Décembre 2015 | Vol. 6 | N°3 Réflexion Imprimer cet article Imprimer cet article

Mythes sur la formation en apprentissage

| décembre 2015

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La formation en apprentissage est confrontée à des mythes tenaces. Comparant la France et l’Allemagne, Bertrand Martinot, économiste et auteur d’un plan d’action pour la France tiré de la réussite allemande, a utilisé son rapport comparant la France et l’Allemagne pour déboulonner quelques idées reçues.

Mythe 1 : l’Allemagne est LE modèle à suivre

Tout d’abord, trois pays ont une longue tradition d’apprentissage : l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche. Ces deux derniers, souvent oubliés, ont pourtant d’excellents systèmes qui diffèrent de l’allemand. D’autres pays ont récemment développé leur système de formation en apprentissage dont l’expérience devrait être une source d’inspiration (l’Australie, le Royaume-Uni).

Ensuite, le système dual allemand a ses limites. Ainsi, les jeunes sont orientés tôt (dès 11 ans) vers l’apprentissage, ce qui les fait passer par des écoles souvent considérées comme étant de seconde classe. Or, ils n’ont pas la garantie d’être formés sur un métier. Pour les plus populaires, les jeunes peuvent attendre jusqu’à trois ans avant d’être sélectionnés… et finir par ne pas l’être du tout. Dans ces cas, ils se retrouvent dans une situation délicate où leur scolarisation est dénigrée et où, ils n’ont pas de métier. Par ailleurs, il existe peu de passerelles entre l’apprentissage et l’éducation supérieure, si bien que les apprentis se retrouvent coincés dans leur voie professionnelle. Finalement, le système dual se concentre sur l’équivalent du diplôme d’études professionnelles (76% des apprentis) et de l’attestation d’études collégiales (24%). Contrairement à d’autres pays, comme la France par exemple, il n’y a pas d’apprentissage à des niveaux supérieurs de l’éducation en Allemagne.

Mythe 2 : le système dual allemand est trop différent, impossible de se comparer

Le système allemand a des limites, certes, mais il reste un exemple de réussite. La comparaison est possible, si l’on tient compte des particularités institutionnelles de chaque pays. À titre d’exemple, des données socio-démographiques sur les apprentis, les salaires, les taux de diplomation, les systèmes de pilotage, la participation des partenaires sociaux, les dépenses par apprenti sont autant d’indicateurs intéressants à comparer d’un pays à l’autre. Sur la base de certains de ces indicateurs, Bertrand Martinot (2015) démontre que, contrairement à certaines perceptions, la France n’est pas un cancre en matière d’apprentissage.

Il y a ainsi des éléments dont on peut s’inspirer fortement. Entre autres, la gouvernance du système allemand. Pour la France, Bertrand Martinot suggère la création d’une agence nationale sur le modèle du BiBB allemand. Un tel organisme, dit-il, pourrait contrecarrer la tendance naturelle à la dispersion des efforts et des moyens en matière d’apprentissage et, plus généralement de formation professionnelle initiale. Il serait le bras armé de l’État en matière de concertation au niveau technique entre l’État, les régions et les partenaires sociaux. Il consoliderait toutes les statistiques pertinentes sur ces sujets, et préparerait un rapport annuel remplaçant et intégrant entre eux, pour ce qui est de la formation professionnelle initiale et continue, par la voie scolaire ou l’alternance, tous les documents aujourd’hui disparates et non consolidés. Il piloterait les campagnes nationales de communication sur l’alternance, commanderait des études et des sondages, tiendrait les comptes de l’apprentissage et de la formation professionnelle, objectiverait les questions de compensation financière entre l’État et les régions et assurerait la diffusion des statistiques nationales et régionales.

Mythes 3 et 4 : l’apprentissage, c’est pour les jeunes nuls à l’école

Ceci est un double mythe. D’une part, parce que bon nombre d’apprentis sont des adultes déjà engagés dans la vie active. Au Canada, par exemple, 57% des apprentis ont entre 20 et 29 ans et 17% entre 30 et 34 ans. D’autre part, parce que certains programmes exigent de solides connaissances académiques. Par ailleurs, des études en France montrent qu’à diplôme donné, ceux qui ont suivi un apprentissage ont une meilleure insertion professionnelle que ceux qui sont passés uniquement par la voie scolaire.

Où va-t-on avec tout ça?

Que retirer des réflexions de Martinot? L’ouvrage de cet auteur donne à réfléchir sur notre ambivalence à l’égard du système allemand. Comme les français, nous l’idéalisons d’abord, pour le rejeter ensuite, invoquant des motifs culturels. L’apport de l’ouvrage de Martinot que de démontrer qu’au-delà des différences culturelles, il est possible de s’inspirer des façons de faire qui amélioreraient grandement le système français. Le raisonnement vaut pour le Québec.

Il s’inspire des Allemands pour proposer quatre pistes d’action:

  1. Améliorer la gouvernance du système d’apprentissage, chaque intervenant ayant sa place dans un système de pilotage mieux développé.
  2. Faciliter l’accès des jeunes à l’apprentissage.
  3. Faire de l’apprentissage la principale voie de droit commun de la préparation à la plupart des diplômes de l’enseignement professionnel secondaire.
  4. Faciliter l’engagement des entreprises en faveur de l’apprentissage.

Ces axes font écho aux enjeux vécus au Québec. Comment intéresser les entreprises? Comment attirer les apprentis? Comment coordonner le tout? Autant de questions à se poser afin d’aider le Québec à développer une solide formation en alternance.

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