Juin 2018 | Vol. 9 | N°1 Recherche Imprimer cet article Imprimer cet article

Faire autrement les politiques publiques

| juin 2018

Au Canada, comme ailleurs dans le monde, il y a une prise de conscience des États à l’effet que les façons que nous avons de concevoir et mettre en oeuvre les politiques publiques – linéaires et unilatérales – sont inopérantes en regard de la complexité du monde d’aujourd’hui. Il faut changer.

En 2017, le gouvernement canadien crée, à cet effet, l’Unité de l’impact et de l’innovation. Cette instance est chargée de diriger les changements à l’intérieur de la fonction publique en mettant l’accent sur le « comment ». Phénomène intéressant, elle s’appuie sur une théorie du changement bien étoffée. Le Québec s’engage aussi sur cette voie dans la Stratégie numérique du gouvernement. La troisième orientation intitulée « pour une administration transparente et efficiente » propose de bâtir une « administration publique transparente qui se transforme par le numérique pour offrir une expérience centrée sur la personne ».

L’Institut Brookfield pour l’innovation et l’entrepreneuriat (BII + E) de l’Université Ryerson à Toronto vient de publier un document sur le sujet, intitulé « Exploring Policy Innovation : Tools, Techniques + Approaches ». Court, concis, bien illustré, en quatre sections on fait le tour de ce qui ne va pas, de ce qu’il faut changer et comment. Ce rapport est d’autant intéressant qu’il donne des exemples de projets canadiens.

L’innovation dans le secteur public

Dans une première section, les auteurs exposent ce qu’est l’innovation dans le secteur public. Ils distinguent trois champs d’action :

  • Innovation dans les politiques : nouveaux processus, outils et pratiques utilisés pour la conception et le développement de politiques qui permettent de mieux résoudre les problèmes complexes.
  • Innovation dans les services : nouveaux processus, outils et pratiques utilisés pour concevoir des services qui se traduisent par des expériences citoyennes de grande qualité.
  • Innovation au niveau des structures et processus de l’appareil gouvernemental.
Trois champs d’intervention

Source : Brookfield Institute (2018)

Anciennes façons de faire

Dans la troisième section, ils présentent le cycle traditionnel du développement des politiques. Le cycle comprend six étapes : l’identification du problème, la recherche et l’analyse, le développement de solutions, la décision, la mise en œuvre et l’évaluation. À chacune de ces étapes, les pratiques qui réduisent l’efficacité du processus. Pourquoi :

  1. Le mandat politique dicte les solutions. Il y a peu d’espace pour la définition du problème.
  2. La recherche se fait dans les bureaux sur la documentation existante et les pratiques en vigueur ailleurs. Il y a des obstacles systémiques à la recherche sur le terrain, à l’ethographie, à la co-conception qui permettrait aux décideurs d’accéder à l’expérience vécue et aux besoins des personnes touchées par le problème.
  3. Le public est consulté sur ses préférences et non sur les problèmes.
  4. Les solutions sont planifiées et financées sur la base de besoins hypothétiques, elles ne sont pas suffisamment testées dans le «monde réel».
  5. Il existe un écart entre la planification et la mise en œuvre des politiques. Les analystes et les planificateurs ont du mal à répondre aux besoins concrets des responsables de la mise en œuvre sur le terrain. Les canaux de communication ne permettent pas l’apprentissage entre les deux parties.
  6. Bien que l’évaluation soit hypothétiquement reconnue comme importante, elle est rarement mise en œuvre pour l’amélioration des politiques.
Les contraintes du cycle traditionnel du développement des politiques

Source : Brookfield Institute (2018)

Nouvelles façons de faire

Et là on revient à la deuxième section qui présente les approches et les outils pour innover. Les approches sont situées sur un plan cartésien : à gauche celles utilisées pour l’innovation dans les services, à droite, celles utilisées pour l’innovation dans les politiques, en haut celles qui préconisent la collaboration avec la société civile, en bas, la collaboration avec des experts. Les auteurs décrivent brièvement chacune des approches pour lesquelles ils donnent des exemples canadiens.

La carte des approches

Source : Brookfield Institute (2018)

Sans toutes les décrire, prenons l’une d’entre elles pour exemple : la « politique ouverte et numérique » (open and digitally enabled policy). Voici ce qu’ils en disent :

« Les outils numériques créent des occasions de rapprocher les citoyens du processus d’élaboration des politiques et de rapprocher le gouvernement des besoins des citoyens. La participation de masse à l’élaboration des politiques a toujours été difficile à mettre en œuvre, mais les logiciels numériques basés sur l’infonuagique, comme IdeaScale, facilitent la participation électronique des citoyens. Parmi les autres exemples, mentionnons le programme d’ Innovation civique et d’innovation de la Ville de Calgary, utilisé pour soutenir le crowdsourcing en ligne, et les discussions sur le budget en Ontario. » Les auteurs terminent par cette mise en garde : « Bien que les outils numériques devraient jouer un rôle important dans tout engagement public, ils doivent être couplés à des formes d’engagement analogues qui facilitent la délibération, le débat et la discussion en personne ».

Possibilités qui s’offrent aux praticiens de l’innovation

Enfin, une dernière section, dédiée aux praticiens de l’innovation, montre les écueils auxquels ils peuvent être confrontés dans l’action tout en leur donnant des idées pour faire autrement. Les auteurs identifient sept écueils. Sans les reprendre tous, donnons l’exemple de la déconnexion entre les planificateurs de la politique et ceux qui la mettent en œuvre. Face à cette problématique, ils suggèrent d’instaurer « une boucle de rétroaction » qui permette l’échange entre les deux parties de façon à faire monter les connaissances terrain pour ajuster les politiques en conséquence.

Instaurer une boucle de rétroaction entre la planification des politiques et leur mise en oeuvre

Source : Brookfield Institute (2018)

En conclusion

Un ouvrage à consulter, court, bien illustré, il intéressera les praticiens du domaine et ceux et celles qui souhaitent s’initier au sujet.

En savoir plus

Téléchargez le document :

Brookfield Institute (2018). Exploring policy innovation : tools, techniques + approachs. Toronto : l’auteur.

Pour connaître le Brookfield Institute, allez sur ce lien.

 

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