Mars 2016 | Vol. 6 | N°4 Dossier Imprimer cet article Imprimer cet article

Formation en alternance et partenariat école-entreprise, point de vue des acteurs concernés

| février 2016

En novembre dernier, l’Observatoire compétences-emplois, les Manufacturiers exportateurs et la Commission des partenaires du marché du travail ont organisé le colloque sur l’adéquation formation-emploi. Diverses activités, dont un World Café et un Forum Ouvert, ont été réalisées afin de permettre aux participants d’apporter leurs réflexions sur le sujet de la formation en alternance et du partenariat école/entreprise. Il ressort que ces questions suscitent un intérêt marqué dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre et de baisse de fréquentation de la formation professionnelle et technique (FPT). Néanmoins, s’il y a accord sur la nécessité de changer, les points de vue divergent sur l’intensité. Alors que certains spécifient qu’il faut « changer, oui, mais pas trop », d’autres souhaitent un changement de paradigme. Cet article dresse un bilan des discussions et présente les freins et les propulseurs à une éventuelle transformation de la FPT pour une meilleure adéquation formation-emploi.

Freins et enjeux

Les participants ont identifié plusieurs freins et enjeux quant à une transformation de la formation professionnelle et technique. Ils ont été regroupés en trois grandes catégories : le financement, la structure du système d’éducation et les entreprises.

Le financement est une question sensible relevée de manière systématique. En bref, il limite, voire freine, l’innovation.
  • La rigidité des règles de financement constitue un frein à plusieurs points de vue. Notamment, les subventions en fonction du statut à temps plein ou à temps partiel limitent l’ouverture aux étudiants adultes à certains niveaux de formation. C’est laborieux, et même parfois impossible, d’adapter une formation en fonction des publics à besoins particuliers.
  • Dans le contexte actuel de coupures et de budgets restreints, il est difficile de développer de nouvelles approches. Or, un participant rappelle que pour « pouvoir induire le changement, il faut pouvoir investir dans les ressources conséquentes. »
  • La pérennité du financement des modèles innovants a aussi été soulevée. S’il y a de beaux modèles développés dans la province, ces derniers sont dépendants de subventions souvent ponctuelles. Dans ce cas, comment maintenir et diffuser les innovations et les bonnes pratiques? Si le passé est garant de l’avenir, plusieurs expériences porteuses risquent d’être oubliées ou non-renouvelées.
La structure du système d’éducation a été remise en question. De nombreux participants la perçoivent comme un frein à la transformation de la formation professionnelle et technique.
  • Le système d’éducation s’inscrit dans une structure rigide difficile à modifier. Les innovateurs doivent « tricoter » pour concevoir de nouveaux modèles de formation.
  • Le fonctionnement en silo limite les échanges et la collaboration entre les niveaux de formation – mais aussi au sein d’un même niveau. De fait, les établissements de formation et les différentes instances associées paraissent ne pas communiquer entre eux.
  • Ce fonctionnement en silo accompagne – ou explique – le manque de fluidité entre les niveaux formations. Sauf exception, les passerelles DEP-DEC ou DEC-BAC ne sont pas « naturelles ». Cela crée des culs-de-sac en matière de parcours scolaire.
  • Des participants signalent qu’il y a redondance de l’offre entre les niveaux de formation, par exemple, entre des AEP et des AEC. Aussi, il y a de la concurrence entre les établissements de formation, que ce soit à travers les services aux entreprises ou l’offre de formation.
  • Le temps de conception d’un nouveau programme, ou de révision d’un programme existant, a été critiqué. En effet, le processus peut prendre jusqu’à 7 ans, ce qui est nettement trop long dans une perspective d’adéquation formation emploi. Les formations courtes comme les AEC et les formations des services aux entreprises ont été présentées comme des solutions pour faire face à cet enjeu.
  • Un groupe s’interroge « le fonctionnement par territoire est-il encore pertinent? »
Finalement, les entreprises font partie des enjeux clés soulevés. Non pas parce qu’elles freinent le changement, mais parce qu’elles sont relativement absentes. Comment les mobiliser et comment les intégrer ? Cette réflexion s’élargit aussi aux associations d’employeurs, chambres de commerce, etc.
  • Les entreprises s’engagent peu dans la formation. Certains participants lancent un appel vibrant à la transformation de leur rôle : celles-ci doivent passer de consommatrices à formatrices.
  • Toutefois, cela implique que les acteurs du système d’éducation soient ouverts à partager des responsabilités éducatives avec ces nouveaux acteurs. Est-ce actuellement le cas? L’interrogation est pertinente, considérant que plusieurs participants ont émis des doutes sur la capacité des superviseurs ou des compagnons en entreprise à assurer une formation de qualité.
  • La méfiance entre le système éducatif et les entreprises a été relevée dans l’affirmation suivante : « ‘Nous’ faisons la bonne chose, pas ‘eux’ ». Cette réflexion veut souligner que l’école et l’entreprise jugent que ‘l’autre’ ne fait pas correctement les choses. Il y a des perceptions négatives de part et d’autre. « Comment faire tomber ces résistances? »
  • Il n’y a pas que les entreprises qui sont concernées par cette idée de mobilisation. Les comités sectoriels et les organismes en employabilité sont également cités comme étant peu mobilisés. Pourtant, ils connaissent bien leurs dossiers et leur apport serait pertinent pour assurer l’adéquation formation-emploi.

Le système actuel connaît plusieurs limites, oui, mais tout n’est pas noir. Les participants ont également identifié des solutions possibles.

Propulseurs et solutions

Des solutions, ou propulseurs, ont été identifiés. Ils ont été regroupés sous les thèmes de la gouvernance, du partenariat, de l’entreprise, de la diversification de la formation et de la clientèle.

La gouvernance d’un système de formation en alternance soulève la question de savoir qui aura la légitimité de le mettre en place et de le coordonner. L’organisme en charge devra assurer un leadership et avoir une forte légitimité, fondée sur une volonté politique affirmée. Aucun organisme existant ne semble être en mesure de rallier tout le monde. Plusieurs participants appellent à la création d’une nouvelle entité partenariale, qui intègrerait des représentants du ministère de l’Éducation, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, du ministère de l’Emploi et de la Solidarité Sociale et d’autres ministères. Seraient aussi inclus des représentants du réseau de l’éducation, d’entreprises et d’associations patronales, de syndicats, de comités sectoriels de main-d’œuvre et d’organismes en employabilité. Bref, une série d’acteurs qui restent peu mobilisés à l’heure actuelle. Un groupe a même ajouté les chercheurs à la liste.

En lien avec la gouvernance, il y a un appel au partenariat. Les participants souhaitent une concertation et une collaboration accrues entre les acteurs. Ces partenaires, ce sont les mêmes qui pourraient être appelés à siéger sur l’organisme assurant la gouvernance.

  • Les participants affichent une forte volonté à travailler ensemble, à s’ouvrir à de nouveaux acteurs normalement en dehors du système d’éducation.
  • Certains se demandent comment accompagner les écoles, les enseignants, dans ces nouveaux rôles qui leur seront attribués.
  • Afin d’inciter les différentes parties prenantes à collaborer, des participants proposent de créer des incitatifs financiers favorisant les partenariats.
  • Quelques-uns ont donné en exemple les conseils inter-ordre en éducation, qui permettent de résoudre les problèmes de silos en éducation dans certaines régions.

Les débats ont illustré le souci des intervenants à voir l’entreprise prendre une place plus importante dans une formation en alternance. La question est de savoir comment les mobiliser, tout en assurant un équilibre des rôles de chacun. Dans tous les cas, les entreprises et leurs représentants doivent faire partie de la solution.

Plusieurs réflexions ont été réunies sous le thème de la diversification de la formation. Elles sont en quelque sorte une réponse à la rigidité du système d’éducation. Il s’agit d’un appel à l’innovation : on souhaite flexibiliser les parcours, pérenniser les « bons coups » et adapter les bonnes pratiques en allant s’inspirer de ce qui se fait localement et internationalement.

  • Il faut développer les passerelles entre les différents ordres de formations. Cette idée est centrale et ne se limite pas aux programmes de l’Éducation. Par exemple, le PAMT pourrait-il, lui aussi, faire l’objet d’une passerelle? Ainsi que d’autres formations? Le DEP-PAMT présenté durant le colloque suscite à cet effet de nombreuses réflexions. L’idée ici est de rendre plus attrayantes certaines formations et d’éviter les culs-de-sac.
  • Il faut expérimenter différents modèles pour voir ce qui conviendrait le mieux au Québec. Par ailleurs, il y a matière à utiliser les technologies de l’information et des communications pour développer des formations en alternance.
  • Il existe déjà de nombreux outils. Un groupe s’interroge à savoir s’il serait possible de mieux exploiter les AEC, AEP, SAE et leur formation sur mesure, la RAC, l’ATE et le PAMT? Il y a une diversité de parcours existants. Comment en prendre compte? Comment intégrer le tout pour favoriser la formation en alternance et faire de l’adéquation formation-emploi?

Finalement, la clientèle ne doit pas être oubliée. Il est important qu’elle acquière les compétences nécessaires pour occuper un métier donné dans le cadre d’une formation de qualité. Les questions sont multiples en ce qui a trait à la clientèle.

  • Quel statut conférer à l’apprenant? Est-il travailleur? Étudiant? Faut-il plutôt créer un statut d’apprenti, avec un corpus législatif, comme c’est le cas par exemple en Suisse? Une clarification est requise.
  • Il serait plus sage de parler de clientèles au pluriel. En effet, celle-ci s’est diversifiée. Notamment, en formation professionnelle, la moyenne d’âge est de 29 ans. Comment tenir compte de cette présence adulte en formation? Et répondre à leurs besoins, sans négliger les jeunes? Et quelle place faire aux immigrants, ou aux étudiants à besoins particuliers?
  • L’attraction de la clientèle reste très importante. De nombreuses formations professionnelles et techniques connaissent de faibles taux d’inscription. Dans ce cas, comment susciter l’intérêt pour ces formations? L’alternance ne serait-elle pas un atout majeur pour attirer des étudiants, en plus d’une meilleure promotion de ces formations?

Une chose est claire : l’adéquation formation-emploi et la transformation de la formation professionnelle et technique sont un débat chaud. Les parties prenantes ont chacune leur point de vue sur la question et sur les innovations à apporter, mais plusieurs solutions sont déjà rassembleuses. Dans tous les cas, le changement passera par une implication collective et une ouverture des différents partenaires de la société.

En savoir plus

Téléchargez les présentations et visionnez les conférences du colloque.
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2 réflexions sur « Formation en alternance et partenariat école-entreprise, point de vue des acteurs concernés »

  1. Patrice Allard dit :

    Réflexions intéressantes et fort à propos, notamment pour les nouveaux arrivants. À juger par la photo, les débats ont été animés! Quelles sont les suites prévues ?

    Merci.

    1. Marguerite Wotto Marguerite Wotto dit :

      Merci de votre intérêt pour nos publications. En guise de suite, l’Observatoire compétences emplois, comme une instance de veille, continuera d’alimenter la réflexion sur le partenariat éducatif entre l’école et l’entreprise. D’ailleurs, c’est intéressant que vous souleviez la question des nouveaux arrivants parce que notre prochain colloque va porter sur l’immigration. Tous nos abonnés seront cordialement invités.

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