Juin 2016 | Vol. 7 | N°1 Recherche Imprimer cet article Imprimer cet article

Innover en matière d’intégration au travail : l’exemplaire Projet FIT

| juin 2016

Le Québec est confronté à une rareté de main-d’œuvre dans certains secteurs économiques clés. Face à cet enjeu, l’immigration est présentée comme une solution miracle, tout comme l’intégration forcée des bénéficiaires de l’aide sociale. Or, l’insertion en emploi des personnes éloignées du marché du travail est remplie d’obstacles et doit être supportée par des stratégies ciblées et pertinentes pour une réintégration durable.

Un tel défi a été relevé avec brio par le Réseau des services spécialisés de main-d’œuvre (RSSMO) grâce à un financement de la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT). Le projet Formation-Intégration-Travail (FIT), lancé en 2014, a rejoint une centaine de personnes éloignées du marché du travail. Ces dernières, ainsi que les employeurs participants, ont pu bénéficier d’un soutien personnalisé tout au long du parcours d’insertion. FIT est un succès avec 90% des candidats demeurés en emploi à la fin du projet pilote.

Qu’est-ce que le projet FIT ? Comment expliquer son succès ?

Un projet né de la concertation

Le RSSMO a conçu le projet FIT en collaboration avec les membres de son réseau, des comités sectoriels de main-d’œuvre, des établissements scolaires, le milieu des affaires et des associations de travailleurs. Ensemble, ils ont identifié des secteurs économiques à privilégier et défini un cadre où la formation adaptée au travail et l’accompagnement personnalisé était au cœur du processus. En voici une description sommaire :

  • Quatre secteurs connaissant une rareté de main-d’œuvre : commerce de détail et de services, bureautique et comptabilité, plastique et agriculture;
  • Formation des candidats : formation de savoir-être donné à tous en tronc commun (51h) et formation spécialisée dans certains secteurs (35h à 70h);
  • Formation des employeurs : accueil et gestion de la diversité;
  • Accompagnement personnalisé : les candidats et les entreprises ont été suivis durant tout le projet par les conseillers en emploi, à raison de 2h par semaine par candidat en emploi en plus des heures investies avant l’entrée en poste;
  • Subvention salariale régressive, adaptée au salaire offert par l’employeur;
  • Insertion entre 10 et 20 semaines dans un poste à pourvoir, à raison d’un minimum de 30h par semaine de travail;
  • Vérification du maintien en emploi trois mois après la fin du projet.

Il est important de souligner qu’il y a eu de la formation, sous forme de coaching, auprès des employeurs. En effet, l’accueil et l’intégration de personnes éloignées du marché du travail peuvent être difficiles pour une entreprise et le coaching a contribué au maintien en emploi de certains candidats.

Tout au long du projet, le RSSMO a assuré la coordination. Ce sont ses membres, des organismes en employabilité, qui ont fait le travail de terrain avec leurs conseillers en emploi.

Une bonne diversité de participants

Le projet FIT a rejoint 100 personnes, qui avaient en commun d’être éloignées du marché du travail. Davantage de femmes (62%) que d’hommes ont participé au projet. En tenant compte des caractéristiques limitant l’accès au marché du travail, 12 candidats avaient un dossier judiciaire, 10 affirmaient éprouver des problèmes de santé mentale telles la dépression ou l’anxiété et 9 étaient monoparentales. En tout, 44 personnes étaient issues de l’immigration, généralement arrivées récemment au Québec. En ce qui a trait à la scolarité, une vingtaine ne détenaient pas ou détenaient seulement un diplôme d’études secondaires. Une quinzaine possédaient un DEP ou une AEC et moins d’une dizaine un diplôme d’études collégiales. Il y avait également 14 personnes possédant un diplôme d’études universitaires, en forte majorité des immigrants.

Les participants avaient donc des parcours relativement diversifiés.

Nouveaux arrivants/Jeunes En transition À la périphérie
  • Méconnaissance du marché du travail
  • Manque d’expérience de travail au Québec
  • Faible scolarité
  • Transition secteur d’emploi
  • Difficultés à faire reconnaître ses compétences
  • Freins à l’embauche : judiciaire, scolarité, monoparentalité, âge,
    manque d’expérience.

Tous étaient dans une situation précaire et souhaitaient s’insérer dans un emploi stable. C’était leur principale motivation. Par ailleurs, ils sont nombreux (90%) à avoir souligner qu’ils ont apprécié l’ensemble de la démarche et ils ont insisté sur l’importance de la formation et de l’accompagnement.

Des employeurs ouverts et confiants

Environ 85 entreprises ont participé au projet FIT. Il s’agissait surtout de petites et moyennes entreprises : seulement 13% comptait plus de cent employés. C’est le secteur du commerce de détail qui a accueilli le plus de participants (64), suivi de bureautique et de comptabilité avec 28. Les deux autres secteurs en ont reçu quatre chacun.

Les motivations des employeurs ont été la subvention salariale et la formation offerte aux futurs employés. Pour eux, le projet FIT réduisait les coûts d’embauche en offrant une subvention salariale, ainsi qu’un soutien et des conseils en gestion des ressources humaines. Les employeurs sont eux aussi satisfaits de la participation au projet FIT avec un taux de 88%.

Les pièces maitresses du projet

La force du projet FIT repose notamment sur des formations liées à l’emploi et un accompagnement individualisé.

La première pièce maitresse du projet, ce sont des formations développées avec des experts du domaine. Par exemple, la formation en agriculture a été conçue et donnée en collaboration avec l’Institut de technologie alimentaire (ITA). Celle en service à la clientèle a été développée par un formateur ayant de nombreuses années d’expérience. Ainsi, les formations ont été appréciées avec des taux oscillant entre 96% et 100%. Elles ont été jugées pertinentes, concrètes et en lien avec le travail par les candidats. Les formations ont été données en alternance, permettant aux participants d’approfondir leurs expériences de travail avec les formateurs.

L’accompagnement offert par les conseillers en emploi est la seconde pièce maitresse. Les conseillers avaient les responsabilités suivantes :

  • Recruter et sélectionner les participants et les entreprises;
  • Accompagner les participants et les entreprises;
  • Jumeler les participants et les entreprises;
  • Former les employeurs au besoin (gestion de la diversité, accueil et intégration);
  • Développer une formation de tronc commun pour les participants, lorsque requis;
  • Accompagner les entreprises dans leurs démarches de recrutement (pas 
systématique).

Alors que l’accompagnement constitue un atout pour les candidats, les propos recueillis illustrent aussi l’importance d’épauler les entreprises. Surtout les petites entreprises qui n’ont pas d’expertise en ressources humaines et en gestion : « elles n’ont pas de compétences particulières pour la sélection et l’intégration du personnel, tout ce qui est RH, on a vu que notre support avait  vraiment fait la différence (Conseillère). »

Un bon chef d’orchestre

La coordination effectuée par le RSSMO constitue aussi un ingrédient essentiel. Les organismes en employabilité soulignent la qualité de toute la documentation fournie par le RSSMO. L’organisme venait en aide lorsque nécessaire aux organismes. En somme, le projet FIT, qui visait à aider des personnes éloignées du marché du travail à s’insérer un emploi constitue un projet novateur ayant connu un fort taux de succès. Cette réussite repose sur de nombreux facteurs dont la présence mobilisatrice du RSSMO.

Le secret du succès : une combinaison de bonnes pratiques

Le projet FIT a pour force de combiner deux objectifs : fournir un revenu à des citoyens tout en allégeant les dépenses gouvernementales. Son succès s’appuie sur la formule particulière comprenant une série de bonnes pratiques reconnues pour favoriser le retour en emploi de personnes éloignées du marché du travail : accompagnement, formations ciblées, adéquation entre candidat et poste de travail, insertion en entreprise. Plus précisément :

  • Accompagnement : suivi personnalisé des candidats et des entreprises, jumelage optimal entre candidat et employeur, connaissance fine des enjeux du marché du travail, conseillers en emploi soutenus par le RSSMO, coordination centralisée.
  • Formation : accroissement de l’employabilité grâce à un apprentissage de savoir-être, de savoir-faire et de savoirs, formations concrètes et pratiques, adéquation des contenus avec le poste de travail, formule en alternance favorisant l’assimilation de la matière, formation pour les employeurs au besoin.
  • Autres facteurs de réussite : pourvoir un poste ouvert en entreprise, offrir un travail rémunéré, adopter une approche sectorielle.

Peu importe le point de vue adopté, que ce soit celui de l’État, de l’individu ou de l’entreprise, le projet FIT permet de répondre à des enjeux actuels de la société québécoise. Considérant cette réussite, il est pertinent que le projet FIT soit répété et étendu à de nouvelles régions, ainsi qu’à de nouveaux secteurs de l’économie. Le programme devrait être porté par le RSSMO et impliquer les organismes en employabilité. Ils sont une pierre angulaire du projet grâce à leur compréhension fine de la clientèle éloignée du marché du travail. D’ailleurs, une seconde édition du projet FIT a été acceptée par la CPMT et est actuellement en cours.

Références

En savoir plus

Pour plus d’information sur le projet, visitez la page du projet FIT sur le site du RSSMO.

N’hésitez pas à contacter le RSSMO si le projet vous intéresse!

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