Mars 2016 | Vol. 6 | N°4

Consolider le lien formation-emploi : l’expérience européenne

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Le 2 novembre dernier, le Dr Van Loo présentait, au Colloque sur les innovations et bonnes pratiques de partenariat entre l’école et l’entreprise, les résultats du suivi réalisé par le Centre européen pour le développement de la formation professionnelle (Cedefop) sur les politiques et réformes d’éducation et de formation professionnelles mises en place de 2010 à 2014 dans les 28 États membres de l’Union européenne, l’Islande et la Norvège. Que retenir fondamentalement de cet exposé ? Cinq points.

  1. Que le Communiqué de Bruges a marqué le début d’une nouvelle ère pour la consolidation du lien formation-emploi. Selon le Cedefop (2015a), il a eu des effets significatifs (93% des cas) sur les systèmes éducatifs nationaux : inspirant des réformes (50%), donnant une impulsion nouvelle à des réformes en cours (23%), ou en ayant des impacts au moyen des instruments européens (20%).
  2. Que les principales transformations nationales opérées depuis 2010 sont la réforme des systèmes d’éducation et de formation professionnelles avec des changements législatifs ou politiques.
  3. Que l’éducation et la formation professionnelles se sont développées de façon dynamique dans les pays. La Bulgarie, l’Estonie, la Grèce, la Croatie, le Portugal, la Pologne et la Roumanie ont quelque peu rattrapé leur retard initial de 2010. Les pays ayant un système dual (Allemagne, Finlande, Luxembourg, Pays-Bas, Malte, Autriche) ont adapté le système existant ou pris de nouvelles mesures pour étendre ses dispositifs.
  4. Que l’apprentissage en milieu de travail occupe une place privilégiée dans les réformes et politiques mises en place.
  5. Que le Communiqué de Bruges constitue un moyen important pour la durabilité des actions. Dans une analyse comparative internationale, Cedefop observe, pour la première fois, une corrélation entre les mesures prises et la situation du marché.

Nous apprenons également que le lien entre la formation et l’emploi ne doit pas être appréhendé en vase clos. Il fait partie intégrante du système d’éducation et de formation d’un pays et de son tissu économique et social.

L’expérience européenne en bref

L’expérience européenne d’adéquation formation emploi, c’est une stratégie globale axée sur quatre principaux objectifs (Cedefop, 2015a).

  • Améliorer l’attractivité et la pertinence de l’EFP et renforcer sa qualité et son efficacité
  • Faire de l’éducation et de la formation tout au long de la vie et de la mobilité une réalité dans l’EFP
  • Encourager la créativité, l’innovation et l’esprit d’entreprise dans l’EFP
  • Ouvrir l’EFP à tous

Ce sont également des actions nationales diversifiées en fonction des ressources et compétences de chaque pays, des actions témoignant de l’engagement des pays vis-à-vis de cette stratégie. Elles privilégient :

Un lien renouvelé entre l’éducation et la formation professionnelles avec, par exemple, le développement des cadres nationaux de certifications (CNC) reliés au cadre européen des certifications (CEC) ; l’apprentissage conduisant à un diplôme de l’enseignement supérieur (Italie, Royaume-Uni, Suède) ; des moyens de promotion de l’apprentissage (Bulgarie, Estonie) ; des accords bilatéraux de stages à l’étranger (Espagne).

La promotion de l’éducation et de la formation tout au long de la vie en encourageant l’apprentissage par le travail lié à l’emploi pour les adultes (Cedefop 2015c) avec des certifications sanctionnant les formations en apprentissage (Italie et au Royaume-Uni) ; des droits aux congés de formation (Luxembourg, Portugal) ; des nouveaux référentiels et méthodes pour l’orientation des adultes au chômage ; des bases légales pour l’enseignement à distance (Pologne) ; de la formation en agriculture pour des primo demandeurs d’emploi (France) ; de la formation des formateurs (Slovaquie, Malte), etc.

La stimulation de la créativité, de l’innovation et de l’esprit d’entreprise dans l’EFP avec un module ou une matière de formation à l’esprit d’entreprise (Danemark, Estonie, France, Norvège, Pologne, Roumanie, Espagne, Slovénie) ; l’implantation de centres de formation inter-entreprises (Slovanie) ou de groupes sectoriels d’EFP dans les écoles (Roumanie) ; l’organisation de concours d’innovation (République tchèque, Lettonie, Royaume-Uni, Pays de galles) ; l’usage de méthodes et supports d’enseignement innovants (République tchèque) ; la création d’un pacte technologique pour des programmes d’études communs avec l’entreprise (Hollande), etc.

La lutte contre le décrochage avec un EFP plus court et attractif (Pays-Bas) ; des cours à temps partiel pour des qualifications manquées (Malte) ; une nouvelle législation pour les allocations de chômage des jeunes (Danemark) ; l’implication de mentors volontaires du monde des affaires (Luxembourg) ; l’EFP de base (Espagne) ; des programmes passerelles valorisant les compétences de gestion de carrière et permettant l’acquisition de compétences clés (plusieurs pays) (Cedefop, 2013b). Le taux élevé de participation à l’EFP (et la forte proportion de diplômés de cette voie) est corrélé à un faible taux de sortie précoce (Cedefop, 2015d).

Un processus se donnant les moyens d’une perpétuelle amélioration

L’adéquation formation emploi en Europe, c’est un processus avec des dispositifs institutionnels permettant d’évaluer les résultats sur une base constante, d’actualiser et si possible de réviser et/ou d’améliorer les actions.

Les défis actuels à relever concernent d’une modeste reprise économique (Cedefop, 2015b), la surqualification croissante de diplômés et la sous-qualification des chômeurs rentrant sur le marché de travail (Cedefop, 2015d).

Les projections du marché de travail à l’horizon de 2025 laissent planer de nouveaux défis à long terme. En effet, les secteurs des services aux entreprises et aux particuliers, de la distribution, des transports et des services non marchands connaitront la plus grande part de la croissance globale de l’emploi. La proportion de travailleurs hautement qualifiés atteindra environ 44,1 % : 16 % dans les services directs aux particuliers et 13 % dans le commerce et la vente et 13% pour les professions intermédiaires (application de concepts, de processus et de réglementations dans l’ingénierie, les soins de santé, les affaires et le secteur public) et les professions élémentaires (emplois exigeant traditionnellement peu ou pas de qualifications). La plupart des emplois exigeront des qualifications de niveau élevé et seront « difficilement remplaçables par la technologie, les changements organisationnels ou l’externalisation. Il s’agira de métiers exigeant de penser, communiquer, organiser et décider ». Et 24 % des emplois seront dans les professions intellectuelles et scientifiques (sciences, ingénierie, soins de santé, affaires, éducation) (Cedefop 2015b, 2013a).

Des leçons

La force de l’expérience européenne en matière d’adéquation formation emploi repose sur l’élaboration d’une stratégie globale d’action qui donne aux pays une vision d’ensemble et des directives qui stimulent la coopération et l’apprentissage politique, étant entendu par cette expression que les pays apprennent les uns des autres en situation d’élaboration de leurs politiques et de mise en œuvre de leurs réformes. Et tout cela donne des résultats positifs.

Elle repose également sur un monitoring constant réalisé par le Cedefop qui analyse les tendances, évalue les actions et les impacts de l’éducation et de la formation professionnelle des pays européens à l’aide, entre autres, d’un tableau de bord d’indicateurs prévus à cet effet. Dans un article précédent, nous avons présenté ce tableau de bord et ces indicateurs.

L’adéquation formation emploi québécoise devrait elle aussi faire l’objet d’une stratégie globale, ce qui n’est pas le cas actuellement. La démarche devrait être concertée, englobante et inclusive impliquant tous les acteurs sociaux et favorisant la coopération et l’intégration de ceux-ci dans les décisions. Pour cela, il faudrait du leadership, des mécanismes de coordination et de communication. Et cela manque aussi.

Références

Extrait

La force de l’expérience européenne en matière d’adéquation formation emploi repose sur l’élaboration d’une stratégie globale d’action qui donne aux pays une vision d’ensemble et des directives qui stimulent la coopération et l’apprentissage politique, étant entendu par cette expression que les pays apprennent les uns des autres en situation d’élaboration de leurs politiques et de mise en œuvre de leurs réformes. Et tout cela donne des résultats positifs.

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