui suit met en relation le niveau du diplôme visé et le niveau du diplôme avant VAE.

 Niveau de diplôme visé par les candidats du Fongecif

 

Enquête RUOA.

Les diplômes visés sont de niveau universitaire et les plus populaires sont la licence professionnelle (32,1%) et le master (24,2%). La majorité des candidats (67,5%) à la licence ont gagné une année ou moins en niveau d’études, alors que ce n’est le cas que de 45,6% des candidats en master qui ont gagné entre une ou deux années; ce qui signifie que la majorité des candidats visant un master via la VAE possède déjà une scolarité de ce niveau.

Les enquêtes du Fongecif et du RUOA montrent un résultat auquel on pouvait s’attendre, à savoir que les candidats visent un niveau supérieur à celui qu’ils détiennent déjà. Autre phénomène illustré par les résultats de l’enquête du Fongecif (tableau précédent) : les candidats qui n’ont pas de diplômes sont plus nombreux proportionnellement à viser une certification de haut niveau (niveaux 3, 2 et 1), comparativement aux candidats ayant des diplômes de niveaux 5 ou 4, comme quoi la VAE permet de reconnaître le parcours professionnel d’autodidactes talentueux.

La VAE répond à un besoin de reconnaissance associé à un désir d’évolution professionnelle

Enquête Fongecif.

Les candidats ont entrepris une démarche VAE en réponse à un besoin de reconnaissance (85% d’entre eux) associé à un projet de changement, soit pour retourner en formation (57%), soit pour évoluer dans l’entreprise (56%) ou pour changer d’entreprise (45%).

Le besoin de reconnaissance est plus souvent évoqué par les personnes sans diplôme (89%) et par celles qui détiennent un diplôme de niveau 5 – notre DES ou DEP (88%) ou de niveau 6 – inférieur au DES, DEP (91%). L’évolution dans l’entreprise est davantage évoquée par les candidats des grandes entreprises (70%), alors que le changement d’entreprise l’est davantage par les candidats des petites et moyennes (52%).

 

Enquête RUOA.

Les candidats ont entrepris une démarche de VAE pour trois raisons essentiellement : évoluer professionnellement (63%), conforter leur niveau de qualification (59%), être reconnu professionnellement (58%).

La ventilation des résultats selon le niveau de scolarité fait apparaître que les candidats détenant un bas niveau (pour nous un DES ou un DEP) cherchent davantage la reconnaissance professionnelle, tandis que ceux détenant un haut niveau (pour nous DEC et plus) cherchent plutôt l’évolution professionnelle.

Les deux enquêtes montrent un même phénomène, le besoin de reconnaissance est plus souvent évoqué par les candidats les moins qualifiés.

La VAE totale favorise aussi le retour en formation

Enquête Fongecif.

À la suite d’une validation totale, 23% des personnes avaient entrepris une formation pour obtenir un diplôme ou une certification plus élevée et 39% d’entre elles en ressentaient le besoin. A l’issue d’une VAE totale donc, la formation est envisagée par 62% des candidats.

 

Enquête RUOA.

Suite à la VAE, 30% des participants ont accédé à de nouvelles responsabilités professionnelles, 29% ont repris des études; alors que le quart (24%) n’a pas constaté d’impacts. Les chercheurs précisent que le résultat de l’absence d’impact doit être nuancé puisque la moitié des participants qui l’ont mentionné venait de terminer leur VAE au moment de l’enquête. Si on les exclue, on peut considérer que c’est la moitié des candidats qui ont fait un retour aux études.

Suite à la VAE, nombreux sont les participants à avoir constater des changements dans leur vie personnelle. Ainsi, pour une bonne partie d’entre eux, la VAE : leur a permis de faire émerger de nouveaux projets (57%), leur a donné l’envie d’apprendre (53%), leur a donné une meilleure opinion d’eux-mêmes (54%) et plus de confiance en soi (43%).

L’élaboration d’un dossier de VAE, un exercice exigeant mais enrichissant

Dans l’enquête du RUOA, une question portait sur les moments marquants de l’élaboration du dossier VAE. Les candidats ont répondu ceci : la mise en mots de sa pratique (66%), l’occasion de faire le point sur ses activités (66%) et la prise de conscience de ses compétences (65%). Les ouvriers de First Aquitaine Industrie (voir article sur les démarches collectives) ont aussi mis l’accent sur la « satisfaction d’expliquer ce qu’ils savent faire ».

Reste que cet exercice est exigeant parce qu’il mobilise des capacités de verbalisation, de formalisation, d’analyse et de distanciation que tous les candidats ne possèdent pas au même degré. Si bien qu’il n’est pas étonnant qu’une bonne proportion de candidats du Fongecif (47%) et du RUOA (40%) éprouve des difficultés à rédiger le dossier de VAE.

Pour conclure

Avec l’enquête du Fongecif, nous avons vu que la VAE française est bien publicisée et que l’expérience des personnes qui l’ont vécue est positive au point où ils persuadent leurs proches de s’y engager. Nous avons vu aussi que l’aide pour le choix de la certification provient d’organismes neutres, qui ne valident pas. Ajoutons à cela la présence de dispositifs d’accompagnement pour le montage du dossier VAE, de programmes de financement qui favorisent les initiatives individuelles de VAE et les démarches collectives en entreprise, les investissements de la France dans son système de reconnaissance des acquis d’apprentissage non formels et informels sont considérables.

Des taux d’abandons de la démarche relativement faibles (15%, 20%); des taux d’échec de la démarche encore plus faibles (autour de 5%, 10%); le nombre de validations totales supérieur ou égal au nombre de validations partielles : voilà des indicateurs qui montrent que la VAE française fonctionne bien. Un succès d’autant intéressant que la méthode choisie par la France pour évaluer et valider les acquis de l’expérience est l’une des plus exigeante qui soit et ce, pour tous les acteurs : candidats, accompagnateurs, valideurs.

Bien sûr, tout n’est pas parfait, le système a des lacunes et les rapports d’évaluation d’Éric Besson et de Vincent Merle sont là pour en témoigner.

Notes

  1. Les Fonds de gestion des congés individuels de formation (FONGECIF) sont des organismes paritaires qui gèrent les congés individuels de formation (CIF), les congés de bilan de compétences (CBC) et les congés VAE, des dispositifs prévus par l’État et les partenaires sociaux pour favoriser les initiatives individuelles de formation.
  2. (Besson, 2008 : 19)
  3. (DARES, 2008 : 5, tableau 3)

Références

Fongecif (2011). Enquête parcours VAE en 2011. Fongecif Île de France.

Cazautets, É. et Garcia, A. (2009). Étude des effets de la VAE sur les parcours de vie professionnels. Réseau des universités de l’Ouest Atlantique, 2009.

DARES (2008). Le parcours des candidats à la validation par les acquis de l’expérience des titres et diplômes de niveau V : mieux vaut être accompagné et diplômé pour réussir. Premières informations Synthèses, n. 34.2

Les rapports d’évaluation de la VAE :

Besson, É. (2008). Valoriser l’acquis de l’expérience, une évaluation du dispositif VAE. Secrétariat d’État à la prospective, de l’évaluation des politiques publiques et du développement de l’économie numérique, Rapport, septembre.

Merle, V. (2008). Rapport à Monsieur Laurent Wauquiez, Secrétaire d’État à l’emploi. Groupe

Extrait

Les résultats des enquêtes sur la VAE confortent les statistiques nationales : faibles taux d’abandon et d’échec de la démarche; nombre de validations complètes supérieur ou égal au nombre de validations partielles. Ils montrent aussi que la VAE répond à un désir de reconnaissance et d’évolution et que la dimension réflexive de la démarche a bien cette capacité de faire prendre conscience aux personnes de ce qu’elles valent et partant, de les mettre en mouvement sur leur trajectoire professionnelle. Un des résultats les plus étonnants c’est le retour en formation qui suit même les VAE complètes.

L’Observatoire compétences-emplois (OCE) est un centre de recherche et de transfert de connaissances sur le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d’oeuvre basée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’OCE regroupe des chercheurs et des professionnels de différentes disciplines qui ont une expertise fine du domaine.

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