Juin 2018 | Vol. 9 | N°1 Pratiques d'ici Imprimer cet article Imprimer cet article

Intégration, qualification et progression professionnelles pour des personnes éloignées du marché du travail

| juin 2018

En 2014, AXTRA, l’Alliance des centres-conseils en emploi 1)Anciennement connue sous le nom Regroupement québécois des organismes pour le développement de l’employabilité (RQuODE). et Détail Québec, le Comité sectoriel de main-d’œuvre en commerce de détail, ont mis sur pied des stages en milieu de travail pour les personnes éloignées du marché du travail. Pour l’heure, six projets ont vu le jour impliquant 110 entreprises, 15 centres-conseils en emploi et 225 participants dans 10 régions du Québec (AXTRA ; 2018 : 10).

Ce projet permet d’agir, avec efficacité, sur une problématique à laquelle nous allons devoir accorder de plus en plus d’importance comme société. Gabrielle St-Cyr et Mylène Mattei d’AXTRA, que nous avons rencontrées pour parler de ce projet, le disent avec beaucoup de justesse, « plus on tend vers le plein emploi et la rareté de main-d’œuvre, plus les employeurs vont devoir se tourner vers ces clientèles-là ».

Quant à Détail Québec, il y trouve aussi son compte considérant les besoins constants et pressants de main-d’œuvre des entreprises du commerce de détail, un secteur où la présence des étudiants est forte (17% de la main-d’œuvre) et où le roulement du personnel est un problème pour un peu plus du quart des établissements. Gabrielle St-Cyr et Mylène Mattei précisent : « Dans le commerce de détail, le besoin des employeurs est à très court terme, quand ils veulent embaucher quelqu’un, la personne doit être en poste dans les prochains jours, dans les prochaines semaines ».

L’origine du projet

L’idée du projet émane des organismes en employabilité que représente AXTRA. « Quand ils ont su qu’il y avait des stages rémunérés qui pouvaient se réaliser dans différents secteurs d’activités, quelques membres ont manifesté un intérêt pour le commerce de détail et on a contacté Détail Québec » précisent Gabrielle St-Cyr et Mylène Mattei.

Pour situer le contexte, la Commission des partenaires du marché du travail venait de lancer un programme de subvention de stages destinés à des personnes sans emploi et sous-représentées sur le marché du travail. Ce programme existe encore aujourd’hui et vise l’intégration (et le maintien) en emploi de ces personnes via des activités de développement de compétences sur un poste de travail 2)Aujourd’hui volet 4 du Programme de soutien collectif à l’adéquation formation-emploi, 2017-2018. Pour plus d’informations sur ce programme, téléchargez le Guide à l’usage des promoteurs collectifs sur le site de la Commission des partenaires du marché du travail.. De plus, la Stratégie nationale sur la main-d’œuvre 2018-2013 du Gouvernement du Québec réitère la pertinence de mesures à destination de cette clientèle (section 3, orientation 2).

Le modus operandi

Les centres-conseils en emploi démarchent les employeurs et, dans bien des cas, la clientèle. Pour Gabrielle St-Cyr et Mylène Mattei, « la partie la plus difficile c’est de convaincre les employeurs parce que tous ne sont pas sensibilisés à l’utilité de la formation ». Détail Québec fait aussi la promotion du projet auprès des entreprises.

Les stages ont une durée de huit semaines. Les stagiaires sont embauchés par les entreprises pour un minimum de 30 heures par semaine sur lesquelles cinq sont réservées à de la formation. En fait, il s’agit plutôt d’une autoformation supervisée par des tuteurs. Le matériel pédagogique provient de Détail Québec qui a développé des guides d’apprentissage sur la base de la norme professionnelle de conseiller-vendeur.

Les stagiaires disposent ainsi de cinq heures pour se former sur les compétences spécifiques du métier de conseiller-vendeur, consacrant le reste du temps à les mettre en pratique dans le quotidien du travail en entreprise. Selon Gabrielle St-Cyr et Mylène Mattei, la formule s’apparente à une formation en alternance, « les stagiaires bénéficiant d’une formation qu’ils mettent tout de suite en application dans le milieu de travail ». Dans ce processus, ils sont accompagnés et supervisés sur une base hebdomadaire par des professionnels en employabilité qui agissent comme tuteurs. Ces tuteurs reçoivent une formation de Détail Québec qui les habilite (1) à établir un plan de formation et à ajuster le matériel pédagogique en fonction des besoins des entreprises et (2) à superviser la formation des participants.

Tout au long du processus, les tuteurs offrent un accompagnement personnalisé aux stagiaires sur les savoir-être. Ils interviennent aussi auprès des employeurs pour favoriser l’intégration des stagiaires dans le milieu de travail. Selon les cas, ils peuvent faire une évaluation de mi-parcours afin de déterminer le niveau de développement des compétences des stagiaires. Cette évaluation leur permet de faire des adaptations ponctuelles à la formation de manière à la rendre plus près des besoins des stagiaires et des entreprises.

Au terme du processus, les stagiaires suivent une formation sur l’expérience client pour clôturer leur stage et consolider leurs apprentissages. La formation est donnée le plus souvent à distance en mode synchrone, par un formateur agréé.

Les retombées

Des six projets qui ont vu le jour, le premier est terminé. Débuté en 2014, ce projet s’est déroulé dans trois régions, dans 28 entreprises, pour un total de 47 stagiaires. Au final, ils ont tous terminé leur formation et trois mois plus tard 85% était encore en emploi dans la même entreprise.

Auprès des employés

Pour Gabrielle St-Cyr et Mylène Mattei, bénéficier d’une formation structurée dès l’embauche donne confiance aux employés et les fidélise à l’entreprise. « Les employés sont plus à l’aise dans leur emploi dès le départ et sachant que l’employeur a investi du temps et de l’argent pour leur formation, ils sont plus fidèles aussi ».

Et s’ils veulent progresser dans le métier, au bout d’un an, ils peuvent aller chercher le certificat de qualification professionnelle de conseiller-vendeur offert par Détail Québec et délivré par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MESS). Plus tard, s’ils veulent devenir superviseur, il y a une formation dispensée par Détail Québec qui mène à un certificat de qualification professionnelle. « Il y a des employeurs qui ont fait grimper dans l’échelon de l’entreprise certains de nos stagiaires en l’espace de trois mois » précisent Gabrielle St-Cyr et Mylène Mattei.

Il y a en outre une retombée sur les autres employés de l’entreprise. D’abord, il y a des employeurs qui profitent du projet pour former d’autres employés. Aussi, comme ce sont généralement des PME, le contenu de la formation se diffuse dans les petites équipes au moyen des échanges quotidiens entre le stagiaire et les autres employés.

Auprès des employeurs

Pour les employeurs, la retombée est double puisqu’ils peuvent, à très court terme, combler un besoin de main-d’œuvre avec du personnel mieux formé. Gabrielle St-Cyr et Mylène Mattei rapportent le commentaire d’un employeur qui va dans ce sens : «  Vous avez changé la vie de cet employé, vous lui avez donné des ailes et vous m’avez permis d’avoir un employé formé en qui j’ai confiance ». Le tout, sans compter les avantages sur le plan financier puisque 50% du salaire de la personne est assumé par la subvention.

Une autre retombée, c’est la sensibilisation de l’entreprise à la formation. Pour Gabrielle St-Cyr et Mylène Mattei, le fait d’avoir fait l’expérience d’une formation plus structurée sur huit semaines – et du matériel de formation très concret produit par Détail Québec – peut inciter les employeurs à mieux former leurs nouveaux employés dans l’avenir en utilisant le matériel de formation développé par Détail Québec.

Un coup double, trois ingrédients

Le projet a bien atteint ce que l’on peut considérer comme des objectifs qui ne vont pas spontanément ensemble : intégrer et maintenir en emploi des personnes qui en sont éloignées et offrir de la main-d’œuvre à des entreprises qui en ont bien besoin, de surcroît, formée au métier, ce qui n’est légion dans ce secteur d’activités.

Derrière ce coup double, il y a des ingrédients.

  1. Le premier, c’est l’existence d’un programme de subvention qui en permet la réalisation. Un programme mis sur pied par un gouvernement et des partenaires sensibles à l’état de situation des personnes qui sont éloignées du marché du travail. On voit bien ici l’avantage d’un État qui travaille en concertation avec les partenaires du marché du travail dont les organismes communautaires et d’économie sociale.
  2. Le deuxième, c’est l’intervention de professionnels en employabilité. Gabrielle St-Cyr et Mylène Mattei précisent : « L’échange est individualisée, il répond aux besoins, aux inquiétudes et aux préoccupations des stagiaires et le lien qui se crée avec le tuteur leur permet d’avoir plus confiance dans leurs moyens ». D’instinct, pour peu que nous nous mettions dans la peau des personnes éloignées du marché du travail, nous saisissons l’importance pour elles de bénéficier de la présence, de l’écoute et des conseils d’une ressource qui a l’expertise professionnelle pour les accompagner. Rares sont les employeurs qui ont la patience, le temps et le savoir-faire pour le faire et, de toute façon, ce n’est pas leur métier.
  3. Le troisième ingrédient, c’est la formation. Une formation qui, même si elle est courte et qu’elle ne conduit pas à une certification immédiate, donne à voir la possibilité – et c’est là un apport considérable – à des personnes qui n’avaient pas de projet professionnel, d’acquérir une qualification et de progresser dans un métier.

Notes   [ + ]

1. Anciennement connue sous le nom Regroupement québécois des organismes pour le développement de l’employabilité (RQuODE).
2. Aujourd’hui volet 4 du Programme de soutien collectif à l’adéquation formation-emploi, 2017-2018. Pour plus d’informations sur ce programme, téléchargez le Guide à l’usage des promoteurs collectifs sur le site de la Commission des partenaires du marché du travail.

Références

  • AXTRA (2018). Rapport d’activité 2017-2018. Québec, disponible sur le site d’AXTRA.

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